Mort de Bernard Tapie : Adversaire du FN, «missile de Mitterrand»... Quel genre d'homme politique était Bernard Tapie?

Publié le par 20 Minutes par Jean Saint-Marc

DECES Homme d'affaires, patron de l'OM, animateur télé, chanteur, acteur : Bernard Tapie a eu mille vies. En politique aussi... 

François Mitterrand et Bernard Tapie, en 1994, à Aix-en-Provence. — G. Gobet

François Mitterrand et Bernard Tapie, en 1994, à Aix-en-Provence. — G. Gobet

  • La famille de Bernard Tapie a annoncé sa mort ce week-end.
  • L'homme d'affaires a aussi été ministre, député, député européen et conseiller général, dans les années 1990.
  • Cinq anecdotes sur la carrière d'un homme considéré comme un animal politique redoutable.

« C’est mon engagement politique qui a entraîné ma perte » : c'est le bilan que Bernard Tapie faisait, en  1996, de sa propre carrière politique. Homme d’affaires lancé en politique comme un chien dans un jeu de quilles, homme politique contrarié par les affaires… judiciaires : voilà comment on pourrait, à notre tour, résumer la carrière politique de l'homme d'affaire dont on a appris la mort ce dimanche. Retour sur cinq épisodes marquants que vous avez peut-être oubliés.

« Gerbez-vous dessus ! » : Quand il a piégé le Front national. « Vous êtes un tartarin » (J.M. Le Pen) contre « Ce n’est pas parce que vous avez une grande gueule que ce que vous dites est vrai. » (B. Tapie). Le débat Le Pen/Tapie en 1989 a été raconté 150 fois. Dans sa biographie - quasi hagiographique - Comment ils ont tué Tapie (1998), André Bercoff raconte une anecdote moins connue. En 1992, à Orange, Tapie se serait invité sur scène lors d'un meeting pour piéger les frontistes. « On prend tous les immigrés, on les met sur des bateaux, et on les envoie très loin d’ici », aurait d’abord déclaré Tapie, provoquant les applaudissements de la foule. « Et quand ils sont assez loin, on coule les bateaux », aurait-il ajouté, provoquant une nouvelle salve d’applaudissements. Ce qui aurait, selon le récit de Bercoff, évidemment provoqué l’ire de Tapie :

    « Je ne me suis pas trompé sur vous. J’ai parlé d’un massacre, d’un génocide, de tuer hommes, femmes et enfants ; et vous avez applaudi. Demain, au moment de vous raser ou de vous maquiller, lorsque vous vous verrez dans la glace, gerbez-vous dessus. »

« Un missile de Mitterrand » : Quand Tapie murmurait à l’oreille de Mitterrand. Quand à la fin des années 1980, François Mitterrand cherchait des « personnalités d’ouverture », ses conseillers lui ont présenté le patron de l’OM. Bonne pioche. Le président socialiste et l’homme d’affaires se rencontre en 1987. Deux ans plus tard, Tapie marque des points avec sa victoire aux législatives sous l'étiquette « Majorité présidentielle » dans la 6e circonscription des Bouches-du-Rhône, un bastion de la droite. Quelques mois plus tard, il est le seul à se porter volontaire pour affronter Jean-Marie Le Pen lors du célèbre débat télévisé sur le thème de l'immigration. C’est Mitterrand qui l’a propulsé au gouvernement, puisqu’il a imposé à Bérégovoy d’en faire son ministre de la Ville, en 1992. Et en 1994, c’est en service commandé qu’il aurait mené une liste aux élections européennes. « J’ai été abattu par un missile nommé Tapie, tiré depuis l’Elysée », a déclaré Michel Rocard, qui conduisait la liste PS. Son médiocre score (14 %, contre 12 % pour la liste radicale de Tapie) a mis fin aux ambitions nationales de Rocard.

52 jours : Quand il a été un des ministres les plus éphémères de la Ve République. C’est donc Mitterrand qui a envoyé Tapie au gouvernement, le 2 avril 1992. Et une décision de justice qui l’en a fait sortir le 23 mai. Mis en examen dans le cadre de l’affaire Toshiba, 52 jours après son premier conseil des ministres, Bernard Tapie a dû quitter le ministère de la Ville, créé spécialement pour lui - c’était sa condition pour abandonner ses entreprises. Après un non-lieu, Tapie est revenu au gouvernement en décembre 1992… Brièvement : la gauche a été balayée aux législatives, en mars 1993. Selon le Huffington Post, Tapie est le 11e ministre le plus éphémère de l’histoire de la cinquième République (loin, toutefois, derrière  Thomas Thevenoud, resté 9 petites journées au gouvernement).

Une victoire surprise en 1992, un rendez-vous manqué en 1995 : Quand sa carrière marseillaise ne s’est pas passée comme prévu. En 1988, Mitterrand a choisi Tapie pour incarner sa politique d’ouverture. Mais Solférino n’a pas fait de cadeau à l’homme d’affaires, en lui accordant l’investiture dans une circonscription historiquement à droite. Sous l’étiquette « majorité présidentielle », Bernard Tapie est défait par l’UDF Guy Teissier. Mais l’élection est annulée. Deuxième chance en 1989, et, cette fois, Tapie l’a emporté, avec 50,9 % des voix. « Il m’a épaté », a commenté Mitterrand. Après ce premier fait d’armes et après, surtout, avoir fait remporter la Ligue des champions à l’OM en 1993, Bernard Tapie semblait dans un fauteuil pour se faire élire maire de Marseille. Mais les élections de 1995 se sont déroulées quelques mois après le procès de l’affaire VA-OM. « La seule élection qui me faisait envie, c’était celle de la mairie de Marseille en 1995, pour laquelle on s’est dépêché de me rendre inéligible », déclarait-il en 2015 au Journal du Dimanche.

Bernard Tapie, à la sortie du conseil des ministres. - NAHASSIA / SIPA

Bernard Tapie, à la sortie du conseil des ministres. - NAHASSIA / SIPA

Un soutien de Sarko qui « préfère la gauche » : Quand Tapie est passé progressivement à droite. Bernard Tapie a fait toute sa carrière politique au Parti radical de gauche, mais, en 2007, il a décidé de soutenir Nicolas Sarkozy, tout en précisant toujours « préférer la gauche à la droite. » « Ségolène Royal n’a pas l’expérience », avait-il expliqué au Parisien. Cinq ans plus tard, c’est plus franchement qu’il a soutenu le président sortant : « Il a sauvé le système bancaire, il a sauvé notre épargne », s’était-il emballé lors d’un JT, sur France 2. Bernard Tapie avait alors épinglé François Hollande : « Quand il dit, "mes adversaires c’est le monde de la finance", il oublie que des milliards nous sont versés par le monde de la finance tous les mois pour payer nos fonctionnaires ». Dans une enquête publiée en juillet 2014, Le Monde affirmait que Nicolas Sarkozy avait « joué un rôle moteur dans le processus ayant abouti à la procédure d’arbitrage ». Un arbitrage ensuite annulé par la justice.

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