Mort de Frederik de Klerk, le fossoyeur de l’apartheid

Publié le par La Croix par Laurent D’Ersu et William Gazeau

Portrait Le dernier président blanc sud-africain, s’est éteint jeudi 11 novembre, à son domicile, à l’âge de 85 ans. Artisan de la fin du régime d’apartheid, il avait ordonné la libération de Nelson Mandela avant de partager avec lui le prix Nobel de la paix.

L’ancien président sud-africain Frederik de Klerk, le 9 novembre 1989 à Pretoria. Walter Dhladhla/AFP

L’ancien président sud-africain Frederik de Klerk, le 9 novembre 1989 à Pretoria. Walter Dhladhla/AFP

Certains l’avaient surnommé « le Gorbatchev de l’Afrique ». Frederik De Klerk, dernier président blanc d’Afrique du Sud (1989-1994), est décédé jeudi 11 novembre des suites d’un cancer, à son domicile de Fresnaye, dans la banlieue du Cap. Il était âgé de 85 ans.

Restera-t-il dans les livres d’histoire aussi longtemps que son illustre homologue est-européen ? Sans doute la figure de Frederik de Klerk sera-t-elle éclipsée par celui qui fut tout à tour son ennemi, son partenaire et son successeur à la présidence de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela. Si ce dernier montra une persévérance unique dans la défense de la cause des Sud-Africains opprimés, De Klerk fut, au contraire, l’homme d’une volte-face auquel peu de chose le destinaient.

Famille ultraconservatrice

Né le 18 mars en 1936 à Johannesburg, Frederik Willem de Klerk était issue d’une famille huguenote ancrée dans la tradition conservatrice blanche. Petit-fils d’un des fondateurs du Parti national (NP) et fils de ministre, « F.W. » s’engagea très tôt en politique, en adhérant à la Jeugdbond, l’organisation de jeunesse du NP. Avocat avant d’être élu député en 1972, il se voit confier en 1978 le premier de ses nombreux portefeuilles ministériels. Ce père de trois enfants se forge alors une réputation d’homme dur, dans une période où le régime d’apartheid est à son paroxysme.

La surprise n’en fut que plus grande de le voir engager, dès son accession à la tête du NP et du gouvernement en 1989, le démantèlement du régime d’apartheid. « De Klerk s’était rendu compte que la situation politique allait conduire à la guerre civile », rappelle Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri. Le 2 février 1990, Frederik de Klerk rétablit l’existence légale des partis politiques noirs, bannis depuis 30 ans. À l’issue de négociations, plusieurs dirigeants historiques de l’ANC sont libérés, dont Nelson Mandela, après 27 ans de détention. Les deux hommes signent un accord national de paix en septembre 1991.

Prix Nobel 1993 avec Nelson Mandela

Trois ans plus tard, les premières élections libres offrent logiquement une large victoire à l’ANC. De Klerk devient vice-président de Nelson Mandela, avec qui il reçoit le prix Nobel de la paix 1993. Mais cette cohabitation prolongée crée des remous au sein du NP, qui quitte avec lui le gouvernement d’unité nationale en mai 1996. Les travaux de la commission Vérité et Réconciliation, chargée de faire la lumière sur les crimes de l’apartheid, éclaireront d’un jour peu flatteur le rôle de De Klerk au sein du régime blanc.

L’ancien président se retire de la vie politique en 1997. Depuis, « De Klerk avait perdu toute influence politique », observe Thierry Vircoulon. « Ce n’est pas une icône comme Mandela mais il a joué un rôle historique fondamental », souligne le chercheur. Nelson Mandela, lui-même, avait rappelé le « rôle incontesté » de son prédécesseur dans l’évitement d’une explosion de violence aveugle en Afrique du Sud.

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