L'Allemagne décidée à juger les anciens SS même très âgés

Publié le par Deutsche Welle

Il est le plus vieil accusé à devoir répondre de crimes nazis devant la justice allemande. A 100 ans Josef Schütz est poursuivi pour "complicité de meurtres". 

L'Allemagne décidée à juger les anciens SS même très âgés

Jugé pour des meurtres perpétrés lorsqu'il opérait dans le camp de concentration de Sachsenhausen, non loin de Berlin, le procès de Josef Schütz a commencé ce jeudi (07.10.2021) et il n'est pas le premier ancien SS très âgé à être jugé. Ces procès et en particulier celui de Josef Schütz relancent la question de la pertinence de juger des personnes pour des actes qui se sont produits il y a 80 ans. 

A la question : un centenaire doit-il être jugé pour des actes datant de 80 ans ? Thomas Will qui dirige le bureau central d'enquête sur les crimes nazis à Ludwigsburg, dans le Bade-Wurtemberg, répond sans détour à la DW : oui ! Selon lui, le but de la procédure pénale est toujours de déterminer la culpabilité individuelle. Et les personnes âgées ne font pas exception.

Depuis dix ans, l'Allemagne met un point d'honneur à juger et condamner des anciens SS en élargissant aux gardiens de camps et autres exécutants de la machinerie nazie, le chef d'accusation de complicité de meurtre.

Auparavant, la preuve d'une implication personnelle directe dans les meurtres était l'une des conditions pour entamer des poursuites. D'anciens gardiens de camps de concentration sont apparus dans les procès nazis dès les années 1960 et 1970, mais uniquement en tant que témoins.

John Demjanjuk lors de son procès en 2009.

John Demjanjuk lors de son procès en 2009.

Des changements

Cela a changé en 2011 avec le verdict contre l'ancien gardien du camp d'extermination de Treblinka, John Demjanjuk. En 2011, alors qu'il avait 91 ans, il a été condamné à Munich à une peine de cinq ans de prison pour complicité de meurtre de plus de 28.000 personnes. Selon la justice, il faisait partie de la machine d'extermination nazie. Depuis lors, plusieurs autres personnes ont été reconnues coupables d'avoir aidé et encouragé des meurtres et de savoir que ces meurtres étaient systématiquement commis.

Pour en revenir au cas Josef Schütz, les faits qui lui sont reprochés remontent à 1942-1945 alors qu'il était caporal-chef de la division "Totenkopf" (Tête de mort) des Waffen-SS. Il se serait rendu complice du meurtre de 3.518 prisonniers du camp de concentration de Sachsenhausen. A l'ouverture de son procès, son avocat a précisé qu'il "ne s'exprimera pas" sur les faits présumés "mais donnera seulement des informations sur sa situation personnelle". 

Jugé pour complicité

Dans les faits, il n'est pas reproché à Josef Schütz d'avoir tiré sur quelqu'un en particulier mais d'avoir "contribué à ces actes par son travail de gardien et d'avoir été au courant que de tels meurtres avaient lieu dans les camps". 

A 100 ans, il risque au minimum trois ans de prison mais sa peine devrait certainement être symbolique.

Le procès de Josef Schütz se déroule une semaine seulement après celui avorté d'Irmgard Furchner, 96 ans. Cette ancienne secrétaire d'un autre camp de concentration nazi a vu la lecture de son acte d'accusation reportée au 19 octobre. La nonagénaire avait en effet tenté de fuir. En juillet 2020, un tribunal avait infligé une peine de deux ans de prison avec sursis à un ex-gardien du camp de Stutthof, Bruno Dey, 93 ans. Huit autres dossiers d'anciens SS sont par ailleurs actuellement examinés par différents parquets allemands.

Publié dans Articles de Presse

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