Avions, chars, missiles... Que pèse militairement l'Ukraine, face à la Russie ?

Publié le par L'Express par M.R.

L'armée ukrainienne s'est drastiquement étoffée depuis une dizaine d'années mais reste bien en deçà de la Russie, considérée comme la deuxième force mondiale.

Des soldats de l'armée ukrainienne patrouillent sur un tank dans la ville de Debaltseve (région de Donetsk), le 24 décembre 2015  Des soldats de l'armée ukrainienne patrouillent sur un tank dans la ville de Debaltseve (région de Donetsk), le 24 décembre 2015  afp.com/Sergei Supinsky

Des soldats de l'armée ukrainienne patrouillent sur un tank dans la ville de Debaltseve (région de Donetsk), le 24 décembre 2015 Des soldats de l'armée ukrainienne patrouillent sur un tank dans la ville de Debaltseve (région de Donetsk), le 24 décembre 2015 afp.com/Sergei Supinsky

Ira, ira pas ? L'implacable leader russe Vladimir Poutine, qui a massé son armée aux portes de l'Ukraine, ne cesse de faire monter la pression quant à une invasion du pays. Les options diplomatiques afin d'éviter un conflit armé s'amenuisent de jour en jour. La Russie et les Etats-Unis - venus au secours de l'Ukraine dans ce dossier - ont pris rendez-vous "la semaine prochaine" pour de nouveaux pourparlers après la session intervenue ce vendredi. Les demandes russes sont particulièrement exigeantes, à l'image du retrait des troupes étrangères de l'Otan de Roumanie et de Bulgarie. 

Qu'adviendra-t-il si la menace se concrétise en Ukraine ? Selon la toute dernière version du Global Firepower Index (GFP), pour 2022, l'Ukraine serait la 22e nation la mieux pourvue au monde sur le plan militaire. La Russie, qui avait déjà en 2014 pris possession de la péninsule de Crimée, occupe de son côté la 2e position, intercalée entre les Etats-Unis (1er) et la Chine (3e). Un monde sépare les deux pays sur ce point. Mais un tout petit peu moins qu'imaginé tout de même. 

En effet, la capacité militaire de l'Ukraine s'est drastiquement améliorée depuis moins d'une dizaine d'années. "En 2014 [au moment de l'invasion de la Crimée par la Russie] le ministre ukrainien de la Défense a déclaré que le pays comptait 6 000 soldats prêts au combat. Aujourd'hui, l'armée ukrainienne compte environ 145 000 à 150 000 soldats et a considérablement amélioré ses capacités, son personnel et sa préparation", notait une synthèse du service de recherche du Congrès américain réalisée en juin 2021. Le Global Fire Power évoque aujourd'hui une estimation de 200 000 hommes prêts à en découdre. 

L'expert en conflits internationaux, enseignant à Sciences Po, Julien Théron, ajoute dans un article publié sur le site The Conversation l'apparition nouvelle des "bataillons de défense territoriale", établis par la loi de résistance nationale, entrée en vigueur au 1er janvier. "Dans ces unités de civils entraînées par l'armée, les citoyens apprennent comment conduire des tactiques de guérilla avec leurs propres armes contre des forces étrangères. Ces bataillons posent un sérieux défi à toute occupation", explique-t-il.  

Le compte reste cependant très loin des 800 000 hommes pouvant être mobilisés du côté russe, avec en sus un budget militaire plus de dix fois supérieur. 

Une défense montée à la va-vite

Pis, l'armée ukrainienne, certes plus nombreuse qu'auparavant, peine également sur la dimension matérielle : avions, chars, armes, missiles. "Malgré une importante industrie de la défense et des stocks d'armes, une grande partie de l'équipement ukrainien est obsolète ou nécessite d'importantes réparations", indiquait également le Congrès américain dans sa note. "Une partie de la capacité de l'industrie de la défense de l'Ukraine a été perdue en 2014-2015, car plus de 20 entreprises de l'industrie de la défense, y compris des usines de munitions, étaient basées dans des parties occupées de l'Ukraine", complète le think tank Atlantic Council. 

L'Ukraine - qui alloue en 2020 4% de son PIB à ses dépenses militaires - tente donc de moderniser à vitesse grand V ses équipements, en s'appuyant sur ses soutiens occidentaux. Depuis 2014, l'Otan, en tant qu'organisation, et certains pays membres "ont fourni une aide considérable, qui équivaut environ à 14 milliards de dollars", estime Nicolo Fasola, spécialiste des questions de sécurité dans l'espace de l'ex-Union soviétique à l'université de Birmingham, auprès de France 24. Plus récemment, en novembre, Washington a livré environ 88 tonnes de munitions, dont près de trois douzaines de lanceurs de javelot et 180 missiles, vers Kiev. En début de semaine, la Grande-Bretagne a également déclaré qu'elle avait commencé à fournir des armes antichars à l'Ukraine

Ce vendredi, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont annoncé qu'elles allaient à leur tour envoyer des missiles antichars et antiaériens en Ukraine pour lui permettre de se défendre "en cas d'une éventuelle agression russe". Les trois pays baltes ont indiqué dans un communiqué qu'ils allaient envoyer des missiles américains Javelin et Stinger après en avoir reçu l'autorisation de Washington en début de semaine. 

De son propre chef, Kiev a enfin acheté 12 drones Bayraktar auprès de la Turquie. Sur le plan humain, l'Ukraine reçoit de l'aide via l'appui d'instructeurs militaires américains, britanniques ou encore canadiens, renseigne Le Figaro

Coûts "considérables"

Quelques démocraties occidentales, l'Allemagne et le Royaume-Uni en tête, ont ainsi mis en garde la Russie du possible "bourbier" dans lequel elle s'empêtrerait, "comme lors de l'Afghanistan soviétique et du conflit en Tchétchénie". "Il doit être clair que dans une telle situation, la Russie doit s'attendre à des coûts considérables et graves", a notamment commenté la chancellerie allemande, ce vendredi. 

"Une invasion russe à grande échelle de l'Ukraine inoccupée serait de loin l'opération militaire la plus importante, la plus audacieuse et la plus risquée lancée par Moscou depuis l'invasion de l'Afghanistan en 1979, insiste l'Institut d'étude de la guerre (ISW), un groupe de réflexion basé aux Etats-Unis, dans un rapport. Cela coûterait à la Russie d'énormes sommes d'argent et probablement plusieurs milliers de victimes et de véhicules et d'avions détruits. Même dans la victoire, une telle invasion imposerait au président russe Vladimir Poutine l'obligation de reconstruire l'Ukraine, puis d'y établir un nouveau gouvernement et des forces de sécurité plus adaptées à ses objectifs." 

L'avertissement est lancé. Faut-il préciser, en dernier lieu, que la dernière des défenses réside dans la capacité de résistance du peuple en lui-même. Sur ce point, la Russie peut aussi se révéler inquiète. "D'après un sondage de l'Institut international de sociologie de Kiev publié en décembre, 58 % des Ukrainiens et presque 13% des Ukrainiennes se disent prêts à prendre les armes pour défendre le pays contre une invasion russe, et respectivement 17% et 25% de plus se déclarent prêts à résister d'autres manières", rapporte Julien Théron.

Ces données ont peut-être motivé les récentes cyberattaques contre les sites gouvernementaux, ou encore les fausses alertes à la bombe, constatées en Ukraine. Des actions symboliques visant à tromper, ou tout bonnement saper le moral de la population, et à propos desquelles Moscou fait figure de principal suspect.

Publié dans Articles de Presse

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