Tensions entre la Russie et l’Ukraine : « Moscou teste Kiev » assure le géopolitologue Dominique Moïsi

Publié le par Radio Classique par Ondine Guillaume

Dominique Moïsi, géopolitologue, était l’invité de Renaud Blanc ce lundi 22 novembre sur Radio Classique. Selon plusieurs sources, les Russes ont près de 100 000 hommes à la frontière Ukrainienne. Dominique Moïsi est venu exprimer son inquiétude quant à la situation en Europe de l’Est.

 Tensions entre la Russie et l’Ukraine : « Moscou teste Kiev » assure le géopolitologue Dominique Moïsi

La situation de l’Ukraine et de la Russie serait comparable avec celle de Pékin et Taïwan

Dominique Moïsi s’accorde à dire qu’on ne peut pas exclure l’hypothèse d’un nouveau conflit entre Moscou et Kiev. Selon lui : « Moscou teste l’Ukraine » et ce qui est certain pour le géopolitologue, c’est que du point de vue de la Russie de Vladimir Poutine, les Ukrainiens sont des Russes. En fait, les Russes peuvent accepter une Ukraine indépendante pour peu qu’elle soit fidèle aux visions de Moscou. Or pour Dominique Moïsi : « bien évidemment, ce n’est pas le cas » et la Russie n’a jamais réellement accepté l’indépendance de l’Ukraine. Le spécialiste estime que les Ukrainiens ne doivent pas faire preuve d’imprudence en « tombant dans le jeu de Vladimir Poutine ». S’il y a un grand changement à notifier dans ce conflit il ne réside pas, selon lui, dans le fait que les Ukrainiens soient plus sûrs d’eux mais bien dans la perception des Russes qui estiment que les Occidentaux seraient affaiblis. « Ils méprisent l’Amérique, ils méprisent l’Europe » et du point de vue de Moscou les Occidentaux sont entrés dans une « phase de décadence accélérée » dit-il.

Au sujet de Vladimir Poutine le géopolitologue rappelle qu’il existe une situation difficile en Russie avec notamment la crise du Covid-19 qui se répercute également sur l’économie du pays. Selon Dominique Moïsi, ce conflit à la frontière ukrainienne est une situation comparable  avec celle de Pékin et Taïwan, ou l’on chercherait à détourner l’attention des citoyens. Il affirme qu’il s’agit d’une forme d’affirmation de soi. Cette idée que la Russie puisse se dire « nous sommes aujourd’hui en position de force face à un occident affaibli » est pointée du doigt par l’expert puisqu’il s’agirait d’un réel danger. Pour illustrer cette idée, le géopolitologue reprend une citation de Jean Cocteau : « le tact dans l’audace est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin » et il se peut qu’à Pékin comme à Moscou, on aille trop loin.

« La Biélorussie d’Alexandre Loukachenko est une démonstration de cynisme intolérable »

Jean-Yves le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères disait hier : « il y a une forme de dérive autoritaire préoccupante voire insupportable » au sujet de la Russie. Mais le ministre préconisait de garder le chemin du dialogue avec Vladimir Poutine. A cela, Dominique Moïsi affirme que la position française est parfaitement « légitime » dans ses objectifs mais il faudrait toutefois se demander si celle-ci est vraiment réaliste « contenu de ce qu’est réellement l’évolution de la Russie aujourd’hui ». A quoi bon renouer le dialogue avec Moscou si seule la France est prête à le vouloir sincèrement ? questionne-t-il.

Concernant la Biélorussie, qui envoie des migrants aux portes de l’Europe, le géopolitologue affirme qu’il s’agit d’une « démonstration de cynisme intolérable » de la part d’Alexandre Loukachenko. Dominique Moïsi dénonce une utilisation des populations civiles comme armes de déstabilisation à l’encontre de l’Union européenne avec des conditions humaines « épouvantables ». Si l’Union européenne à fait preuve « d’unité à l’encontre d’Alexandre Loukachenko », il s’agit d’une unité dans la « mollesse » et d’une « insupportable lâcheté » par rapport au sort de ces populations civiles. Si géopolitiquement parlant l’Union Européenne a plutôt bien agi, Dominique Moïse signale que : « nous avons été détestable sur un plan humain ».  Il trouve une certaine unité entre la Biélorussie, la Pologne et l’Union européenne quant au sort de ces populations et n’oublie pas de rappeler leurs conditions : «  ce sont des otages qui meurent de froid dans les forêts biélorusses ». 

Publié dans Articles de Presse

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