Continental, Daimler, Deutsche Bank, BMW... leurs liens avec le régime nazi

Publié le par Capital

Exploitation de prisonniers de camps, recours massif aux travailleurs forcés... Le passé du géant allemand de l'équipement automobile Continental avec le régime nazi est dévoilé dans un rapport.

Chris Ratcliffe/Bloomberg via Getty Images

Chris Ratcliffe/Bloomberg via Getty Images

L'équipementier automobile allemand Continental aurait bien collaboré avec le régime nazi, d'après un rapport commandé sur son passé. A l'époque premier fabricant mondial de matériaux en caoutchouc, le groupe a de ce fait joué un rôle central dans l'approvisionnement de l'industrie du IIIème Reich, "véritable colonne vertébrale de l'économie de guerre national-socialiste", conclut l'historien Paul Erker dans son étude, citée dans le magazine Der Spiegel à paraître jeudi. Cette étude lui a été commandée par Continental pour tenter de faire la lumière sur le degré exact de collaboration de l'entreprise durant cette période.

Il en ressort qu'elle a eu recours à environ 10.000 travailleurs forcés dans ses usines, souvent des prisonniers politiques, et n'a pas hésité, en plus, à utiliser des détenus de camps de concentration nazis. L'entreprise était un gros fabricant à l'époque de semelles de chaussures, dont l'armée avait grandement besoin pour la troupe. Elle avait passé commande au camp de Sachsenhausen pour faire tester des chaussures, révèle l'étude. Les prisonniers devaient parcourir avec les chaussures aux semelles Continental 30 à 40 kilomètres par jour en tournant autour de la cour centrale du camp, au milieu de laquelle trônait une potence. Les détenus qui faiblissaient et tombaient à terre étaient exécutés par les gardes SS, selon l'historien.

Les techniciens de l'équipementier avaient même ordonné que des tests se fassent sous la forme de marches forcées dans la neige ou sur la glace. Certains des détenus ont dû porter les chaussures sur 2.200 km au total, selon l'étude citée dans le Spiegel. Le rapport de l'historien fait aussi état de propos d'un dirigeant de Continental à l'époque, Hans Odenwald, à propos des travailleurs forcés russes employés : "Lorsqu'ils seront morts, on en prendra d'autres".

Le travail historique sera publié dans un livre intitulé "Fournisseur de la guerre hitlérienne". Il s'agit du "chapitre le plus sombre de notre histoire d'entreprise", a expliqué le PDG, Elmar Degenhart. "Les conditions de travail étaient inhumaines" et "beaucoup de personnes ont souffert ou sont mortes à cause de Continental", résume M. Degenhart.

La plupart des grandes entreprises allemandes se sont soumises ces dernières années à cet examen de conscience et ont ouvert leurs archives aux historiens. Parmi elles : Volkswagen - constructeur automobile né de la volonté du Führer de promettre à l'homme de la rue une voiture accessible à toutes les bourses - où des milliers de travailleurs forcés ont fabriqué la "voiture du peuple". La liste ne s'arrête pas là : BMW, Deutsche Bank, Siemens, Daimler (Mercedes-Benz), ThyssenKrupp ou encore IG Farben, le fabriquant du gas Zyclon B utilisé dans les camps d'extermination dont sont issus les géants de la chimie Bayer et BASF. Tous ont participé ou profité de l'horreur nazie.

Après 1945, seul deux dirigeants de Continental ont été arrêtés, les autres "sont passé par la procédure de dénazification habituelle" de l'Allemagne d'après-guerre. La priorité était alors en pleine guerre froide à la reconstruction. Pour la directrice du personnel de Continental, l'étude montre également à quel point la culture d'entreprise était "vulnérable" face à "l'influence externe mais aussi interne". "Les liens de Continental avec les actions du régime nazi sont une mise en garde à renforcer et défendre encore plus notre culture d'entreprise et nos valeurs aujourd'hui", a déclaré Ariane Reinhart. "Nous devons empêcher que des pensées déshumanisantes, le racisme, la xénophobie ou la discrimination trouvent un terrain fertile dans notre entreprise", a-t-elle exhorté.

Publié dans Articles de Presse

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