Dramatisation tous azimuts dans la crise ukrainienne

Publié le par Les Echos par Yves Bourdillon

Londres met en garde la Russie contre un enlisement sanglant si elle envahit l'Ukraine. Paris recommande d'éviter les déplacements non essentiels dans le pays et Moscou dénonce « l'exacerbation des tensions » par l'Otan. Une visioconférence à l'initiative de Washington avec plusieurs dirigeants politiques en Europe devait se tenir lundi soir.

Un soldat ukrainien vérifie son arme dans une tranchée près de la ligne de contact face aux séparatistes du Donbass, dans l'est du pays. (Anatolii STEPANOV/AFP)

Un soldat ukrainien vérifie son arme dans une tranchée près de la ligne de contact face aux séparatistes du Donbass, dans l'est du pays. (Anatolii STEPANOV/AFP)

L'invasion de l'Ukraine constituerait pour la Russie une « nouvelle Tchétchénie » (Boris Johnson), les familles des diplomates doivent quitter le pays (Washington et Londres), les voyages non essentiels en Ukraine doivent être évités (Paris), « l'Otan exacerbe les tensions » (Moscou).

Les messages et les postures dramatiques se sont brutalement multipliés, ce lundi, sur l'Ukraine, aux frontières septentrionale et orientale de laquelle sont massés depuis novembre 120.000 soldats russes lourdement équipés.

Le message sans doute le plus sombre est venu du Premier ministre britannique, qui a averti Moscou qu'une invasion de son grand voisin occidental et ex-république soviétique l'engagerait dans un conflit « douloureux, violent et sanglant », comparable à celui en Tchétchénie, république russe du Caucase, qui a fait des dizaines de milliers de morts dans les années 1990 et 2000. « Les renseignements sont très clairs : il y a des groupes de combat russes aux frontières de l'Ukraine et tout le monde peut voir qu'il y a un projet de guerre éclair qui pourrait conduire à la prise de Kiev », a déclaré Boris Johnson. Washington martèle depuis huit jours que le risque d'une guerre entre la Russie et l'Ukraine est élevé.

Le Royaume Uni a aussi annoncé, comme l'Australie, rapatrier une partie de son personnel diplomatique en Ukraine face à la « menace croissante » de la Russie. Les Etats-Unis ont annoncé samedi amorcer le retour des familles des diplomates, ce que Kiev a jugé « prématuré et excessif » du fait que « la situation sécuritaire n'a connu aucun changement radical ces derniers temps ».

L'Union européenne a déclaré pour sa part ne pas voir de raison de « dramatiser ». Elle ne suivra pas l'exemple des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Paris a toutefois conseillé de différer les déplacements non indispensables en Ukraine, et Berlin organise le rapatriement de certains fonctionnaires déployés en Ukraine, hors personnel de son ambassade.

Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne a condamné les actions agressives et les menaces de la Russie. La Commission européenne a, de son côté, annoncé un nouveau paquet d'aides financières d'urgence à l'Ukraine à hauteur de 1,2 milliard d'euros, ce qui revient à doubler l'aide de l'Union européenne à Kiev cette année.

VIDEO. Les 3 menaces qui pèsent sur l'Ukraine

Quand Moscou dénonce « l'hystérie » de l'Otan

Par ailleurs, l'annonce, lundi, du déploiement de forces militaires de l'Otan sur son flanc oriental a conduit le Kremlin à accuser l'Alliance « d'exacerber les tensions », et à dénoncer une « hystérie » et une « atmosphère agressive ». Le Danemark envoie une frégate dans la mer Baltique, ainsi que quatre chasseurs en Lituanie pour soutenir la mission de police aérienne de longue date de l'Otan dans la région. L'Espagne envoie des navires et avions de combat en Bulgarie. La France s'est déclarée prête à envoyer des troupes en Roumanie sous le commandement de l'Otan. « Les Etats-Unis ont également clairement indiqué qu'ils envisageaient d'accroître leur présence militaire dans la partie orientale de l'Alliance », précise l'Otan.

Cette dernière, qui n'avait pas déployé de troupes occidentales dans sa partie orientale avant l'annexion de la Crimée en 2014, y maintient depuis lors quatre groupements tactiques multinationaux, en Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne, dirigés respectivement par le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne et les Etats-Unis.

Une visioconférence était organisée lundi soir entre les chefs d'Etat et de gouvernement américain, français, allemand, britannique et polonais ainsi qu'avec le secrétaire général de l'Otan, le président du Conseil européen et la présidente de la Commission européenne pour discuter de sortie de crise et sanctions. Washington aurait placé 8.500 soldats en état d'alerte.

Mercredi, à Paris, se tiendra une réunion des conseillers diplomatiques du groupe Normandie (Allemagne, France, Ukraine, Russie) pour évoquer le Donbass. Dans les prochains jours, Emmanuel Macron va proposer «un chemin de désescalade» à Vladimir Poutine, a annoncé lundi l'Elysée.

Moscou exige depuis décembre des garanties pour sa sécurité, sous forme de deux traités avec Washington et l'Alliance atlantique qui prévoirait la fin de tout élargissement de l'Otan et de tout déploiement militaire dans les quatorze pays d'Europe de l'Est devenus membres de l'Alliance après la dissolution du Pacte de Varsovie. En clair, un retour à la situation géopolitique en vigueur en 1997, ce qui est inacceptable pour les Occidentaux, ainsi que les pays d'Europe centrale et orientale. Les Etats-Unis doivent, après plusieurs cycles de pourparlers, remettre des réponses écrites à ce sujet d'ici à la fin de la semaine.

Publié dans Articles de Presse

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