Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

"C’est vous, le déchet" : la sœur de Maëlys tient tête à Nordahl Lelandais à son procès

Publié le par Marianne par Laurent Valdiguié

Imperturbable face à la colère de la famille de Maëlys, Nordahl Lelandais campe sur ses positions impossibles. « Vos mensonges, on en a marre », lui a lancé Colleen, la grande sœur de la petite disparue.

Nordahl Lelandais au sixième jour de son procès à Grenoble pour le meurtre de Maëlys. AFP

Nordahl Lelandais au sixième jour de son procès à Grenoble pour le meurtre de Maëlys. AFP

Elle a tout tenté elle aussi. Crânement. Portée par sa colère et ses 17 ans. Colleen, la grande sœur de Maëlys, plante ses yeux noirs en direction du box. « Est-ce que ça serait possible de répondre à mes questions ? » lance-t-elle à Nordahl Lelandais, qui se déplie avec peine, la toisant en hochant la tête, silencieux comme un glaçon. « Ce qu’on veut c’est la vérité, lance Colleen, vos mensonges, on en a marre. » Droit dans son box, les mains croisées devant lui, l’accusé regarde la jeune fille sans bouger. La salle d’assises de Grenoble, tapissée de bois, ressemble à un sarcophage, un caisson clair qui étouffe les sons. Les secondes défilent sans que personne n’ose briser ce silence qui vient de se former. Et si c’était elle, Colleen, qui allait parvenir à lui arracher les explications qui manquent à ce dossier…

Les secondes défilent lentement. Que se passe-t-il dans la tête de Lelandais ? Hésite-t-il vraiment ? Gagne-t-il encore du temps ? « Je m’expliquerais », annonce-t-il dans un filet de voix monocorde. « Mais vous dites cela depuis le début, que vous vous expliquerez ! ne le lâche pas Colleen. Ce qu’on demande ce sont des réponses, maintenant. Vous avez brisé nos vies, on est là devant vous, ce qu’on veut ce sont des réponses. Maintenant. »

« Pourquoi vous continuez à mentir ? »

Elle a du cran la grande sœur de Maëlys… Du courage à revendre tant elle est parvenue à laisser son émotion à la porte de la salle d’audience et parvient à toiser l’accusé sans lui offrir ses larmes. Nordahl Lelandais reste immobile. Sa voix est la même. Imperturbable. Sans molécule d’émotion, comme sèche, métallique et froide à la fois. « La vérité j’ai essayé de l'expliquer, personne ne m’a cru », dit-il une nouvelle fois sans bouger d’un pouce. « Aujourd’hui j’entends votre douleur », dit-il à Colleen, jurant une nouvelle fois qu’il n’a pas « violé sa sœur ». Elle tente encore : « vous avez des amis, une famille, pourquoi vous continuez à mentir ? »

Personne dans la famille de Maëlys, une petite fille prudente et un peu peureuse, n’imagine qu’elle a pu suivre un inconnu en pleine nuit sans prévenir ses parents. « Et puis, dira la mère de Maëlys avec bon sens, elle ne serait jamais montée à l’avant d’une voiture d’elle-même, cela ne lui était jamais arrivé avec nous. » Lelandais hoche la tête sans bouger d’un millimètre. Il se tait. Comme pressé d’en finir. Et se rassoit à l’invitation de la présidente, manifestement convaincue, comme à peu près tout le monde dans cette salle qu’il ne dira rien. Un mur lisse sans prise…

Un cousin insoupçonnable

Ce lundi matin, ce sont d’abord des cousins qui s’avancent à la barre de la cour d’Assises. Le 20 août, sept jours avant l’enlèvement et le meurtre de Maëlys, ces parents venus du Gard étaient chez les Lelandais en vacances. Le couple et ses trois filles ont passé une semaine dans les Alpes, entre visites de musées et promenades. « On ne voyait Nordahl que le soir au dîner, il vivait la nuit et dormait le jour », commence Cédric, le père des fillettes. Premier constat d’évidence, dans la famille Lelandais, « tonton Nono » a berné tout le monde. « Rien chez lui ne permettait d’éveiller le moindre soupçon, estime Cédric. C’était quelqu’un de normal, très sympa, un bon cousin. » Sa femme Audrey, cousine de Nordahl, le connaît depuis l’enfance et dit la même chose : « Il était bienveillant, proche de mes filles, toujours bien mis, soucieux de son image. »

Deuxième constat, quand Lelandais a été arrêté la première fois, parmi ses proches, « personne n’y a cru ». « On s’est dit c’est impossible », se souvient Cédric, persuadé que cet oncle si amical avec les enfants, aurait été incapable de faire le moindre mal à une fillette. « Je suis sûre à 100 % qu’il est innocent », dit même Audrey lors de son premier interrogatoire devant les gendarmes en octobre 2017.

