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Conflit Ukraine-Russie : pourquoi c'est important pour les Français

Publié le par Marianne par Pierre Lann

L'hypothèse d'une invasion de l'Ukraine par la Russie ne passionne pas au-delà des cercles d'initiés. Cette crise risque pourtant de déclencher une série de conséquences très concrètes sur la vie des Français, à commencer par une hausse du prix de l'essence.

Des soldats ukrainiens à proximité de la ligne de front près de Donetsk ce mercredi 23 février. EyePress News / EyePress via AFP

Des soldats ukrainiens à proximité de la ligne de front près de Donetsk ce mercredi 23 février. EyePress News / EyePress via AFP

Hausse des prix à la pompe, répercussions sur les agriculteurs, risque de cyberattaques, possible crise des réfugiés… Si les subtilités des tensions entre la Russie et l’Ukraine ne vous intéressent pas, la série d’effets papillon que le conflit risque de déclencher devrait vous concerner. Si la situation reste très imprévisible, Marianne fait le point sur quelques conséquences probables pour la France.

La crise pourrait augmenter (encore) les prix à la pompe

L'irruption des chars russes à la frontière ukrainienne devrait se ressentir dans les stations-service et pourrait grever encore le portefeuille des Français. La Russie est en effet le troisième fournisseur de pétrole du monde, après l'Arabie saoudite et les États-Unis, et surtout le premier fournisseur mondial de gaz. Le regain de tension a déjà provoqué une hausse du prix du baril de pétrole, qui frôle désormais les 100 dollars.

« Le prix est très élevé depuis le mois de septembre. Il est poussé à la hausse en raison d'une très forte demande mondiale. La crise en Ukraine vient ajouter de la volatilité sur les marchés, même si pour le moment il est difficile de dire dans quelles proportions les prix pourraient grimper. Cela dépendra notamment de la nature des sanctions occidentales », décrypte auprès de Marianne Catherine Locatelli, chargée de recherches au CNRS, spécialiste des industries du gaz et du pétrole en Russie.

Pour l'heure, la Russie continue d'exporter du pétrole et du gaz, et les hydrocarbures ne sont pas concernés par les sanctions prises par les Occidentaux contre le régime russe. « Je pense que ni la Russie ni les Occidentaux n'ont intérêt à bloquer les importations, mais cette réalité économique sera peut-être surpassée par des questions politiques », estime toutefois Catherine Locatelli.

La situation est très préoccupante en ce qui concerne le gaz même si la France est moins dépendante du gaz russe que ne peuvent l'être ses voisins comme l'Allemagne. « Les importations de gaz sont plus diversifiées en France, ce qui est plutôt positif pour éviter les ruptures d'approvisionnement. Mais le gaz russe est moins coûteux que le gaz liquéfié, lequel peut être importé des États-Unis par exemple. Et s'il y a moins d'exportations d’hydrocarbures en provenance de Russie, cela fera mécaniquement monter les prix sur les marchés. La variation dépendra de l'intensité des perturbations », explique Catherine Locatelli. L'escalade en Ukraine est donc une très mauvaise nouvelle pour les consommateurs français.

Les agriculteurs très concernés

La crise en Ukraine devrait être au centre des discussions au salon de l'agriculture qui doit débuter ce week-end à Paris. « Les sanctions financières contre la Russie créent un risque énorme de rétorsion contre les produits européens, au premier rang desquels encore les produits agricoles », s'est inquiétée Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, ce mardi 23 février sur BFM Business.

Surtout, la crise pourrait entraîner des conséquences en chaîne pour les agriculteurs français. « Les coûts de production pourraient augmenter, en particulier s'il y a une forte hausse du cours du gaz. Le gaz c'est 80 % du prix des engrais, qui sont nécessaires pour les cultures et notamment pour le blé », note Patricia Le Carde, directrice des études alimentation et filières animales au Cereopa, un bureau d'études rattaché à AgroParisTech, interrogée par Marianne.

Le cours du blé, enjeu stratégique majeur, a augmenté d'un peu moins de 10 % depuis une semaine. La Russie et l'Ukraine sont en effet deux très gros exportateurs de céréales. « La hausse des prix impacte les éleveurs, qui achètent des céréales pour nourrir leurs animaux. Cela risque de les mettre en difficulté alors que leurs coûts de production sont déjà très élevés par rapport aux prix de vente de leurs produits », poursuit Patricia Le Cadre. « Quand on parle de blé, on pense souvent au prix de la baguette, dont les céréales ne représentent en fait que 6 %. C'est moins que le coût de l'énergie, mais une hausse conjuguée des deux pourrait aussi faire monter les prix en boulangerie », indique Patricia Le Cadre.

Une nouvelle crise des réfugiés ?

Onze ans après la crise syrienne, l'Union Européenne pourrait être confrontée à une nouvelle crise migratoire. Les autorités françaises s’attendent à des mouvements de population et à l’arrivée de demandeurs d’asiles en France. Le directeur général de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) prévoit « des déplacements internes à l’Ukraine mais aussi potentiellement des demandes d’asile ».

Les renseignements américains estiment qu’une invasion de l’Ukraine pourrait provoquer un afflux de 1 à 5 millions de réfugiés. Le Conseil norvégien pour les réfugiés parle, lui, d’un déplacement possible de 2 millions de personnes. Ce serait potentiellement le plus grand déplacement de populations européennes depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.

Un bouleversement sur le plan militaire

« L’escalade en Ukraine marque définitivement un changement de paradigme militaire », analyse le général Dominique Trinquand. L’escalade en Ukraine confirme ce que l’état-major des armées répète ces derniers mois. La France doit désormais accélérer sa préparation à des « conflits de haute intensité », contre des États ayant des moyens militaires similaires, ce qui impliquerait de lourdes pertes humaines. Les armées n'y seraient pas suffisamment préparées alors qu'elles ne mènent depuis vingt ans que des opérations de maintien de la paix ou de contre-insurrection, comme au Sahel.

« Depuis 1990, les armées françaises n’ont eu de cesse de financer leur modernisation par la réduction des effectifs et du nombre de plateformes », relevait un rapport de l’IFRI (Institut français des relations internationales). À titre d'exemple, les militaires qui ont rédigé ce rapport constataient que la France ne disposerait que de 200 chars de batailles en 2030, quand elle en avait 1 349 en 1991. Un rapport parlementaire publié ce mardi 22 février préconise un « effort financier immédiat », notamment pour « remettre les stocks français de munitions à niveau ». Pour cette seule dépense, il manquerait 6 ou 7 milliards d’euros selon les parlementaires. Ce qui implique des choix budgétaires cornéliens.

Un risque accru de cyberattaques

Les Occidentaux s'inquiètent de la possibilité de cyber attaques, en réponse aux sanctions infligées à des banques et des parlementaires russes. Le système de supervision bancaire européen a appelé les banques européennes à renforcer leur vigilance face aux risques de cyberattaques dans le cadre de l'escalade de la crise russo-ukrainienne, selon François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France.

Ces dernières semaines, les autorités occidentales sonnent le tocsin. « Bien que nous ne soyons pas au courant d’une attaque spécifique visant les organisations britanniques ayant un lien avec ce qu’il se passe en Ukraine, il existe un schéma historique de cyberattaques en Ukraine avec des conséquences internationales », a alerté Centre national britannique sur la cybersécurité, selon Reuters. Cette guerre cyber est particulièrement vive en Ukraine, où plusieurs ministères ukrainiens ont à nouveau été ciblés par des attaques, ce mercredi 23 février.

Publié dans Articles de Presse

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