Biélorussie, Ukraine, Bosnie… Ces trois points de tensions en Europe où la guerre menace

Publié le par Ouest-France par Fabien Cazenave

La crainte de voir une guerre se déclarer aux portes de l’Union européenne a augmenté ces dernières semaines, alors que les conflits à la frontière avec la Pologne, les troupes russes massées près de l’Ukraine ou la peur d’un retour de la guerre civile en Bosnie-Herzégovine inquiètent les observateurs.

Un soldat lituanien près de la frontière avec la Biélorussie en novembre 2021. | REUTERS

Un soldat lituanien près de la frontière avec la Biélorussie en novembre 2021. | REUTERS

L’est de l’Europe est en proie à plusieurs zones de tensions très fortes qui inquiètent : à la frontière polonaise avec la Biélorussie où les migrants sont utilisés comme des armes hybrides, les troupes russes amassées près de l’Ukraine, ou la reconstitution de l’armée serbe de Bosnie.

Il n’y a pas de guerre encore, mais la situation est suffisamment sérieuse pour s’inviter au menu de la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) lundi 15 novembre 2021 à Bruxelles.

Ouest-France vous explique pourquoi la situation s’est dégradée dans ces régions de l’Europe.

Une crise des migrants en Biélorussie

L’UE avait sanctionné la répression des manifestations ayant suivi la réélection contestée du président biélorusse Alexandre Loukachenko en août 2020. Elle l’accuse désormais de favoriser depuis plusieurs mois une crise migratoire en représailles à ses frontières occidentales avec la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. Plusieurs milliers de migrants sont en effet actuellement bloqués par les forces de l’ordre polonaises pour éviter leur entrée dans le territoire.

Les migrants, majoritairement des Kurdes irakiens, sont ainsi coincés depuis des jours à la frontière orientale de l’Europe, dans le froid, vivotant dans des campements de fortune et brûlant du bois pour se réchauffer. Selon la Biélorussie, quelque 2 000 personnes sont sur place, dont des femmes enceintes et des enfants. Varsovie affirme pour sa part qu’il y a entre 3 000 et 4 000 migrants à la frontière, et que de nouvelles personnes arrivent quotidiennement. Le gouvernement polonais refuse de laisser venir sur place les membres de l’agence européenne Frontex et a instauré l’état d’urgence à sa frontière, empêchant les associations d’aide aux migrants de leur porter secours.

Les accusations de manipulation, de part et d’autre, alimentent un discours des deux côtés de la frontière où la radicalité inquiète les observateurs, notamment en cas d’un incident pouvant survenir à tout moment et impliquant un soldat polonais, lituanien, letton ou biélorusse.

Des troupes russes près de la frontière de l’Ukraine

Selon le Washington Post, des responsables américains se sont inquiétés de récents mouvements documentés dans des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. On y voit des trains et des camions russes transportant, entre autres, des tanks et des missiles. Même si l’Ukraine n’a pas confirmé, les chefs de la diplomatie américaine et française, Antony Blinken et Jean-Yves Le Drian, ont évoqué samedi "l’inquiétante activité militaire russe"​.

La Russie avait annexé la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014. L’Ukraine est aussi en conflit avec des séparatistes prorusses dans l’est de son territoire depuis cette date. La Russie est accusée par Kiev et les Occidentaux de soutenir militairement et financièrement les séparatistes, ce qu’elle dément. En 2014, de nombreux soldats russes ont participé au conflit en Ukraine, mais étaient officiellement présents à titre personnel durant leurs "congés"​.

Les plus opposés à la Russie en Ukraine annoncent un scénario catastrophe où la Russie pourrait envoyer des troupes dans le Donbass venir "défendre" ​les républiques séparatistes à l’est du pays, créer ensuite un corridor pour protéger la Crimée et poursuivre jusqu’à Odessa, afin d’avoir une zone tampon avec la Transnistrie, cette région séparatiste de Moldavie où résident de nombreuses troupes russes.

Des tensions avec le chef des Serbes de Bosnie

La Bosnie-Herzégovine a de nouveau peur de la guerre, vingt-sept ans après les accords de Dayton (décembre 1995) qui avaient mis fin à la guerre civile entre Serbes, Croates et Bosniaques dans cette ancienne région de la Yougoslavie.

Si les partis nationalistes de chaque entité du pays agitent régulièrement ce chiffon rouge, Milorad Dodik, le chef de la Republika Srpska multiplie les provocations depuis août : sa région s’est retirée des forces armées communes, de l’Agence de sécurité nationale, de l’Agence de la Santé… Puis a été annoncée la création d’organismes serbo-bosniaques autonomes en matière de fiscalité, de justice, de santé et même de défense. Le risque d’une sécession des Serbes de Bosnie semble, dès lors, proche. Pour autant, le grand voisin serbe n’a pas donné de signes d’encouragements jusqu’à présent.

L’ombre de Moscou, soutien indéfectible des Serbes qui sont majoritairement de religion orthodoxe, plane sur la région des Balkans alors que l’Union européenne peine à clarifier un calendrier d’adhésion à ces pays. L’administration américaine a décidé d’envoyer un représentant spécial, Gabriel Escobar. Début novembre, le Conseil de Sécurité de l’ONU a renouvelé le mandat de la mission Eufor déployée en Bosnie-Herzégovine pour garantir la paix et la stabilité Mais cette mission ne compte plus 7 000 soldats sur le terrain, mais seulement plusieurs centaines désormais.

Y a-t-il d’autres points de tensions en Europe ?

L’Union européenne connaît d’autres points de tensions, mais beaucoup moins chaudes que celles citées plus haut. Tout d’abord sur la question migratoire avec la Turquie qui laisse passer régulièrement des candidats voulant rejoindre l’Union européenne. De même à la frontière avec le Maroc, où Rabat est accusé le gouvernement de Pedro Sanchez d’avoir favorisé l’arrivée de près de 10 000 migrants vers l’enclave espagnole de Ceuta en mai 2021 sur fond de crise diplomatique avec Madrid, au sujet de l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario pour qu’il y soit soigné.

Autre point chaud, l’Irlande du Nord, en raison de la remise en cause par le gouvernement de Boris Johnson de l’accord post-Brexit, et plus particulièrement du protocole nord-irlandais. Si Londres finissait par dénoncer cette partie de l’accord, les contrôles des biens et services entrant dans l’Union européenne ne seraient plus situés en mer d’Irlande mais à la frontière physique avec l’Irlande. Cette perspective inquiète tous ceux qui se souviennent des « Troubles », véritable guerre civile en Irlande du Nord qui avait pris fin grâce aux Accords du Vendredi saint. Des violences ont déjà eu lieu ces derniers mois.

Publié dans Articles de Presse

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