POINT DE VUE. L’escalade entre la Russie et l’Ukraine

Publié le par Ouest-France par Dominique Moisi, conseiller spécial de l’Institut Montaigne.

« En interdisant à l’Ukraine, ou à tout état qui a fait partie de l’ex-empire soviétique, d’adhérer à l’Alliance Atlantique, Poutine réécrit les règles de sécurité en vigueur en Europe et en particulier le droit de chaque état de définir librement son avenir et ses orientations de politique étrangère », analyse Dominique MOISI, conseiller spécial de l’Institut Montaigne.

« Pour Vladimir Poutine, la plus grande catastrophe du vingtième siècle a été la dissolution de l’URSS. Comment, et jusqu’où, entend-il réécrire l’Histoire ? » | SPUTNIK VIA REUTERS

« Pour Vladimir Poutine, la plus grande catastrophe du vingtième siècle a été la dissolution de l’URSS. Comment, et jusqu’où, entend-il réécrire l’Histoire ? » | SPUTNIK VIA REUTERS

« Ce qui est à moi est à moi. Ce qui est à vous est négociable. » La lecture des dernières exigences formulées par Moscou à l’encontre des États-Unis et de l’OTAN fait irrésistiblement penser à cette description des ambitions de l’URSS au temps de la Guerre Froide. Tout comme la réponse des Occidentaux à la crise ukrainienne aujourd’hui évoque le tristement célèbre : « Nous ne ferons rien bien sûr » du responsable de la diplomatie française, Claude Cheysson, au lendemain du coup d’état du Général Jaruzelski en Pologne en décembre 1981.

« Ce qui est à moi est à moi. Ce qui est à vous est négociable. » La lecture des dernières exigences formulées par Moscou à l’encontre des États-Unis et de l’OTAN fait irrésistiblement penser à cette description des ambitions de l’URSS au temps de la Guerre Froide. Tout comme la réponse des Occidentaux à la crise ukrainienne aujourd’hui évoque le tristement célèbre : « Nous ne ferons rien bien sûr » du responsable de la diplomatie française, Claude Cheysson, au lendemain du coup d’état du Général Jaruzelski en Pologne en décembre 1981.

En interdisant à l’Ukraine, ou à tout État qui a fait partie de l’ex-empire soviétique, d’adhérer à l’Alliance Atlantique, Poutine réécrit les règles de sécurité en vigueur en Europe et en particulier le droit de chaque état de définir librement son avenir et ses orientations de politique étrangère. En élargissant l’horizon de ses interdits au-delà du seul cas de l’Ukraine, la Russie va chaque fois un peu plus loin dans un processus d’escalade qui n’évoque pas seulement les années de la guerre froide, mais celles qui précédèrent la Seconde guerre mondiale. La référence en particulier à « la situation génocidaire » dans laquelle se trouveraient des minorités russes à l’est de l’Ukraine, fait penser au discours d’Hitler sur les Sudètes.

Que veut vraiment Poutine ? La reconstitution à terme de son Empire perdu, et ce par la force, s’il le faut ? Ou bien, dans un premier temps au moins, le retour de l’Ukraine dans la zone d’influence de la Russie, en profitant de l’affaiblissement de l’Amérique dans le monde ?

Jusqu’où Poutine entend-il réécrire l’histoire

Pour Poutine, la plus grande catastrophe du vingtième siècle a été la dissolution de l’URSS. Comment, et jusqu’où, entend-il réécrire l’Histoire ? Les Républiques Baltes, désormais membres de l’OTAN et de l’Union Européenne faisaient partie de l’Empire soviétique jusqu’à son éclatement en 1991. « Trente ans, ce n’est rien ! » Est-ce bien là le fond de la pensée de Poutine. Son modèle, lorsqu’il arriva au pouvoir, n’était-il pas Pierre le Grand ? Pierre voulait agrandir l’Empire. Poutine entendrait-il juste le reconstituer, en commençant par la partie la plus anciennement russe, qui est à ses yeux la moins légitime, dans sa quête d’indépendance politique et stratégique ? Son message aux Ukrainiens pourrait se résumer ainsi : « Comment osez-vous regarder toujours plus vers l’ouest alors que votre Histoire et votre culture sont ancrées à l’est de l’Europe, et que Kiev, a été la première capitale historique de la Sainte Russie ? Votre choix d’un régime démocratique à l’occidentale avec de vraies élections, qui déterminent le sort d’un pays est presque une provocation à mes yeux. » D’autant plus que c’est un modèle qu’un certain nombre de citoyens russes seraient tentés de suivre.

Que peuvent bien faire les Occidentaux pour calmer les ardeurs révisionnistes de Poutine ? L’évocation de sanctions économiques toujours plus dures est-il de nature à dissuader les chars russes de traverser la frontière avec l’Ukraine ? La réponse est très probablement « non ». Moscou n’accorde la priorité ni à l’état de son économie ni aux répercussions des sanctions occidentales sur le bien-être de ses citoyens.

Est-il encore tant pour inventer un compromis diplomatique qui évite la guerre ? On savait les Russes maîtres dans l’art des échecs, mais ils savent visiblement, aussi, pratiquer le poker avec talent.

Personne ne veut sérieusement la guerre, mais dans ce type de situation, l’Histoire nous apprend que l’on est toujours à la merci d’un accident.

Publié dans Articles de Presse

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