« Assassin pédophile »

Et puis dans un des téléphones de l’accusé, les enquêteurs tombent sur deux vidéos. Lelandais les avait effacées, mais les experts parviendront à les réactiver. Ce lundi matin dans cette salle d’assises, elles s’affichent sur l’écran géant de la salle d’audience. Insoutenables. Lelandais tient d’une main son téléphone et filme en gros plan le sexe de sa petite-cousine de six ans. Son autre main s’avance pour des attouchements. Dans son box, l’intéressé baisse la tête, incapable de regarder ces images. La famille de la fillette, comme celle de Maëlys, a quitté la salle d’audience. Ils reviennent ensuite. « Ça a été l’enfer, atroce », dit Cédric se souvenant du « choc » de cette découverte. Son couple avec Audrey a volé en éclat. « Ces images me hantent », dit la mère de la fillette.

Dans son box, tête baissée devant les membres de sa famille, Lelandais ne nie pas l’agression sexuelle. Comment nier l’évidence ? Mais certifie que ses seuls actes pédophiles se limitent à ses agressions sur cette cousine, et une autre, évoquée en fin de semaine dernière. Comment le croire ? Dans cette salle d’ailleurs, qui croit encore Lelandais ? « J’attends des réponses, même si je suis persuadé qu’on n’en aura pas », dit son cousin Cédric. Audrey est en colère non seulement contre l’accusé, « un assassin pédophile », mais contre le reste de sa famille. « Je ne comprends pas comment on peut encore croire un monstre », lance-t-elle en direction de la mère de Nordahl Lelandais.

« Je vous explique la vérité »

Appelée à la barre, Christiane Lelandais confirme sa version, venant à la rescousse de son fils. Selon elle, le 20 août 2017, elle aurait demandé à Nordahl d’aller chercher une veste pour Audrey, et c’est durant ce laps de temps, qu’il aurait été « pris d’une pulsion » et agressé en la filmant sa petite-cousine. Sauf que ni Cédric ni Audrey ne se souviennent de cet épisode de la veste. « C’est impossible », certifie Cédric. L’horodatage des vidéos prouve que la première a été tournée à 1 h 59 et la seconde à 2 heures Puis Lelandais les transfère sur son ordinateur ce qui a dû lui prendre plusieurs minutes « A cette heure-ci, on était couché », certifient Cédric et Audrey, qui prenaient la route le lendemain matin, persuadés que l’agression de leur fille a eu lieu quand le reste de la maison dormait.

Mais Lelandais, aidé par sa maman, se cramponne à sa version. Dans un cas, il est pris d’une pulsion subite, en venant chercher un pull dans une chambre où dorment deux fillettes, dans un autre au contraire, en pleine nuit, il vient agresser froidement sa cousine… « Je ne vous explique pas ma vérité, je vous explique la vérité », avance-t-il avec aplomb, provoquant un brouhaha dans la salle. Le bloc Lelandais ne bouge pas. Pas plus quand son avocat, Me Alain Jakubowicz, l’interroge sur sa « lâcheté » à ne pas regarder les vidéos.

L’avocat lui demande s’il a eu des gestes avec Maëlys, une semaine jour pour jour après l’agression de sa cousine. « Ce n’est pas à ce moment-là ce qui m’est venu à l’esprit », répète une nouvelle fois Lelandais, cramponné à l’absence de tout mobile sexuel dans l’enlèvement et la mort de la petite fille. Mais devant son avalanche de mensonge, comment le croire ?

