Crise au Kazakhstan : qui faut-il voir derrière la contestation qui secoue le pays ?

Publié le par franceinfo par Bertrand Gallicher Radio France

Considéré comme le mentor du président actuel, Kassym-Jomart Tokaïevl'ancien président autoritaire Noursoultan Nazarbaïev est pointé du doigt et concentre sur lui la colère des manifestants. Les théories sur une tentative de destabilisation russe ou américaine vont bon train.

L'ancien président Noursoultan Nazarbaïev et Vladimir Poutine, à Saint-Petersbourg, le 28 décembre 2021. (YEVGENY BIYATOV / SPUTNIK)

L'ancien président Noursoultan Nazarbaïev et Vladimir Poutine, à Saint-Petersbourg, le 28 décembre 2021. (YEVGENY BIYATOV / SPUTNIK)

Le Kazakhstan est ébranlé par une contestation qui a éclaté dimanche dans l'ouest du pays après une hausse des prix du gaz. A la demande du président Kassym-Jomart Tokaïev, Moscou a déployé 3 000 soldats jeudi 6 janvier dans le cadre d’un traité d’alliance de sécurité collective. 

Ce dernier a affirmé vendredi 7 janvier que l'ordre était en grande partie "rétabli" dans le pays, ajoutant que les opérations de retour à l'ordre public se poursuivraient "jusqu'à la destruction totale des militants".

Réprimé dans le sang, le mouvement de contestation a rapidement dépassé la question du prix du gaz : l'ancien chef de l'Etat, Noursoultan Nazarbaïev, 81 ans, et qui continue d'exercer une influence considérable, concentre désormais sur sa personne le ressentiment de la population et la colère des manifestants. La violence de la répression interroge sur le pouvoir en place.

Un ex président... toujours président

"Noursoultan Nazarbaïev a été le président de la République du Kazakhstan depuis son indépendance en 1991 jusqu'au 19 mars 2019, explique Michael Livingstone, chercheur à l'Institut français des relations internationales. Il a transmis les rênes du pouvoir à Kassym-Jomart Tokaïev pour un départ en trompe-l'oeil parce qu'il était maintenu à la tête du parti présidentiel, ainsi en tant que président à vie du Conseil national de sécurité.

"Tokaïev s'est retrouvé président de la République du Kazakhstan avec, au dessus de lui, le leader de la nation kazakhe, qui n'était plus président, mais... toujours un peu président." Michael Livingstone à franceinfo

A ce pouvoir à deux têtes s'ajoute la relation privilégiée entre l'ex-président Nazarbaïev et Vladimir Poutine. Les deux hommes se connaissent depuis une vingtaine d'années et cette proximité avec le dirigeant russe renforce la stature de l'ancien chef de l'Etat du Kazakhstan.

La Russie n'a pas intérêt à ce que le pays s'embrase

Faut-il y voir, alors, l'ombre portée du voisin russe ? Les intérêts, dans ce pays d’Asie Centrale, ancien membre du bloc soviétique, riche en gaz, pétrole et uranium, sont immenses. Aussi, de nombreuses théories sur la déstabilisation du Kazakhstan ont fleuri ces derniers jours.

Pascal Lorot, spécialiste de l’Asie Centrale et président de l’Institut géopolitique Choiseul, les bat en brèche : "Il y a deux options en termes de déstabilisation, indique-t-il. La première est de dire qu'elle est le fait des Russes. Mais en réalité, ils n'y ont aucun intérêt. Ils vont certes essayer d'en tirer parti, car chaque pays cherche à tirer parti d'une faiblesse chez un voisin. Mais ça ne vient pas de là."

"L'autre option, poursuit Pascal Lorot, pourrait être trouvée du côté des Américains : on pourrait se dire que les Américains sont présents au Kazakhstan, ils financent les ONG et la société civile, qui tire à boulets rouges quand même sur le pouvoir en place. Et on pourrait dire que les Américains ont intérêt à ce que le Kazakhstan soit déstabilisé, fixant les Russes sur cette géographie et donc, in fine, allégeant la pression sur l'Ukraine."

"Je ne crois pas non plus à cette option, indique le spécialiste de l’Asie Centrale. Elle peut revenir en pleine figure aux Américains, qui ne le souhaitent pas, alors même qu'ils entament des discussions avec les Russes sur l'Ukraine. Je pense que c'est vraiment un mouvement provoqué par la décision d'augmenter les prix du gaz et cela dégénéré. Le fait que les émeutes ont démarré dans l'ouest du pays, dans les régions pétrolières,où existe une tradition de rugosité au niveau sociétal, n'est à cet égard pas une surprise..."

Publié dans Articles de Presse

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