Comment la France s'est reconstruite après la Seconde Guerre mondiale

Publié le par Capital par Nathalie Villard

La France doit faire face à la plus terrible crise sanitaire de l’époque moderne. A vingt reprises au moins, dans son histoire, le pays s’est trouvé confronté à une situation difficile. Retrouvez, dans notre série, vingt exemples où la France a su rebondir. Dans cet épisode, revenons sur le sursaut du pays après cinq années de guerre qui avaient laissé le pays à genoux…

Phil Chatfield/Pixabay

Phil Chatfield/Pixabay

Cet article est issu du magazine Capital

Deux ans, cinq mois et vingt-quatre jours. De juin 1944 à décembre 1946, le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) entreprend la plus grande vague de réformes que le pays ait jamais connue. Un pays humilié et ravagé par cinq années de guerre, dont quatre d’occupation nazie. Pleurant ses 570.000 morts, la population survit, contrainte au rationnement : la production agricole s’est effondrée , les cheptels sont décimés. Les usines sont à l’arrêt, les infrastructures exsangues. Aucun train ne peut relier Paris à Marseille, Bordeaux, Lille ou Nancy. Plus de 3.000 ponts ont sauté, 300.000 véhicules à peine sont en état de rouler. Certaines villes comme Le Havre (photo) ont été entièrement rasées.

Autant dire que le chantier est titanesque. Du général de Gaulle au socialiste Paul Ramadier, en passant par le parti radical et même les communistes (qui quitteront le navire avec fracas l’année suivante), toute la classe politique s’attelle à remettre le pays sur pied, vite et fort. D’abord, pour accélérer leur redressement, on nationalise les entreprises des secteurs clés : l’énergie – les mines de charbon, le gaz et l’électricité avec la création d’EDF-GDF –, la finance et l’assurance – la Banque de France, la Société générale, le Crédit lyonnais, le GAN, l’UAP –, les transports – Air France (la SNCF avait été nationalisée en 1937). Les firmes industrielles qui ont collaboré avec l’ennemi sont aussi placées sous le contrôle de l’Etat, à l’image de Renault.

Un deuxième outil va s’avérer efficace : la planification. Afin de piloter la reconstruction, un commissariat général du Plan est créé début 1946 avec l’appui d’un nouvel institut de la statistique, l’Insee. Elaboré par Jean Monnet et une centaine de fonctionnaires et d’économistes, le premier plan quinquennal 1946-1952 vise deux objectifs : relever le niveau de vie de la population et moderniser les activités de base (électricité, sidérurgie, machinisme agricole, transports) ainsi que le secteur du bâtiment. Grâce aux financements publics et à l’aide américaine du plan Marshall, son succès est fulgurant : dès 1950, la France affiche un PIB de 25% supérieur à celui d’avant-guerre.

Dans le même temps, une vague impressionnante de réformes sociales va façonner l’Etat providence et jeter les bases du fameux "modèle français". Dès octobre 1945, le Gouvernement provisoire crée la Sécurité sociale. Alimenté par les cotisations salariales et patronales, ce système obligatoire et universel permet de rembourser les frais médicaux, de verser des pensions de retraite, d’invalidité, des allocations familiales… Au sein des entreprises aussi, les lignes bougent : la semaine de 40 heures, supprimée par Vichy, est rétablie, et les comités d’entreprise sont rendus obligatoires dans les sociétés de plus de 50 salariés. Consultés sur l’organisation du travail, la formation, les risques sanitaires, ils ont un droit d’information sur les bénéfices de l’entreprise.

L’administration n’est pas en reste. Ses agents se voient même dotés d’un des statuts les plus généreux au monde. Après la création des instituts d’études politiques et de l’ENA en 1945, le ministre communiste Maurice Thorez fait voter la loi de 1946 qui octroie à la fonction publique une protection en béton armé. Au nom de la continuité et de la neutralité du service rendu, le texte consacre le recrutement par concours et la garantie de l’emploi à vie. Il prévoit aussi le cadre des rémunérations et des carrières, et instaure un régime spécifique de retraite.

Les Français, eux, sont encore loin d’imaginer que ces réformes vont ouvrir la voie à une période exceptionnelle de bien-être collectif. Des grèves violentes éclatent à l’automne 1947, sur fond de hausse des prix et de crise du logement. Pourtant, jusqu’au choc pétrolier de 1973, qui mettra un terme à ces Trente Glorieuses, selon la formule de l’économiste Jean Fourastié, la France va connaître une croissance moyenne de 5% par an, le plein-emploi, la hausse continue du pouvoir d’achat, la modernisation de l’agriculture, des transports, des télécoms… Au prix tout de même d’une lente addiction à la dépense publique et d’atteintes continues à l’environnement. Mais ça, on ne s’en rendra compte que bien plus tard.

Publié dans Articles de Presse

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