Bernard Tapie est mort à l’âge de 78 ans

Publié le par L'Union

C’est sa famille qui a annoncé son décès par l’intermédiaire d’un communiqué chez nos confrères de La Provence. L’homme d’affaires français et ancien ministre de la Ville de Pierre Bérégovoy souffrait d’un cancer de l’estomac depuis 2017.

Crédit photo : Emmanuel Dunand/AFP

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Atteint d’un cancer de l’estomac depuis plusieurs années, Bernard Tapie est décédé ce dimanche à l’âge de 78 ans a annoncé sa famille auprès de la Provence. «Dominique Tapie et ses enfants ont l’infinie douleur de faire part du décès de son mari et de leur père, Bernard Tapie, ce dimanche 3 octobre à 8h40, des suites d’un cancer».

Dirigeant d’entreprise, propriétaire d’Adidas et de l’Olympique de Marseille dans les années 1990, député européen, animateur télé, comédien et patron de presse, Bernard Tapie aura eu une vie bien remplie. 

En septembre 2017, il avait annoncé souffrir d'un cancer de l'estomac avec extension à l'œsophage et avait subi au mois de janvier 2018 une lourde intervention chirurgicale, suivie d'une chimiothérapie. Il avait livré son dernier combat judiciaire en mars et avril 2019 lors du procès de l’affaire d’arbitrage controversé mis en place en 2008 pour solder un contentieux lié à la vente de la marque Adidas. 

Le parquet avait alors requis cinq ans ferme contre l’homme d’affaires. Le jugement devait être rendu le 9 juillet. « Je pense avoir démontré au tribunal qu'il n'y avait strictement aucune escroquerie, aucune infraction pénale », avait déclaré, le 4 avril, Hervé Temime, son avocat, à France Info.

Daniel Cohn-Bendit  : « Bernard Tapie est un amateur d’histoires abracadabrantesques »

Incarnation de la réussite sociale et de la flamboyance des années 80, «Nanard», que les Guignols de Canal + qualifiaient de «sévèrement burné», était devenu le symbole de l’homme d’affaires sulfureux à partir du match de football truqué Marseille-Valenciennes en 1993. Un épisode qui lui valut six mois de prison en 1997 pour corruption et subornation de témoin.

Grande gueule aux serments faciles, il avait le teint hâlé, les cheveux drus et les mâchoires fortes. Son plus gros défaut, admettait-il, était de ne pas «prendre le temps» d’expliquer ses actions. Il assumait aussi le fait d’avoir été un «emmerdeur» parce que, disait-il, «je ne lâche pas les gens». Daniel Cohn-Bendit, qui l’a côtoyé au Parlement européen, évoquait un «enchanteur», un amateur d’«histoires abracadabrantesques» qu’il «ne faut pas toujours croire».

Crédit photo : AFP

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Il devient député («Majorité présidentielle») des Bouches-du-Rhône en 1989 et enchaîne les succès: aux régionales de 1992, aux législatives de 1993, aux Européennes de 1994. Dans ce scrutin, sa liste MRG taille des croupières à celle de Michel Rocard (PS) et met fin, sous l’œil ravi du président François Mitterrand, séduit par son abattage, aux ambitions présidentielles de l’ex-Premier ministre.

Au printemps 1992, il est nommé ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy mais doit démissionner au bout de deux mois pour abus de biens sociaux. Après un non-lieu, il revient à ce poste pour trois mois fin 1992-début 1993.

Crédit photo : Franck Fife/AFP

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En 1993, c’est quelques jours avant la victoire de Marseille en Coupe d’Europe des clubs champions qu’éclate l’affaire de corruption du match OM-VA. Dès lors, les foudres de la justice vont s’abattre sur lui, se soldant par de la prison, une mise en liquidation judiciaire personnelle et la perte de ses mandats électifs.

« Mon cancer vient de prendre un sale coup dans la gueule  ! »

Ce père de quatre enfants va se replier sur sa famille, autour de sa seconde épouse Dominique – son roc –, faire du cinéma («Hommes, femmes, mode d’emploi», de Claude Lelouch), de la radio et du théâtre. Sur TF1, il tient le rôle du «Commissaire Valence», de 2003 à 2008. Après être revenu aux affaires en 2009, il met en 2012 la main sur les derniers titres du groupe Hersant, dont «La Provence», à Marseille.

En 2008, il empoche les quelque 400 millions d’euros que lui octroie l’arbitrage dans son vieux conflit avec le Crédit lyonnais sur la vente d’Adidas. Mais, neuf plus tard, il est condamné définitivement à rendre l’intégralité des sommes.

Pourtant, dans le volet pénal de cette saga judiciaire, le tribunal le relaxe en juillet 2019 des accusations «d’escroquerie». «Mon cancer vient de prendre un sale coup dans la gueule ! C’est bien la preuve qu’il faut toujours, toujours, se battre jusqu’au bout», avait-il réagi même si le parquet a ensuite fait appel.

De nombreuses réactions se sont multipliées à l’annonce de son décès. Le Premier ministre Jean Castex a salué un « combattant » et un homme « très engagé ». Le maire de Marseille Benoît Payant a rendu un hommage sur la page Facebook en saluant un homme « solaire, rebelle, déterminé, Marseillais par le destin ». Le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale Christophe Castaner a évoqué de son côté « un homme qui n’a jamais baissé les bras malgré la maladie ». L’ancien président de l’UDI Jean-Louis Borloo a lui affirmé que son ami « Bernard » était « un homme généreux, un combattant et doté d’une intelligence extraordinaire » au micro de BFMTV.

Emmanuel Macron et son épouse Brigitte se sont dits «touchés» dimanche par le décès de Bernard Tapie, «dont l’ambition, l’énergie et l’enthousiasme furent une source d’inspiration pour des générations de Français». «Cet homme qui avait une combativité à déplacer les montagnes et à décrocher la lune ne déposait jamais les armes, et livra bataille contre le cancer jusqu’à ses derniers instants», ajoute un communiqué de l’Élysée publié en fin de matinée. 

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