Le créateur Nino Cerruti est mort

Publié le par Le Point par Astrid Faguer

Cette grande figure de la mode a fait de l’élégance décontractée, la « sprezzatura », son credo. Il est décédé à l’âge de 91 ans, annoncent les médias italiens.

Le créateur italien Nino Cerruti a lancé en 1967 à Paris sa marque Cerruti 1881.   © HUBERT BOESL / DPA / DPA/AFP

Le créateur italien Nino Cerruti a lancé en 1967 à Paris sa marque Cerruti 1881. © HUBERT BOESL / DPA / DPA/AFP

Des parfums (dont le jus best-seller Cerruti 1881), des costumes masculins déstructurés (dont celui porté par Richard Gere dans le film Pretty Woman en 1990)… Voilà, dans les grandes lignes, ce que le grand public connaît de Nino Cerruti et de sa marque. Toutefois, pour mieux comprendre le parcours de l’homme d’affaires et styliste italien, il faut remonter à 1881, année où son grand-père, Antonio Cerruti, fonde Lanificio Fratelli Cerruti, une usine de filage et de tissage de laine installée à Biella, dans le Piémont italien. Le créateur de légende est mort à l'âge de 91 ans.

Chef d'entreprise à 20 ans

Située au pied des Alpes, l’entreprise familiale bénéficie d’une situation exceptionnelle et l’eau qui coule le long des rives du Cervo est d’une pureté rare, permettant de laver et de teindre la laine – une laine sans cesse retravaillée pour donner naissance à des tissus comme la flanelle ou le tweed. En 1950, à la mort – prématurée – de son père, Nino Cerruti hérite de la société. Le jeune homme n’a que 20 ans et abandonne alors ses études de philosophie et de journalisme.

Aux manettes de la filature, il révèle ses talents de créateur et de chef d’entreprise en multipliant les innovations techniques pour créer de nouveaux fils et tissus – toujours plus fins, plus robustes et précieux – et en modernisant les ateliers. Dans cet élan, en 1957, il ouvre la boutique Hitman à Milan où est vendue sa première collection de prêt-à-porter homme – principalement des costumes souples ultra luxueux.

L’aventure parisienne

Dix ans plus tard, à Paris, il fonde la marque Cerruti 1881, et installe son siège social et son magasin amiral – qui ne forment plus qu’un – place de la Madeleine. Tout commence avec le lancement d’une ligne de prêt-à-porter homme au style sportswear élégant, s’exprimant dans des costumes aux coupes confortables aux associations jean-chemise. Ni excentricité ni fioriture en ligne de mire, mais une révolution de la silhouette masculine qui s’opère en douceur.

Le vestiaire mâle est épuré et offre une série de pièces classiques et intemporelles remasterisées. En 1976, c’est en suivant le même cahier des charges qu’il lance le prêt-à-porter femme. Ici aussi, il fait rimer élégance et décontraction en s’appuyant sur une gamme de couleurs sobres, des matières naturelles et des tissus fluides et confortables.

Stars sur le podium

David Ginola a défilé pour Cerruti en 1995. © FRANCK PERRY / AFP

David Ginola a défilé pour Cerruti en 1995. © FRANCK PERRY / AFP

Autres marqueurs de succès : les premiers parfums Cerruti voient le jour en 1978 et les lignes en tout genre fleurissent – Cerruti Sport (1980), Cerruti 1881 Brothers (1986), Jeans Cerruti (1995), Cerruti Arte (1996). Visionnaire, il collabore avec le monde du sport – dès 1992, il habille le footballeur Jean-Pierre Papin, fraichement élu Ballon d’or, et en 1995 il fait défiler son confrère David Ginola.

Il a aussi un coup d’avance lorsque, en bon passionné de cinéma, il crée les costumes de superproductions hollywoodiennes et de films français. Il se met aussi à habiller les vedettes à la ville. Bien avant l’heure des placements produits, Jack Nicholson porte une veste en lin rose imaginée par Nino Cerruti dans le film Les Sorcières d’Eastwick (1987), Sharon Stone une nuisette en dentelles de la maison dans Sliver (1993) et Jean-Paul Belmondo un complet trois-pièces à rayures estampillé Cerruti dans Borsalino (1970). Si dans les années 1980 et 1990, Cerruti est devenue une marque – globale – phare du paysage mode, jouissant d’une image forte – alors même que son créateur cultive la discrétion –, le troisième millénaire sera synonyme de désillusions.

Coups durs

De mauvais résultats obligeront « Il Signor Nino » à vendre la griffe qui porte son nom à des investisseurs italiens en 2000. La suite ne sera que successions de rachats et de stylistes à la tête de la maison. Autre coup dur et hautement symbolique, en 2016 la boutique historique de la place de la Madeleine ferme ses portes. Puis, en 2018, c’est au tour de la société familiale Lanificio Fratelli Cerruti – qui continue de fournir en tissus aujourd’hui l’industrie du luxe et de la mode – d'être cédée en partie (80 %) au fonds d’investissement norvégien Njord Partners, pour mieux se relancer.

Des déboires qui ne remettront pas en question l’influence que ce chantre de la « sprezzatura » – que l’on peut traduire par « chic nonchalant » – a eue sur le monde de la mode, notamment masculine. C’est lui qui a formé les « futurs grands » Giorgio Armani (à la tête de sa marque éponyme, devenue un empire, depuis 1974) et Véronique Nichanian (directrice artistique du prêt-à-porter masculin chez Hermès depuis 1988). Le style ne meurt jamais.

Publié dans Articles de Presse

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