Hubert Germain, dernier rescapé des Compagnons de la Libération, est mort à l’âge de 101 ans

Publié le par Ouest-France par Maxime Mainguet

Pionnier de la France Libre et ancien ministre, Hubert Germain est mort à l’âge de 101 ans. Il était le dernier des Compagnons de la Libération encore en vie.

Hubert Germain, aux Invalides, le 20 novembre 2020, lors de l’hommage national rendu à Daniel Cordier. | MICHEL EULER / AFP

Hubert Germain, aux Invalides, le 20 novembre 2020, lors de l’hommage national rendu à Daniel Cordier. | MICHEL EULER / AFP

En novembre 2020, lorsque Daniel Cordier, l’avant-dernier survivant des Compagnons de la Libération, est décédé, il avait confié sentir le poids de l’histoire retomber sur ses épaules. Désormais, l’histoire devra faire sans lui. Hubert Germain, le dernier rescapé des 1 038 membres de l’ordre fondé par le général de Gaulle, est décédé à l’âge de 101 ans.

Ces derniers mois, il était apparu très affaibli, et ne quittait qu’en de très rares occasions sa chambre médicalisée de l’hôtel des Invalides.

Son décès, annoncé ce mardi 12 octobre 2021 par Florence Parly, ministre des Armées, contribue à faire passer à la postérité l’épopée de la France Libre, dont il fut l’un des pionniers.

« Je voudrais d’abord vous informer du décès d’Hubert Germain, notre dernier compagnon vivant de la Libération […] C’est un moment important de notre histoire », a déclaré Florence Parly lors d’une audition devant la commission de la Défense du Sénat.

Cérémonie à l’Arc de Triomphe le 11 novembre

L’Élysée a annoncé que la cérémonie d’hommage à Hubert Germain sera présidée par Emmanuel Macron à l’Arc de Triomphe et sera suivie de son inhumation au Mont Valérien, le 11 novembre prochain.

Auparavant, le chef de l’État rendra hommage lors d’une cérémonie qui se déroulera dans les prochains jours aux Invalides à Hubert Germain, qu’il a qualifié de "figure de proue de la France libre" ayant "incarné un siècle de liberté".

Emmanuel Macron lui a également rendu hommage sur Twitter, saluant "ce résistant de la première heure" :

Il avait rejoint Londres dès juin 1940

Fils d’un officier de la coloniale, Hubert Germain avait en effet rejoint Londres dès le mois de juin 1940, en s’embarquant à bord d’un bateau convoyant des soldats polonais, au départ de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques).

Le jeune Hubert Germain est alors en passe de rejoindre l’école navale, établissement militaire d’excellence dont il passait le concours au moment de l’entrée des troupes allemandes dans Paris, le 14 juin 1940. « Au bout de cinq minutes je me suis dit : Mais qu’est-ce que tu fais là ? », se souvenait-il, en 2017. « Je me suis levé en disant à l’examinateur : je pars faire la guerre ».

La guerre, il la fera bien. Mais pas tout de suite. Après avoir débarqué à Liverpool, il rejoindra Londres puis, après une brève rencontre avec Charles de Gaulle à l’Olympia Hall ( « Il s’arrête un instant, me regarde et me dit : “Je vais avoir besoin de vous” », aimait-il à raconter), il est envoyé faire ses classes sur l’antique cuirassé Courbet.

La Syrie, Bir Hakeim…

Ce n’est que quelques mois plus tard qu’il est envoyé en Syrie, dans l’État-major du général Legentilhomme, qui commande alors la 1re division française libre.

Avec elle, il participera à la campagne de Syrie, qui vise à reprendre à Vichy ce territoire géré par la France depuis les années 1920.

Une fois la Syrie revenue dans le giron des Alliés, le jeune Hubert Germain intègre l’école d’officiers de Damas. Il en sortira aspirant et rejoindra bientôt la 1re brigade française libre avant d’être, en février 1942, versé dans la désormais mythique 13e demi-brigade de Légion Étrangère.

