Assassinat du Dr Bilger dans son sommeil près de Montpellier : "Il a une aversion pour les fonctionnaires"

Publié le par Midi Libre par Yanick Philipponnat

Patrick Goussé est jugé pour l'assassinat de Pascal Bilger, le 20 avril 2018 à Montferrier-sur-Lez, en périphérie de Montpellier. La victime a été poignardée à 23 reprises dans son lit et dans son sommeil par le compagnon de son ancienne femme, à la jalousie sentimentale, familiale et professionnelle exacerbée.

Les débats se déroulent devant les assises de l'Hérault. Yan.Phi. - Yan.Phi.

Les débats se déroulent devant les assises de l'Hérault. Yan.Phi. - Yan.Phi.

Deuxième jour du procès de Patrick Goussé. L'assureur, ancien militaire dans l'armée de l'air, avait reconnu devant les enquêteurs avoir tué Pascal Bilger, 52 ans, médecin-conseil à la sécurité sociale de Montpellier, de 23 coups de couteau, le 20 avril 2018 à Montferrier-sur-Lez. 

16 h - "Il voulait être jugé par un logiciel d'intelligence artificielle"

Un deuxième expert psychiatre est entendu par visioconférence et livre une autre interprétation de Patrick Goussé et de son passage à l'acte où il a sauvagement tué son rival à coups de couteau. Parce qu'il ne supportait pas celui qui était l'ancien mari et le père des cinq enfants de sa compagne. Pour le Dr Florent Trapé "il y a une altération du discernement" chez l'accusé lié à des traits de personnalité de type psychorigide et paranoïaque.

"Il est très sûr de lui, il est dans la toute-puissance, c'est un trouble de la personnalité, il a des dysfonctionnements dans la manière d'interpréter la vie courante. Par exemple, la victime lui a tendu une main molle, il va fixer là-dessus. M.Goussé a aussi reçu une éducation stricte et militaire et il ne supporte pas que l'éducation donnée par la victime soit cool avec ses enfants. Il a également une aversion pour les fonctionnaires et la victime était médecin-conseil à la CPAM. Donc ce geste de passage à l'acte bien que structuré, cohérent, il est basé sur des interprétations pathologiques" estime le psychiatre qui a conclu son rapport avec un autre médecin.

Il rapporte enfin un autre trait obsessionnel chez l'accusé : "Les juges sont pour lui pervers, il voulait être jugé par un logiciel d'intelligence artificielle, il n'a pas confiance dans la justice des humains".

12 h - "Le moteur de l'accusé, c'est la haine"

Aux assises de l'Hérault, ce mardi 25 janvier, la question de l'état mental de Patrick Goussé, 60 ans, se pose. Pourquoi un tel passage à l'acte avec de déchaînement sauvage sur la victime ? Le docteur Marcel Danan, psychiatre, livre ses conclusions de l'examen qu'il a fait du mis en cause.

"Il savait ce qu'il faisait, il l'avait préparé mentalement, il ne pouvait pas ignorer les conséquences, il avait le discernement, c'est un sujet intelligent sans aliénation mentale" avance-t-il, écartant toute altération du discernement qui aurait des incidences sur la peine maximale encourue (30 ans de réclusion contre perpétuité).

"Patrick Goussé se dit généreux, droit, il me dit que sa foi c'est la France. Il a une haute estime de soi et il est psychorigide : il y a des principes auxquelles il ne peut pas transiger, il ne peut pas se remettre en question" poursuit l'expert.  "Il a une personnalité paranoïaque mais pas délirante sur lequel s'ajoute un côté histrionique, il aime faire savoir, il est également un peu manipulateur, il prend du plaisir à provoquer, c'est pervers".

Pour le médecin, l'ex assureur est responsable de ses actes : "Le moteur c'est la haine, qui est une passion triste, quand un être humain à une intelligence suffisante, il est responsable de l'usage qu'il fait de sa passion. Pour moi c'est un suicide par procuration, il a tué quelqu'un qui le représentait".

Le spécialiste ne croit pas que l'accusé était dépressif et a vraiment voulu se tuer après son crime même s'il s'est donné quatre coups de couteau dans l'abdomen : "S'il avait été dépressif, il se serait suicidé et il n'aurait pas trucidé quelqu'un. Là, c'est une velléité de suicide, il savait qu'il ne risquait rien, il a déchargé sa haine sur ce malheureux et ça a pu être une jouissance instantanée, il y a le mot satisfecit après la commission de l'acte, ce n'était plus la peine qu'il réussisse son suicide".

- "La victime a réussi à se saisir de la lame"

Les enfants et autres membres de la famille Bilger quittent la salle d'audience momentanément à la demande de leurs avocates, lundi soir : le médecin légiste qui a effectué l'autopsie s'approche de la barre. Sur les écrans de la salle apparaissent les terribles photos du défunt et des stigmates des 23 coups de couteau qu'il a reçu dans la nuit du 20 avril 2018, alors qu'il dormait dans sa villa de Montferrier-sur-Lez. L'huissier exhibe l'arme du crime : un couteau japonais, un katana "de 23 cm de longueur et 4 cm de largeur" précise Emmanuel Margueritte, le légiste. Qui décrit les plaies et souligne celles qui ont été fatales : "L'ensemble des lésions est provoqué par un objet tranchant et coupant, nous avons trois lésions principales dans le cou et deux lésions importantes au foie  et au thorax qui a piqué le poumon. La carotide est sectionnée nettement, la cause du décès est liée à cette action et aux coups dans le foie".

L'expert évoque ensuite les lésions sur les mains. De défense ce qui signifie que la victime qui dormait à tenter de réchapper à la mort : "Il a réussi à saisir la lame et ça lui a coupé les doigts".

La cour s'enfonce un peu plus dans l'horreur avec les photos du défunt sur son lit inondé de sang. Puis viennent les clichés de la reconstitution. L'accusé y est représenté à genoux sur le lit, le couteau japonais à la main. Dans ses déclarations, il affirme également qu'il avait une lampe de poche dans la main.

 Mais le médecin légiste estime  cette version peu compatible avec la scène de crime. 

"C'est difficile de porter la lampe dans la main gauche, neutraliser la victime et porter des coups de couteau en même temps" dit-il. Tout comme ce spécialiste juge "compliqué" certaines lésions dans la position avancée par l'accusé.

"La victime dormait, il a dû se réveiller, tenté de résister, l'accusé s'est mis à genoux avec une main sur lui pour l'égorger" avance Me Iris Christol, partie civile.

"C'est compatible avec nos constatations" répond le Dr Margueritte.

"Il y a un acharnement avec ces 23 coups de couteau ?" demande la cour.

"L'intensité, la force exercée est importante" indique le légiste. 

Publié dans Articles de Presse

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