Non, Jean-Denis Bredin ne peut pas mourir

Publié le par Les Echos par Valérie de Senneville

L'avocat, professeur et académicien de renom décédé ce mercredi laisse une trace indélébile sur la défense.

Jean-Denis Bredin était d'une époque où dans «avocat d'affaires» on ne retenait que : «Avocat». (NIVIERE/SIPA)

Jean-Denis Bredin était d'une époque où dans «avocat d'affaires» on ne retenait que : «Avocat». (NIVIERE/SIPA)

En fait, Jean-Denis Bredin n'est pas mort. Il ne peut pas mourir tant il laisse une trace indélébile sur la défense. La vraie. Celle qui va chercher au fond de l'âme la part d'humanité de la femme ou de l'homme pour l'exposer impudique à la cour ou au tribunal. Et pourtant il faut l'écrire ici : à 92 ans, celui qui fut tour à tour et tout à la fois, avocat, professeur et académicien est décédé ce mercredi.

Un cabinet avec Robert Badinter

« Il fût l'un de nos plus brillants confrères possédant une plume à nulle autre pareille qui l'avait porté à l'Académie française » en 1990, a salué le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, dans un tweet. « Une très grand figure du barreau français vient de s'éteindre. Il aura marqué son époque de son talent et des nombreux combats qu'il a menés», a également écrit sur Twitter le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti.

Surtout, Jean-Denis Bredin était d'une époque où dans «avocat d'affaires» on ne retenait que : «Avocat». En 1965, il avait fondé avec Robert Badinter un cabinet d'affaires qui deviendra l'un des plus célèbres du pays. Robert Badinter partira mais aujourd'hui encore «Bredin Prat» est l'un des meilleurs cabinets de la place de Paris.

Une « autre justice »

Jean-Denis Bredin luttera sa vie durant contre les erreurs judiciaires et pour une «autre justice», plus rapide, moins formaliste. Ses livres témoignent de ses combats. A commencer par son livre référence sur « L'affaire» en 1983 sur l'affaire Dreyfus. Son premier roman, «Un coupable» (en 1985), est encore le récit d'une erreur judiciaire. Il a aussi dénoncé les dérives judiciaires dans «Un tribunal au garde-à-vous» (2002, sur le procès de Pierre Mendès-France en 1941) ou dans «L'infamie» (2012, sur le procès de Riom en 1942 intenté par Vichy à Léon Blum et d'autres). Il a consacré des ouvrages à des figures comme Joseph Caillaux, l'abbé Sieyès, les Necker, Charlotte Corday ou Bernard Lazare, le premier des dreyfusards, qui a, selon l'auteur, « tout au long de sa vie, revendiqué et respecté le devoir de vérité».

Plus tard, il fera partie du comité de soutien à Christian Ranucci, l'un des derniers condamnés à mort exécutés en France (1976) avant de lutter, sans succès, pour sa réhabilitation. Il s'est battu également en vain pour une révision du procès de Guillaume Seznec (2006) et pour arracher la grâce de Dany Leprince (2010).

Rage et politesse exquise

Jean-Denis Bredin c'était ce mélange incongru entre la rage qu'il portait au fond de lui et une politesse exquise. Il fallait de temps en temps qu'il évacue. Ainsi, choisit-il d'intituler son autobiographie (2007) d'un lucide «Trop bien élevé», laquelle faisait suite à un roman au titre tout aussi explicite, «Un enfant sage» (1990). «Excusez-moi, oui, excusez-moi, si je suis là, car je vous gêne (...)Frapper avant d'entrer, s'effacer dans les portes, sourire, toujours sourire... Il ne suffira pas d'une vie entière pour se faire pardonner d'exister», écrit-il.

Né à Paris le 17 mai 1929, il est reçu premier à l'agrégation de droit privé en 1957. J'étais « programmé pour être bon élève », dira-t-il. En 1968, il travaille avec le ministre Edgar Faure à la réforme de l'enseignement supérieur. Après un passage dans les années 70 par la vice-présidence du Mouvement des radicaux de gauche (MRG), il est chargé de mission par le Premier ministre sur l'audiovisuel en 1985. Il a été aussi président du conseil d'administration de la Bibliothèque nationale, de 1982 à 1986.

Son expertise le conduit à participer à des procédures d'arbitrage. Ses dernières années seront ternies par l'interminable affaire Adidas, opposant Bernard Tapie au Crédit Lyonnais, où il se retrouve en 2014 placé sous statut de témoin assisté. Il faisait partie du tribunal arbitral qui avait rendu une décision favorable à l'ex-homme d'affaire, permettant à ce dernier de toucher des centaines de millions d'euros. 

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