Arno Breker, le sculpteur d'Hitler qui a continué à travailler pour la RFA

Publié le par France Culture par Yann Lagarde

Arno Breker était le sculpteur attitré du régime nazi, participant activement à sa propagande. Pourtant, après la guerre, l’artiste n’a pas été inquiété. Au contraire, il a reçu de nombreuses commandes publiques en Allemagne et à l’étranger. Voici l’histoire du “Michel-Ange” allemand.

Arno Breker, le sculpteur d'Hitler qui a continué à travailler pour la RFA

Il fut admiré par Hitler et a entretenu des liens avec les grandes figures du Troisième Reich : Goebbels, Speer, etc. Mais il fut aussi l'ami de Cocteau et de Dalí, même après la guerre. Si un homme devait incarner les paradoxes de cette période trouble d'après-guerre que les historiens ont appelée "dénazification", ce serait Arno Breker.

Il fut l’un des artistes officiels de la propagande du régime nazi, s'impliquant totalement dans son imagerie propagandiste guerrière. Pourtant, il ne fut jamais inquiété après la guerre. Il a continué à travailler pour la république fédérale allemande et pour des mécènes étrangers, jusque dans les années 1980...  

Arno Breker l'explique devant les caméras de France 2 en 1981 : “Mercedes, c’était la joie d’Hitler. Personne n’est fâché quand il roule en Mercedes aujourd’hui. Et moi, je dois être fâché de mon travail…” L'artiste se plaint d'un appel au boycott d'une exposition présentant plusieurs de ses sculptures, à la même époque.

Un style qui évolue de l'abstrait au néoclassique

Né en 1900 en Rhénanie, Arno Breker suit une formation aux Beaux-Arts de Düsseldorf. En 1926, il s’installe à Paris et fréquente les artistes de Montparnasse. Son style de sculpture, d’abord expressionniste, est influencé par Maillol, Rodin et Despiau.

Après son retour à Berlin au début des années 1930, son travail évolue vers un néoclassicisme inspiré des statues antiques. Il est repéré par le régime qui retrouve dans son travail les canons esthétiques du Troisième Reich, célébrant l’homme aryen fort.

Le régime nazi lui passe plusieurs commandes monumentales, comme des statues massives devant la nouvelle chancellerie ou des sculptures pour le stade olympique de Berlin.  

Admiré par Hitler, il est nommé directeur de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin et amasse durant ces années une fortune considérable.

Wolfgang Brauneis, historien de l'art : "Hitler lui offrit un présent pour son quarantième anniversaire, un château, non loin de Berlin. Près du château, un architecte lui bâtit un atelier. C'était presque un petit village dédié à sa production artistique."

Arno Breker participe au projet Germania qui prévoit de bâtir une nouvelle capitale monumentale.

Du Troisième Reich... à la République fédérale d'Allemagne

Après la chute du Troisième Reich, Arno Breker écope d’une simple amende dérisoire de 100 marks.

Wolfgang Brauneis : "Il disait «je ne faisais qu’exercer mon art, je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait.» Tous les artistes ont dit cela après 1945. C’était impossible pour lui de ne pas réaliser qu’il faisait partie de ce système." 

Certaines de ses œuvres sont détruites ou retirées de l’espace public. Mais il continue de recevoir des commandes publiques de municipalités comme Wuppertal ou Bayreuth.  

De grands industriels allemands comme Siemens continuent à lui acheter ses œuvres. Des personnalités politiques de premier plan lui commandent des bustes officiels comme le chancelier Konrad Adenauer et son successeur, Ludwig Erhard.

Loin d’être infréquentable, Arno Breker entretient des liens avec de nombreux artistes et mécènes : Jean Cocteau, Marcel Pagnol, Pablo Picasso, Salvador Dalí.

Il réalise des bustes pour des chefs d’État étrangers comme le Roi du Maroc ou le président égyptien. L’académie française lui commande un portrait de Léopold Sédar Senghor. Un musée à son nom est même inauguré en 1985.

Mais au fil du temps, la présence de l'artiste est de moins en moins tolérée. Il est boycotté par de nombreux artistes.

Arno Breker n’a tué personne, et s’est même servi de son influence pour protéger certains artistes menacés. Mais il ne regrettera jamais sa participation active à la propagande nazie jusqu’à sa mort, en 1991.

Wolfgang Brauneis : "Tous ces artistes qui se sont considérablement enrichis et qui ont participé activement à la représentation visuelle du national socialisme, ont tous eu la chance de pouvoir continuer à travailler, à exercer leurs fonctions universitaires, etc."

L'histoire d'Ano Breker et d'autres artistes nazis est à retrouver dans l’exposition "Die liste der „Gottbegnadeten“"du Musée historique allemand (DHM), qui se tient jusqu’au 5 décembre à Berlin.

Publié dans Articles de Presse

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