Procès OAS : le fondateur du groupuscule d’ultradroite condamné à neuf ans de prison ferme

Publié le par Le Monde avec AFP

Logan Nisin a été condamné, mardi 12 octobre, à neuf ans d’emprisonnement ferme avec maintien en détention, à l’issue du premier procès pour terrorisme d’ultradroite jugé en France depuis 2017. Le tribunal de Paris a également reconnu coupables cinq autres prévenus d’« association de malfaiteurs terroriste ».

Le jeune fondateur du groupuscule d’extrême droite Organisation des armées sociales (OAS, en hommage à son célèbre prédécesseur du début des années 1960), Logan Nisin, a été condamné, mardi 12 octobre, à neuf ans d’emprisonnement ferme avec maintien en détention, lors du premier procès pour terrorisme d’ultradroite jugé en France depuis 2017.

Le tribunal de Paris a aussi reconnu coupables d’« association de malfaiteurs terroriste » cinq autres prévenus, âgés de 23 à 33 ans, prononçant notamment une peine de sept ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt pour Thomas Annequin, le numéro 2 du groupuscule d’ultradroite.

Thomas Annequin, le n° 2 du groupuscule d’extrême droite, le 21 septembre 2021, à Paris. THOMAS COEX / AFP

Thomas Annequin, le n° 2 du groupuscule d’extrême droite, le 21 septembre 2021, à Paris. THOMAS COEX / AFP

Les prévenus comparaissent au tribunal correctionnel de Paris, depuis le 21 septembre, pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Le groupe projetait d’attaquer des mosquées, des kebabs, des bars gauchistes et des personnalités politiques dans le but d’enclencher une « remigration » des immigrés. « Rebeus, blacks, dealeurs, migrants, racailles, djihadistes, si toi aussi tu rêves de tous les tuer, nous en avons fait le vœu, rejoins-nous ! », enjoignait l’un des tracts de recrutement de la nouvelle OAS.

Le parquet avait requis dix ans d’emprisonnement, la peine maximale, à l’encontre de Logan Nisin, 25 ans, le fondateur du groupe, son cerveau et son moteur.

« Loin d’un projet politique fantasmé », la « nouvelle OAS » a été conçue en « calquant la structure de l’Organisation armée secrète de 1961 », groupe politico-militaire responsable d’une répression sanglante dans les années 60 contre l’indépendance de l’Algérie, a estimé le président de la chambre en lisant son jugement. Dans ce dossier, « tout atteste de l’imminence du passage à l’acte », « l’OAS a été créée comme une armée de défense prête, le cas échéant, à déstabiliser les institutions », « à fracturer le corps social », a poursuivi le magistrat, en rappelant ses « appels à la rébellion », ses « incitations à tuer » ou ses projets de racket d’entreprises pour financer des armes.

« Montée en puissance de la menace portée par l’ultradroite »

Tout au long des deux semaines du procès, les membres du groupe ont assuré qu’ils ne seraient jamais passés à l’acte, en renvoyant la responsabilité à son fondateur, Logan Nisin. « Leur responsabilité personnelle ne saurait être diluée dans une stratégie globale désincarnée : ils ont tous, et collectivement, incarné l’OAS », a jugé le tribunal, les reconnaissant tous coupables.

La décision du tribunal correctionnel de Paris était très attendue : le dossier OAS est le premier à être jugé sur les sept enquêtes ouvertes par le parquet antiterroriste depuis 2017 concernant des projets d’attentats d’ultradroite. Dans son réquisitoire, la procureure avait exhorté le tribunal à mesurer la « portée significative » de son jugement, qu’elle voulait exemplaire, pour contrer la « montée en puissance exceptionnelle de la menace portée par la mouvance d’ultradroite ».

Depuis 2017, 48 personnes ont été mises en examen par le parquet antiterroriste dans des projets d’attentats imputés à l’ultradroite. Un terrorisme que la procureure avait comparé au terrorisme islamiste, décrivant « deux faces d’une même pièce fanatique ».

Me Gabriel Dumenil, qui défend Romain Pugin, condamné mardi à cinq ans de prison, a décrit un « jugement sévère ». « La qualification juridique, notamment de terrorisme, n’apparaît pas du tout aussi claire. Il s’agit d’un jugement qui a été rendu pour marquer une position jurisprudentielle s’agissant de procès à venir », a-t-il estimé. Les condamnés et le parquet ont dix jours pour faire appel.

Publié dans Articles de Presse

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