Quelle vie quotidienne durant la Seconde Guerre mondiale ?

Publié le par La Dépêche par Sébastien Bouchereau

La période de Noël est propice pour l’achat de livres cadeaux. "La Seconde Guerre mondiale en Lot-et-Garonne" mérite un coup de projecteur.

Sur la couverture du livre, des blindés allemands. Rien ne prouve que ce cliché ait été pris en Lot-et-Garonne toutefoisEditions la Geste

Sur la couverture du livre, des blindés allemands. Rien ne prouve que ce cliché ait été pris en Lot-et-Garonne toutefoisEditions la Geste

Encore un livre sur la Seconde Guerre mondiale ? Eh oui, les librairies et bibliothèques croulent sous les ouvrages consacrés à cette période noire, et pourtant chaque année des dizaines de nouveaux livres sortent des maisons d’édition. Le "filon" semble inépuisable, et un livre de plus n’est qu’une goutte d’eau dans cet océan de papier.

Comme le signalait en 2015 l’historien Jean-François Muracciole dans "L’Encyclopédie de la Seconde Guerre mondiale" (Robert Laffont) "présenter une synthèse de l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale relève de la gageure. La seule Résistance française a suscité plus de 2 000 publications et on peut estimer à 60 000 le nombre de publications diverses consacrées au conflit, ces six années étant certainement les plus documentées de toute l’histoire de l’humanité."

Dans ce même océan de papier, les ouvrages relatifs à la Seconde Guerre mondiale en Lot-et-Garonne semblent totalement noyés dans la masse. Assez rares, ils n’en demeurent pas moins dignes d’intérêt, et l’on doit notamment signaler les travaux de Jean-Pierre Koscielniak ou de Pascal De Toffoli.

Un livre différent

Benoît Boucard n’est pas historien. Il est documentaliste dans un lycée privé de Marmande, et sa formation en archéologie et en histoire l’a amené à écrire sur la Mur de l’Atlantique et les monuments aux morts. Il a répondu favorablement à la demande de l’éditeur Geste, qui souhaitait publier en fin d’année un livre différent sur la période 1939-1945. Un livre sobrement titré "La Seconde Guerre mondiale en Lot-et-Garonne" et s’attachant surtout à la vie quotidienne des habitants.

"Je voulais proposer un autre angle de vue. On peut traiter la grande histoire, qui s’articule autour de dates importantes comme la déclaration de guerre, la défaite de juin 1940, la zone non-occupée, puis l’occupation du Lot-et-Garonne, etc., mais il ne fallait surtout pas occulter la petite histoire, et s’attacher aux faits et soucis quotidiens, à des anecdotes illustrant la dureté de la vie."

Pour raconter cette histoire méconnue, Benoît Boucard s’est donc plongé dans la presse de l’époque, dans des registres de délibérations communales, dans des extraits du Journal officiel, etc.

Hôpital au collège Saint-Caprais

Dénué d’illustrations, l’ouvrage présente une succession de petits paragraphes classés chronologiquement et fourmillant d’informations locales méconnues et révélatrices des temps troublés : l’installation d’un hôpital auxiliaire au collège Saint-Caprais (septembre 1939), l’appel de la municipalité d’Agen pour trouver des logements aux réfugiés en ville (mai 1940), la suspension du conseil municipal de Mézin au titre qu’il n’apporte "aucune collaboration effective à l’œuvre de redressement national" (décembre 1940), le passage à tabac du dessinateur alsacien Hansi dans les rues d’Agen (avril 1940), la visite de Pétain aux usines Granges perturbée par le hurlement des sirènes, actionnées par deux Résistants (août 1941), l’arrivée de 437 militaires allemands le 17 novembre 1942, le creusement des tranchées en ville (avril 1943) pour protéger d’éventuels bombardements aériens, etc.

La répression contre les Juifs, les actions de Résistance, le marché noir, les massacres de la Das Reich, ou encore les événements d ‘Eysses, sont également abordés, au jour le jour.

Dans cette chronologie de la vie quotidienne, beaucoup de faits illustrant la forte présence d’Alsaciens repliés en Lot-et-Garonne, dès 1939. Ils se réunissent en associations, participent à la vie sportive, commerçante, mais aussi à l’action politique. Les anecdotes sont nombreuses, dont celle-ci : parmi les 600 habitants de Neuf-Brisach réfugiés à Meilhan-sur-Garonne, la famille Baer voit le 31 janvier 1940 la naissance de son 15e enfant ! Le fils aîné de la famille, âgé de 18 ans et incorporé dans un régiment de zouaves, aura une permission pour embrasser sa petite sœur.

Elle volait les croix au cimetière

Autre article intéressant, publié le 5 février 1942 et titré "Pour se chauffer, elle volait les croix au cimetière" ! Depuis un an, des plaintes avaient été déposées, et finalement on avait arrêté une jeune femme qui avoua dérober ces croix sur les tombes pour chauffer son intérieur. Un fait divers qui rappelle le scénario du film "Jeux interdits"… "La perquisition à son domicile amène également à la découverte d’une paire de sabots fabriquée avec du bois de ces larcins…"

Grande et petite histoires se côtoient dans cet ouvrage différent des autres, bien que la conclusion soit toujours la même : malgré le temps qui s’écoule, ce passé ne passe toujours pas…

"La Seconde Guerre mondiale dans le Lot-et-Garonne", par Benoît Boucard (Geste éditions, 265 pages, 18 €).

Publié dans Articles de Presse

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