Frederik de Klerk, dernier président blanc d’Afrique du Sud, est décédé

Publié le par Radio-Canada

Même si ses réformes ont mené à la fin de l’apartheid, il a nié, en 2020, que ce régime était un crime contre l’humanité.

Avec Nelson Mandela, Frederik Willem de Klerk a mis sur pied les réformes qui ont mis fin à l'apartheid en 1991 en Afrique du Sud.  Photo : Associated Press / Jerome Delay

Avec Nelson Mandela, Frederik Willem de Klerk a mis sur pied les réformes qui ont mis fin à l'apartheid en 1991 en Afrique du Sud. Photo : Associated Press / Jerome Delay

Dernier président blanc d’Afrique du Sud et libérateur de Nelson Mandela, Frederik de Klerk, qui a mis fin au régime raciste de l’apartheid, mais dont les déclarations publiques ces dernières années ont terni l’image auprès des Sud-Africains, est mort jeudi à 85 ans.

"C'est avec la plus grande tristesse que la Fondation FW de Klerk annonce le décès de l'ancien président FW de Klerk paisiblement ce matin à son domicile de Fresnaye", une banlieue du Cap, a annoncé sa fondation dans un communiqué en anglais et en afrikaans.

Il avait dit souffrir d'un mésothéliome, un cancer qui affecte les tissus entourant les poumons en mars, le jour même de son 85e anniversaire.

"Il laisse derrière lui son épouse Elita, ses enfants Jan et Susan, et ses petits-enfants", ajoute le texte rédigé en anglais et en afrikaans.

Disparition pacifique de l'apartheid

Avec la réputation d'un grand conservateur, de Klerk a succédé au président PW Botha en 1989, affaibli par un infarctus.

Le 2 février 1990, cet apparatchik du Parti national, contre toute attente, déclare devant le Parlement : "l'heure des négociations est arrivée".

Ce pragmatique, qui avait senti la nécessité du changement, annonce aussi la libération de Nelson Mandela, leader du Congrès national africain (ANC) en prison depuis 27 ans, et la levée de l'interdiction des partis antiapartheid. Le pays entre dans la transition démocratique.

Ce processus débouche quatre ans plus tard sur l'organisation des premières élections multiraciales dans l'histoire du pays, remportées par Mandela.

Les deux hommes reçoivent conjointement le prix Nobel en 1993, pour "leurs efforts visant à la disparition pacifique du régime de l'apartheid et pour l'établissement d'une nouvelle Afrique du Sud démocratique".

Vingt ans après avoir été décoré, FW de Klerk avait estimé que sa décision avait permis d’éviter "une catastrophe", sortant les Blancs de leur "isolement et de leur culpabilité" et permis aux Noirs d’accéder à "la dignité et à l’égalité".

Un héritage important, un parcours "inégal"

Les premières réactions à sa mort ont un peu tardé, l’héritage de la figure de la fin de l’apartheid étant à la fois "important" et "inégal", a subtilement décrit la fondation Nelson Mandela.

Soulignant la "volonté d’agir" de FW de Klerk, le révérend Desmond Tutu, dernière grande icône de la lutte, a rappelé jeudi le regret – partagé par beaucoup – qu’il n’ait jamais présenté d’excuses complètes pour les crimes de l’apartheid.

Desmond Tutu (à gauche) et FW de Klerk lors d'une célébration de la Journée de la réconciliation au Cap en 2005 (archive).  Photo : Reuters / Mike Hutchings

Desmond Tutu (à gauche) et FW de Klerk lors d'une célébration de la Journée de la réconciliation au Cap en 2005 (archive). Photo : Reuters / Mike Hutchings

Tutu avait exprimé publiquement sa déception après le témoignage de M. de Klerk devant sa commission Vérité et réconciliation : "l’ancien président n’avait pas présenté, au nom du Parti national, de profondes excuses à la nation pour les terribles méfaits de l’apartheid".

"M. De Klerk a joué un rôle essentiel dans notre transition vers la démocratie", a simplement salué l'actuel président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Il a "changé le cours de l’histoire", a affirmé pour sa part le premier ministre britannique Boris Johnson, saluant son "courage d'acier et le réalisme dont il a fait preuve en faisant ce qui était manifestement juste". La date et le lieu des funérailles doivent encore être précisés.

Conservatisme, réformes et controverse

FW de Klerk a été vice-président de Nelson Mandela pendant quelques années (archives).  Photo : Reuters / Mike Hutchings

FW de Klerk a été vice-président de Nelson Mandela pendant quelques années (archives). Photo : Reuters / Mike Hutchings

Frederik de Klerk a grandi dans une famille ultraconservatrice, son grand-père est l’un des fondateurs du Parti national. Lorsqu’il devient ministre, l’Afrique du Sud est dans la tourmente : les émeutes de Soweto sont réprimées dans le sang en 1976.

    Il semblait être la quintessence de l’homme d’appareil […]. Rien dans son passé ne semblait indiquer l’ombre d’un esprit de réforme Une citation de : Nelson Mandela, à propos Frederik de Klerk, dans son autobiographie parue en 1994

Il succède en 1989 à Pieter Botha, affaibli par la maladie, à la tête du pays. Les sanctions internationales contre l’Afrique du Sud se sont intensifiées, la contestation à l’intérieur du pays ne cesse de monter : le conservateur doit entreprendre des réformes, il annonce la fin du régime blanc.

En 1996, de Klerk avait démissionné du poste de vice-président de Mandela, reprochant à la nouvelle constitution de ne pas assurer le partage du pouvoir avec les Blancs. L’année suivante, il abandonne la présidence du Parti national et entame son retrait de la vie politique. Il s’installe dans sa ferme avec sa nouvelle épouse, Elita.

En 2020, il avait déclenché une vive polémique en niant que l’apartheid ait été un crime contre l’humanité, avant de se rétracter et de présenter des excuses. Le président Ramaphosa avait alors affirmé que les propos de M. de Klerk "relevaient de [son] sens de la trahison".

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