Disparition de Delphine Jubillar : la chronologie de l'affaire

Publié le par France Bleu par Anne Jocteur Monrozier, France Bleu Occitanie, France Bleu

Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, Delphine Jubillar, disparaissait à Cagnac-les-Mines (Tarn). Après la mise en examen pour meurtre de son mari Cédric en juin, la nouvelle compagne du principal suspect a été placée en garde à vue un an jour pour jour après le début de l'affaire.

 Portraits de Delphine Jubillar à Cagnac-les-Mines. © Maxppp - Rémy Gabalda

Portraits de Delphine Jubillar à Cagnac-les-Mines. © Maxppp - Rémy Gabalda

Toujours aucune trace de Delphine depuis sa disparition mi-décembre 2020 à Cagnac-les-Mines. Malgré la multiplication des fouilles et recherches, la jeune femme reste introuvable et les enquêteurs privilégient la piste criminelle. Le principal suspect est son mari, Cédric, mis en examen pour "homicide volontaire par conjoint" et incarcéré six mois après la disparition de son épouse. Il ne cesse de clamer son innocence depuis et enchaîne les demandes de remise en liberté, toutes rejetées jusqu'à présent. Coup de théâtre, un an jour pour jour après le début de cette affaire : la nouvelle compagne de Cédric a été interpellée et placée en garde à vue. Retour sur 12 mois d'enquête.

Disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 

Le 16 décembre 2020 au petit matin, Cédric Jubillar, inquiet, prévient la gendarmerie de Cagnac-les-Mines, une commune tarnaise de 2.600 habitants. Réveillé vers 4h par l'un de ses enfants, il constate que sa femme Delphine a disparu. La nuit précédente, cette femme de 33 ans, qui a l'habitude de veiller à cause de ses horaires décalés d'infirmière à la clinique d’Albi, aurait quitté son domicile à pied après 23h avec ses deux chiens qui seraient rentrés sans elle. 

Ce même matin, son téléphone portable cesse de borner à deux kilomètres de son domicile. Selon le procureur de la République d'Albi, il n'existe aucun antécédent de fuite ni de fragilité chez cette mère de deux jeunes enfants. Une enquête pour "disparition suspecte" est donc ouverte.

Recherches et "battue citoyenne"

Dès le lendemain, d'importants moyens de recherche sont déployés : les gendarmes ratissent bois et champs avec des chiens pisteurs et effectuent du porte-à-porte. Le 18 décembre, un appel à témoins est lancé et un hélicoptère ainsi que des drones survolent la zone. Le week-end suivant, des plongeurs fouillent la rivière Tarn et les plans d'eau. 

Le 23 décembre, une semaine après la disparition, une "battue citoyenne" est organisée après un appel à la population lancé par les gendarmes pour les aider dans leurs recherches. La battue rassemble 1.800 personnes, dont le mari de Delphine, et des objets sont retrouvés, sans qu'aucun lien avec la disparition ne puisse être établi.

Enquête pour "enlèvement et séquestration"

Le même jour, le parquet de Toulouse annonce l'ouverture d'une information judiciaire pour "arrestation, enlèvement, détention ou séquestration arbitraire". "Rien n'indique" que la disparition de cette mère de famille en instance de divorce "a pu être volontaire" indique le procureur de la République Dominique Alzeari, qui précise que les faits "revêtent désormais" une qualification de nature criminelle. L'enquête est confiée à deux magistrats instructeurs.

Le 24 décembre, une première perquisition a lieu au domicile des Jubillar, une maison de briques rouges en travaux de la rue Yves-Montand à Cagnac-les-Mines. Une équipe de l'identification criminelle est sur place. Après plusieurs heures de fouilles, la procureure adjointe du parquet de Toulouse annonce "qu'aucune découverte n'a été faite, rien de significatif". Parallèlement, les opérations de porte-à-porte et de recherche continuent du côté de la gendarmerie, même le jour de Noël.

Cagnac, entre angoisse et rumeurs

En cette fin d'année 2020, la commune traumatisée vit au rythme des recherches, élargies aux puits et maisons abandonnées. Bouleversé, le maire de Cagnac-les-Mines envisage la mise en place d'une cellule psychologique. 

Le 29 décembre, deux semaines après la disparition, le mystère est toujours entier, ce qui alimente les rumeurs sur internet et dans la commune, avec, inévitablement, la référence à l'affaire Jonathann Daval. Une comparaison injustifiée, qualifiée "d'insupportable" par l'un des avocats de Cédric Jubillar, qui préfère évoquer un couple très impliqué dans la vie du village et de l'école.

Au tournant de l'année, les recherches se poursuivent. Depuis la mi-décembre, les moyens sont considérables pour tenter de retrouver Delphine : quelque 700 gendarmes ont été déployés, avec des brigades venues de tout le département du Tarn, mais aussi le renfort d'hommes et de matériel de l'ensemble de la région Occitanie. 