« Aujourd’hui, je peux dire que la période la plus heureuse de ma vie a été mon entrée à la Légion étrangère », avouait-il en 2020 dans Espérer pour la France, un livre d’entretiens avec Marc Leroy, paru aux Éditions Les Belles Lettres. Une époque sur laquelle il était revenu dans une vidéo diffusée par sa maison d’édition.

C’est au sein de cette unité, qui fut l’une des deux seules à rallier la France Libre en tant que groupe constitué, qu’il participera à la bataille de Bir Hakeim. En mai et juin 1942, c’est dans cette oasis du désert libyen qu’une poignée de Français libres tiendra tête à l’Afrikakorps d’Erwin Rommel, pour permettre aux Anglais, sur le reculoir depuis de longs mois, de se réorganiser pour, au final, remporter une victoire décisive à El-Alamein (Égypte). Victoire qui contribuera à inverser le cours de la guerre.

Le chef de section Germain participera ensuite aux combats en Égypte, en Tunisie ou en Italie, où il sera blessé, puis décoré de la Croix de la Libération par le général de Gaulle. « Me retournant alors vers mes camarades, j’ai compris que quelque chose avait changé dans leur regard », écrivait-il dans Espérer pour la France.

Hubert Germain (au centre) aux côtés du général de Gaulle, à Tunis (Tunisie) en juin 1943. | ARCHIVES AFP

Hubert Germain (au centre) aux côtés du général de Gaulle, à Tunis (Tunisie) en juin 1943. | ARCHIVES AFP

De la Provence à l’Allemagne

Mais, « une décoration n’est pas une consécration invitant à s’arrêter, mais une borne sur notre route », prévenait-il toutefois dans Espérer pour la France. Hubert Germain continuera donc à tracer sa route. Celle-ci le mènera jusque dans les vallons provençaux, où il débarquera en août 1944. Sur la plage, il tombe dans le sable et « pleure comme un enfant », avoua-t-il à l’AFP en 2017 : « J’avais retrouvé mon pays ! »

Il se battra ensuite à Toulon, en Ardèche, dans les Vosges ou en Alsace, avant de finir la guerre dans les Alpes-Maritimes. Il ne sera démobilisé qu’en 1946, après avoir servi comme aide de camp du commandant des forces françaises d’occupation en Allemagne, le général Pierre Koenig.

L’entrée en politique

Hubert Germain, va, durant l’après-guerre, continuer à s’investir dans la vie de la nation. Mais, cette fois-ci, loin des champs de bataille. Dès 1953, il est élu maire de Saint-Chéron (Essonne), poste qu’il occupera jusqu’en 1965. En parallèle, il rejoint le ministère des Armées, alors sous la houlette de Pierre Messmer, comme chargé de mission.

L’année 1962 le voit franchir une autre marche dans son engagement public, puisqu’il devient alors devient député de Paris, sous la bannière gaulliste. Il siégera à l’Assemblée nationale jusqu’à son entrée au gouvernement, en 1972, comme ministre des Postes et des Télécommunications, puis ministre des Relations avec le Parlement (il retrouvera néanmoins brièvement son siège de député entre avril et mai 1973).

Hubert Germain, en 1973, sortant du Palais de l’Élysée. Il est alors ministre des Postes et des Télécommunications. | ARCHIVES AFP

Hubert Germain, en 1973, sortant du Palais de l’Élysée. Il est alors ministre des Postes et des Télécommunications. | ARCHIVES AFP

Après ce passage au gouvernement, il prendra la tête de la Société française de télédistribution, chargée, notamment, de travailler sur les réseaux de communication par câbles. Il occupera ce poste jusqu’en 1982, date à laquelle il fera valoir ses droits à la retraite.

Hubert Germain continuera, néanmoins, à faire des apparitions dans l’actualité, au gré des décorations ou titres honorifiques qui lui seront dévolus. Ainsi, en 2012, la Légion étrangère l’invite à l’une de ses cérémonies officielles les plus importantes : la célébration de la bataille de Camerone (1863). Deux ans plus tôt, il avait intégré le Conseil de l’Ordre de la Libération. Une institution dont il deviendra, le 25 novembre, 2020, le chancelier d’honneur, et en sera aussi, à jamais, le dernier des membres.

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