Richard Donner, réalisateur de «Superman» et «l’Arme fatale», est mort mais continuera de modeler Hollywood

Publié le par Libération par Léo Soesanto

Des « Goonies », à « l’Arme fatale » en passant par « Superman », le réalisateur et producteur américain laisse derrière lui une importante filmographie qui inspire la nouvelle génération.

Richard Donner en 2017 à Beverly Hills en Californie. (Valérie Macon /AFP)

Richard Donner en 2017 à Beverly Hills en Californie. (Valérie Macon /AFP)

Sans Richard Donner, la génération X aurait peu de souvenirs de cinéma populaire, tant le cinéaste américain, disparu le 5 juillet à l’âge de 91 ans, nous a fournis en blockbusters prototypes qui modèlent encore le paysage hollywoodien contemporain. Son Superman (1978) est la raison pour laquelle nous avons eu le Batman (1989) de Tim Burton et tout le Marvel Cinematic Universe qui colonise à présent nos imaginaires. Kevin Feige, le boss de Marvel Studios, a bien sûr rendu hommage à celui qu’il considérait comme un mentor. Le secret de Donner était, tout simplement, de prendre très au sérieux le genre super-héroïque en évitant toute tentation camp face à un colosse en collants et capes. Le cinéaste a imposé la droiture de boy-scout pas mièvre de Christopher Reeve, gonflé le film avec Marlon Brando en papa de Superman, peint l’enfance du héros comme une toile de Norman Rockwell et fait marcher le couple Clark Kent/Lois Lane selon une dynamique de screwball comedy. De la dualité Clark/Super, il dira : «Il y avait ce grand film, Jules et Jim, deux hommes amoureux de la même femme. C’est Superman : deux types amoureux de la même femme et ces deux types sont le même homme, mais pas aux yeux de la femme.»

De la télévision au cinéma

Le cinéaste appliquera la même recette sincère à l’Arme fatale (1987), emblème du buddy movie policier où, entre les vannes et la bromance, subsiste un fond réaliste qui s’étiolera au fil des suites (Mel Gibson est suicidaire, Danny Glover est père de famille). Richard Donner avait fait ses classes à la télévision en réalisant moult épisodes de séries (Au nom de la loi, les Mystères de l’Ouest, les Rues de San Francisco, Kojak…). Il percera au cinéma grâce à la Malédiction (1976). Le pitch est abracadabrant – l’Antéchrist renaît auprès d’un ambassadeur et, à la mention d’une prophétie prédisant son retour dans un nouvel Empire romain, Gregory Peck répond solennellement qu’il doit s’agit du Marché commun européen. Mais fort de son expérience sur la Quatrième Dimension, dont il réalisé l’excellent épisode Cauchemar à 20000 Pieds (1963), Donner fait passer la pilule et la terreur, aidé par la somptueuse musique de messe noire de Jerry Goldsmith. Il déclarera plus tard que l’argent rapporté par la Malédiction aura servi à financer Star Wars.

Richard Donner laisse d’autres madeleines eighties : une avérée, gravée sur la VHS de nos cœurs (les Goonies, 1985), sans laquelle il n’y aurait pas eu les gamins crispants de la série Stranger Things ; l’autre, plus secrète –la fantasy de Ladyhawke (1985), avec Michelle Pfeiffer et Rutger Hauer en amants maudits. Sa carrière deviendra plus fonctionnelle dans les années 90-2000, au service de Mel Gibson (Maverick, Complots), pour s’échouer sur le piètre 16 Blocs (2006) avec Bruce Willis. Il produira aussi bien les Sauvez Willy que le X-Men (2000) de Bryan Singer. Sur l’évolution des super-héros à l’écran, il déclarera dans une interview en 2020 que «beaucoup de gens les rendent cyniques, c’est déprimant» tout en affirmant ne pas savoir qui était Zack Snyder. Richard Donner avait encore le projet de donner une suite à la série de l’Arme fatale.

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