Le 4 janvier 2021, jour de rentrée scolaire, deux cellules psychologiques sont ouvertes dans la commune. Le lendemain, des amis et cousins de Delphine Jubillar annoncent leur souhait de se constituer partie-civile afin d'avoir accès au dossier et de connaitre les détails de l’enquête. L'époux de la disparue a de son côté entrepris cette même démarche "pour lui-même et ses enfants".

Nouvelle perquisition et mystérieux message Facebook

Le 6 janvier, une nouvelle perquisition a lieu au domicile sous scellés des Jubillar, cette fois avec un géoradar pour scanner chaque recoin de la maison, sols et cloisons compris. Le mari de Delphine est convoqué par la gendarmerie "pour participer aux opérations en cours et non pas pour audition", précise l'avocat de l'artisan-peintre en bâtiment de 33 ans, très discret depuis le début de l'affaire, et qui se montre très coopératif avec les enquêteurs. Les fouilles très poussées se poursuivent pendant onze heures dans la maison et aux alentours, sans résultat. Toutes les pistes sont parallèlement examinées (un rôdeur, un amant, un proche...) par les enquêteurs sans qu'aucune ne mène nulle part. 

Alors que l'angoisse s'installe à Cagnac-les-Mines, l'une des cousines de Delphine a un choc le 13 janvier, près d'un mois jour pour jour après la disparition, en découvrant que son compte Facebook a été brièvement activé : un message vide a été publié par le profil de Delphine sur un groupe dont elle est membre avant d'être très vite supprimé. Bug de la plateforme, signe de vie, piratage de compte ? Pour les parties civiles, c'est un mystère de plus. Et "ça commence à faire beaucoup de mystères", selon l'avocat de plusieurs proches, pour qui "plus les jours passent, plus l'espoir s'amenuise." 

La mère de Cédric demande qu'on cesse d'accabler son fils

Mi-février, deux mois après la disparition, la mère de Cédric s'exprime pour la première fois sur Facebook. Nadine Jubillar dit en avoir "gros sur le cœur", alors que les spéculations vont bon train sur l'éventuelle culpabilité de son fils, car une dispute aurait éclaté entre lui et Delphine le soir du 15 décembre 2020. "Quel couple lors d'un hypothétique divorce ne s'est jamais disputé ? Vous imaginez le nombre d'affaires criminelles qu'il y aurait en France ? Quel homme ou quelle femme ne se serait pas senti trahi en apprenant l'infidélité de son conjoint ?", écrit-elle.

La nuit de sa disparition, la jeune femme aurait en effet communiqué avec ses proches et notamment avec un homme décrit comme son amant ou son confident par plusieurs sources. Cet habitant du Tarn-et-Garonne est entendu par les enquêteurs.

Un membre de la famille pointe du doigt le mari de l'infirmière

Début mars, dans le documentaire audio "Delphine Jubillar, l'introuvable maman du Tarn" diffusé sur France Bleu Occitanie, un membre de la famille Jubillar témoigne sous couvert d'anonymat et décrit Delphine comme "une femme adorable, très douce, très gentille", qui avait programmé sa séparation avec son mari, voulait vendre leur maison et demander la garde exclusive des enfants, Louis, 6 ans, et Elyah, 19 mois. Selon ce témoin, Cédric ne l'entendait pas de cette oreille et le mari aurait menacé de faire disparaître son épouse.

Une nouvelle femme dans la vie de Cédric

Le 25 mars, les amies de Delphine organisent une nouvelle battue, tout en regrettant que les gendarmes n'en aient pas déclenché une de leur côté. Alors que l'enquête semble stagner, même si la piste criminelle reste toujours privilégiée, les avocats et les proches déplorent l'absence d'avancée. Ils reprochent au procureur de la République de Toulouse son silence. Fin avril, Cédric est entendu par les juges d'instruction en qualité de partie civile. Il avait déjà été été entendu à deux reprises par les gendarmes comme témoin. 

Fin mai, il participe à un nouveau rassemblement à Cagnac-les-Mines et à une marche blanche organisée par les collègues de son épouse à Albi début juin. Près de six mois après la disparition de Delphine, l'infirmière reste introuvable, malgré de gros moyens déployés par les enquêteurs. Pendant ce temps, Cédric, décrit comme discret, solitaire et jaloux, poste le 4 juin une photo de profil Facebook avec une autre femme et déclenche aussitôt une bronca sur les réseaux sociaux.

L'époux de Delphine mis en examen pour meurtre aggravé

Le 16 juin 2021, six mois jour pour jour après la disparition, Cédric, sa mère Nadine et son beau-père Olivier sont placés en garde à vue à Gaillac. Les enquêteurs les interrogent sur des incohérences entre différents témoignages, notamment sur le récit de la nuit du 15 au 16 décembre 2020, et sur des photos de Delphine et de son amant retrouvées dans le téléphone portable de son mari. Le 17 juin, les gardes à vues sont prolongées de 24 heures, alors que Cédric nie toujours toute implication dans l'affaire.