« Tu as mis un dangereux criminel en prison »

S’avance à la barre Jennifer, la maman de Maëlys. Depuis cette nuit du 27 août 2017, cette infirmière joyeuse, mère de deux filles, n’est que douleur et peine. Sa voix est un filet léger, comme un petit fil mince qui la relie encore au monde des vivants. Dans le silence de cette cour d’assises, elle s’adresse à sa fille disparue : « Comment faire pour vivre sans toi Maëlys ? J’aurais tellement voulu que ce soit moi à ta place, ce monstre en a décidé autrement… Je suis fière d’être ta maman, du haut de tes 8 ans et demi, Maëlys, tu as mis un dangereux criminel en prison. » C’est à l’homme du box qu’elle s’adresse : « vous imaginez mon écœurement, ma haine envers vous, vous vouliez sortir pour continuer à faire tant d’horreur comme en 2017. Heureusement que ma fille, mon héroïne, vous a mis en prison, pour que le mal qui est en vous s’arrête de tuer. » Elle l’espère « aux oubliettes ».

Depuis son box, il n’ose pas la regarder. Comme il regarde à peine les vidéos de Maëlys qui défilent sur l’écran géant. Des tranches de vie heureuses, des anniversaires, des vacances à la plage, des cours de danse, des mines d’enfants souriants. Dans la salle d’audience, une jeune femme se lève, titube, se dirige vers la sortie et tombe.

« Sans cœur et sans âme »

À sa suite, le papa de Maëlys vient témoigner à son tour. C’est un homme brisé mais sa colère semble éteinte… La dernière fois qu’il a serré sa fille dans ses bras, c’était sur la piste de danse du mariage. « J’ai dansé avec elle dans mes bras sur une chanson qu’elle aimait bien, et elle a voulu que je la porte sur mes épaules, et je lui ai dit que j’étais fatigué… si j’avais su… » dit ce père inconsolable, face à celui qu’il appelle « l’homme sans cœur et sans âme » qui lui a arraché sa fille.

Juste après lui, Colleen tente de faire bouger le bloc Lelandais. Six mois durant, jusqu’au 14 février, jour de la découverte du corps, qu’elle a passé enfermée dans sa salle de bains, elle a espéré sa sœur vivante. « C’était fini. Et j’ai compris que je ne te reverrai plus jamais. » Colleen marque une pause. Elle se tourne vers sa droite, en direction du camp de la défense : « Je voulais dire à celui qui est dans le box, qu’il n’y a rien ne plus lâche que de s’en prendre à plus faible que soi, enlever, voler un enfant la jeter dans la nature comme un déchet. »

Portable, drogue et copines

Lelandais garde la tête baissée : « Vous pensez être un dur, dominer les autres, être fort et qu’il n’y a que votre personne qui compte, vous le narcissique, l’acteur de cinéma. » Maintenant la colère de Colleen gronde. « Profitez bien de votre gloire médiatique, de votre cellule tout confort avec télé, ordinateur, téléphone portable, drogue et rendez-vous avec vos copines. Mais en fait c’est vous, le déchet. » La phrase claque comme un coup de fouet. Colleen ne croit pas « ni à ses fausses excuses, ni à ses mensonges ni à ses larmes ». Lelandais ne bronche pas, tassé sur sa chaise, comme pressé d’en finir. Lui qui depuis le début de la journée n’a jamais articulé plus de trois phrases d’affilée n’entend pas répondre.

Son avocat, en revanche, ne veut pas laisser filer les jurés sur des impressions si désastreuses. En vieux renard du barreau, Me Jakubowicz demande la parole. Il n’a posé aucune question aux témoins du jour, « par respect », dit-il, mais l’avocat veut interroger son client. « On met tout sur la table. Je te prends au dépourvu, c’est volontaire », commence le pénaliste en se tournant vers lui. Lelandais réaffirme qu’il n’a pas enlevé la fillette par la force, contrairement à ce que croit la famille. Il soutient qu’il a beaucoup menti « parce que ce qu’il disait était dans les médias ». Un peu court comme explication de six mois de mensonge. Son avocat le recadre. « Aujourd’hui tout le monde t’exhorte à dire la vérité… Tu as entendu cette interpellation de la sœur de Maëlys qui s’adresse avec fougue vers toi. Est-ce que tu as conscience du fait que tu as tellement menti que quoique tu dises, tu ne peux pas être cru ? » formule Jakubowicz, dans un mélange de question et de réponse.  « J’essaie de m’exprimer et je sais que je ne suis pas cru, mais c’est la vérité… » bafouille Lelandais, qui veut aussi s’adresser à la famille de Maëlys pour lui dire « de ne pas culpabiliser ». Mais dans sa bouche à cette heure, la formule sonne faux. Cette fois-ci, la présidente le coupe et suspend l’audience… Apparemment pas dupe.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article