Privé de public, le camp commémore malgré tout dans l’émotion la déportation

Publié le par Dernières Nouvelles d'Alsace par Eddie Rabeyrin

La Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation a été maintenue ce dimanche au Struthof, seul camp de concentration nazi sur le territoire français. Temps fort  : une interprétation d’un morceau de Ravel par un violoncelle seul près de la sinistre Fosse aux cendres.

Le violoncelliste Nicolas Hugon a interprété le Kaddish de Ravel. Photo DNA /Eddie RABEYRIN

Le violoncelliste Nicolas Hugon a interprété le Kaddish de Ravel. Photo DNA /Eddie RABEYRIN

Seul le chant des oiseaux vient troubler le silence solennel. Ce dimanche, pour la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation, l’habituelle cérémonie au camp du Struthof se tient en comité très restreint. Les officiels ne sont qu’au nombre de trois : le maire de Natzwiller André Woock, le directeur du Centre européen du résistant déporté (Struthof) Guillaume d’Andlau et la sous-préfète d’Erstein-Sélestat Annick Pâquet.

Du temps de la barbarie nazie, c’est là qu’étaient jetés les fragments d’os calcinés brûlés au four crématoire

Précédé par un porte-drapeau et suivi par une poignée d’autres personnes – des journalistes pour l’essentiel – le petit cortège descend à pied, en silence, jusqu’à la Fosse aux cendres. Du temps de la barbarie nazie, c’est là qu’étaient jetés les fragments d’os calcinés brûlés au four crématoire.

Là, le cortège s’immobilise, et Guillaume d’Andlau dépose une première gerbe. La complainte d’un violoncelle s’élève alors, sur l’air du Kaddish de Ravel, un chant liturgique destiné à la prière des morts.

Le cortège se composait seulement de trois officiels et d’un porte-drapeau en raison de la pandémie. Photo DNA /Eddie RABEYRIN

Le cortège se composait seulement de trois officiels et d’un porte-drapeau en raison de la pandémie. Photo DNA /Eddie RABEYRIN

Quand Nicolas Hugon, le musicien de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg, repose son archet, un nouveau moment de silence est observé. Puis le petit groupe remonte à l’entrée du camp, pour un second dépôt de gerbe, cette fois-ci par le maire de Natzwiller. Exercice répété par la sous-préfète une centaine de mètres plus loin, devant le mémorial.

« Les camps d’extermination et de concentration nazis ne sont pas une simple page documentaire de l’histoire du XXe siècle »

Après un nouveau temps de recueillement, la représentante de l’État lit un message rédigé par plusieurs associations d’anciens déportés : « 76 ans après le retour des derniers déportés libérés, le souvenir de la déportation demeure dans notre mémoire collective et ne doit pas s’effacer. Ce que furent les camps d’extermination et de concentration nazis et l’horreur vécue par les millions d’êtres humains qui en furent victimes, n’est pas une simple page documentaire de l’histoire du XXe siècle. L’humanité y a été atteinte dans ce qu’elle a de plus sacré. »

La sous-préfète Annick Pâquet a déposé la troisième gerbe de fleurs au mémorial. Photo DNA /Eddie RABEYRIN

La sous-préfète Annick Pâquet a déposé la troisième gerbe de fleurs au mémorial. Photo DNA /Eddie RABEYRIN

À défaut de pouvoir accueillir du public, les participants ont apprécié le cadre intimiste de cette cérémonie, plus propice au recueillement. « C’est une expérience particulière, un moment assez fort de jouer dans ces conditions, estime, une fois la commémoration terminée, le violoncelliste Nicolas Hugon. Le directeur du centre a choisi le morceau de Ravel, car il trouvait qu’il se prêtait bien à l’instant. C’est une prière juive avec des chants hébreux normalement. En n’utilisant qu’un instrument, on arrivait à quelque chose de plus laïc. »

Encore deux grands, mais tristes anniversaires au mois de mai

En avril 2020, pour la même commémoration, Guillaume d’Andlau se souvient « avoir déposé une gerbe tout seul ». La dernière grande cérémonie sur les lieux remonte à septembre, à l’occasion de la journée internationale du souvenir. En temps normal, plusieurs centaines de personnes assistent à ces événements ; représentants d’associations, d’ambassades, porte-drapeaux et public compris. 

Le mois prochain, il y aura encore deux tristes anniversaires : celui des 80 ans de la création du camp du Struthof, le 1er mai, et de l’arrivée du premier convoi de déportés le 21 mai.

Aucun visiteur depuis six mois

Depuis novembre, l’ancien camp de Natzwiller-Struthof n’accueille plus de visiteurs. Et entre les deux confinements de 2020, la fréquentation avait chuté par rapport à la même période de l’année précédente.

« Nous avons habituellement 200 000 visiteurs par an, dont la moitié de scolaire, explique Guillaume d’Andlau, le directeur. L’année dernière, nous sommes tombés à 50 000. Cette année, il n’y a encore eu personne. »

Publié dans Articles de Presse

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