À l'issue de près de 48 heures d'interrogatoire, les gardes à vue sont levées le 18 juin. Nadine et Olivier sont remis en liberté et regagnent leur domicile de Carmaux. Cédric, de son côté, est déféré devant un juge à Toulouse. À l'issue de sa présentation, il est mis en examen pour "homicide volontaire par conjoint" et incarcéré à la prison de Seysses. Dans l'après-midi, le procureur de la République de Toulouse détaille les éléments qui ont conduit à cette arrestation. 

"Je vais la tuer et personne ne la retrouvera" 

La semaine suivante, une nouvelle perquisition est organisée au domicile des Jubillar, en présence de Cédric, et du matériel informatique est saisi. 

Fin juin, alors que les avocats de Cédric font une première demande de remise en liberté, des informations fuitent sur les déclarations de sa mère lors de sa garde à vue. Nadine s'est souvenue de propos tenus par son fils au sujet de Delphine : "Je vais la tuer, je vais l'enterrer et personne ne la retrouvera" lui aurait-il confié.  Des "paroles en l'air", balayées d'un revers de main par les avocats du principal suspect dans cette affaire. 

L'enquête et les recherches continuent, Cédric reste en prison

À Cagnac-les-Mines, l'émotion est toujours palpable, plus de six mois après la disparition, et les habitants disent "ne pas être bien du tout". De leur côté, les amies de Delphine ne baissent pas les bras, et continuent à organiser des battues pour la retrouver. 

Les enquêteurs poursuivent eux aussi les recherches : des spéléologues sont envoyés à Cagnac-les-Mines pour fouiller plusieurs cavités, sans résultat. L'enquête continue aussi dans les laboratoires de la police scientifique. Mais certains résultats fuitent dans la presse : les analyses de l'eau du lave-linge dans laquelle une couette de Delphine a été lavée par son mari la nuit de sa disparition ne révèlent aucune trace de sang. Rien non plus dans le siphon du lavabo de la salle de bain familiale.

En juillet, la première demande de remise en liberté est rejetée. L'enquête est toujours en cours, mais son contenu est largement distillé dans les médias, ce qui agace les magistrats. "J'ai jamais fait de mal à Delphine", déclare notamment Cédric à la presse juste avant sa nouvelle audience de demande de libération. Exaspéré par les fuites, le parquet demande le huis clos pour cette audience de remise en liberté, rejetée le 22 novembre par la justice. Qu'à cela ne tienne, ses avocats déposent une troisième demande.

Cédric entendu à deux reprises par les juges d'instruction

Le 15 octobre, soit dix mois après la disparition de Delphine, Cédric Jubillar est entendu pour la première fois par les juges d'instruction en charge du dossier. Jusque là, si des faisceaux d'indice, comme un mobile apparent et un comportement étrange, justifient sa mise en examen, la justice n'a produit aucune preuve tangible sur l'implication de cet artisan dans la mort de sa femme : ni corps, ni scène de crime. L'audition dure quatre heures et le trentenaire nie toute implication.

Alors que la première audition de Cédric Jubillar par les deux juges d'instruction s'était concentrée sur la relation qu'il entretenait avec son épouse, la deuxième, début décembre 2021, reste focalisée sur la dernière soirée de Delphine à Cagnac. L'entretien dure cinq heures, et Cédric continue de clamer son innocence.

Parallèlement, les juges entendent aussi le fils de Cédric et Delphine, Louis, 7 ans. Devant les magistrats, le petit garçon maintient que ses parents se sont violemment disputés le soir où sa maman a disparu.

Un an d'angoisse et d'interrogations

La date anniversaire de la disparition de Delphine approche, mais les amies de la jeune femme continuent à se mobiliser coûte que coûte, en organisant de nouvelles battues ou des rassemblements en sa mémoire. Le 19 décembre, une marche "vérité et justice" est ainsi prévue au départ de Cagnac-les-Mines.

De leur côté, les avocats du principal suspect estiment qu'au bout d'un an, "la piste Cédric Jubillar est épuisée" et "qu’il est grand temps de s’intéresser à d’autres pistes", même si le procureur de la République de Toulouse avait pour sa part affirmé en juin dernier que "toutes les pistes étaient exploitées".

La nouvelle compagne de Cédric en garde à vue

Nouveau rebondissement, un an jour pour jour après la disparition de Delphine : le 15 décembre 2021, Séverine, la nouvelle compagne de Cédric, est interpellée et placée en garde à vue, et son domicile de Lescure-d'Albigeois perquisitionné. Cette femme de 44 ans, en couple depuis le printemps dernier avec le principal suspect, est entendue pour "complicité de recel de cadavre" à la gendarmerie de Gaillac.

Depuis l'incarcération de Cédric Jubillar en juin, ils correspondent par lettres chaque semaine. Séverine est par ailleurs intervenue plusieurs fois dans les médias pour défendre l'innocence de son compagnon.

Publié dans Articles de Presse

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