Reclus de Monflanquin : "Il nous a fait un numéro d’illusionniste"

Publié le par Sud Ouest par Yann Saint-Sernin

Les membres de la famille de Védrines ont tenté mercredi d’expliquer comment ils ont pu vivre pendant dix ans sous la coupe de Thierry Tilly.

 Thierry Tilly (absent de la photo) avait noué une relation privilégiée avec Ghislaine de Védrines (à droite). © Crédit photo : photo MEHDI FEDOUACH/afp

Thierry Tilly (absent de la photo) avait noué une relation privilégiée avec Ghislaine de Védrines (à droite). © Crédit photo : photo MEHDI FEDOUACH/afp

Le mystère sera difficile à lever. Comment les Védrines, une famille d’aristocrates bien insérés dans la société, éduqués, ont pu tomber sous la coupe du « gourou » présumé Thierry Tilly ? Jugé devant la cour d’appel de Bordeaux depuis lundi, Thierry Tilly aura pour l’instant dépensé une grande énergie à brouiller les pistes, éludant les questions gênantes en convoquant des ancêtres aussi pittoresques que les Windsor, les Habsbourg ou une principauté iranienne. Sans livrer quoi que ce soit qui puisse constituer véritablement une clé dans l’affaire dite des « reclus de Monflanquin ».

Hier, certains membres de la famille ont souhaité témoigner à la barre, livrant des récits édifiants. Sans rapport avec la personnalité hystrionesque que Thierry Tilly s’attache (peut-être à dessein) à faire paraître depuis le début de la semaine.

Comment lui, Charles Henri de Védrines, brillant gynécologue ayant pignon sur rue à Bordeaux, a-t-il pu se laisser embarquer dans un mauvais roman où de prétendus complots francs-maçons justifiaient de se couper du monde, et de s’en remettre à cet homme qu’il soupçonne aujourd’hui d’avoir spolié les biens de sa famille ?

La voix grave, les cheveux blancs, veste bleu foncé, le médecin se désole à la barre. Et tient à préciser : « Si j’avais eu en face de moi ce guignol-là, vous pensez bien que je ne me serais jamais laissé convaincre. » À les croire, Tilly avait fait montre d’une personnalité beaucoup plus subtile que celle qu’il s’efforce à montrer depuis le début de son procès en appel.

Tous ont parlé de failles que l’homme avait su repérer et utiliser à son profit. Comme beaucoup de familles, les Védrines n’étaient pas épargnés par les conflits internes. Le choix de l’héritier du château familial, qui n’était pas l’aîné des enfants, avait par exemple suscité des rancœurs.

Guislaine de Védrines sera son cheval de Troie. C’est un avocat, Me David, qui les présente. Tilly lui porte assistance pour la gestion d’une école de secrétariat. Son influence ne cessera alors de s’étendre. Et, selon les Védrines, chaque récalcitrant sera systématiquement évacué. « À partir du moment où on le rencontre, il commence à mettre un doute sur qui était mon mari, insinuant qu’il me trompe et s’apprête à partir aux USA avec une autre femme », explique-t-elle. L’exclusion de son mari, Jean Marchand, sera, à les croire, un épisode clé de la prise de pouvoir de Tilly. Et les consignes seront adressées par fax à Guislaine. Et leur exécution surveillée par téléphone par celui qui s’imposait petit à petit comme un gestionnaire de patrimoine.

« Nous sommes allés voir Jean Marchand pour lui dire de partir. Il a refusé. Tilly a dit par téléphone, dans dix minutes il va s’étaler par terre, vous n’aurez plus qu’à le relever. Ça s’est passé exactement comme ça », raconte le frère de Guislaine, Phillipe de Védrines.

« Je suis profondément protestant, je sais ce que c’est qu’une minorité », livre cet homme pour tenter d’éclairer la facilité avec laquelle Thierry Tilly a pu imposer cet incroyable scénario. Puis : «  Il nous a fait un numéro d’illusionniste, il a réussi à asservir l’ensemble de ma famille. » Rapidement Tilly a réponse à tout. Et on lui confie nombre de responsabilité, moyennant honoraires, lui, l’agent secret, le gestionnaire de patrimoine.

« Il a transformé ma sœur en véritable kapo », continue Philippe de Védrines. « À chaque fois que quelqu’un doutait, il était confronté à la famille. Celui qui doutait était seul », expliquera Diane, une jolie jeune fille qui finira par travailler 90 heures par semaine en Angleterre en remettant son salaire à l’homme providentiel.

Le huis clos familial dans le Lot-et-Garonne puis en Angleterre durera 10 ans. Autant d’années pendant lesquelles les comptes seront petit à petit vidés et le patrimoine immobilier exfiltré via des montages qu’aurait orchestrés Thierry Tilly. Ils connaîtront la ruine. La malnutrition. « Devant un tel génie, j’avais complètement confiance », regrette Charles-Henri de Védrines. Confiance au point de lui signer une procuration sur son compte.

Publié dans Articles de Presse

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