Crise en Ukraine : haute voltige diplomatique pour Macron à Moscou

Publié le par Le Monde

La démarche du président français, qui doit rencontrer lundi son homologue russe, avant de se rendre à Kiev, en Ukraine, mardi, a le mérite d’avoir remis l’Europe dans un jeu dont Vladimir Poutine l’avait d’office exclue.

Crise en Ukraine : haute voltige diplomatique pour Macron à Moscou

Crise en Ukraine : haute voltige diplomatique pour Macron à Moscou

Editorial du « Monde ». Le président Emmanuel Macron entreprend, lundi 7 février, une mission diplomatique à haut risque en se rendant à Moscou, puis à Kiev mardi, pour tenter de désamorcer la tension autour de l’Ukraine, alors que l’armée russe continue de renforcer ses différents dispositifs en vue d’une éventuelle intervention militaire.

Une semaine cruciale s’ouvre en effet dans la crise déclenchée il y a trois mois par Vladimir Poutine. Maintenant la pression par une concentration croissante de forces sur la frontière ukrainienne puis par d’importantes manœuvres prévues cette semaine en Biélorussie, également frontalière avec l’Ukraine, le président russe demande, notamment, l’arrêt de l’élargissement de l’OTAN afin d’en interdire l’accès à Kiev. M. Poutine a toutefois entrouvert la porte au dialogue. M. Macron s’y est engouffré.

C’est la première négociation directe entreprise par un dirigeant occidental avec le chef du Kremlin depuis les échanges de lettres entre la Russie d’une part, les Etats-Unis et l’OTAN d’autre part. M. Macron a actionné plusieurs leviers pour rouvrir un dialogue avec Moscou ces dernières semaines : sa propre relation avec M. Poutine, qu’il essaie de développer sans succès depuis quatre ans mais qui lui permet au moins d’être un interlocuteur ; le canal offert par le format Normandie, au sein duquel France, Allemagne, Russie et Ukraine sont supposées discuter du conflit du Donbass ; la présidence de l’Union européenne, que la France occupe pour six mois ; et une relation franco-américaine remise sur pied après le mauvais passage de l’Aukus, l’accord de sécurité conclu en septembre entre Washington, Londres et Canberra dans le dos de Paris.

Obtenir un vrai signal de « désescalade »

Le président français a donc déployé une impressionnante activité de consultations téléphoniques avec ses partenaires occidentaux ces derniers jours avant de caler cette double visite avec Vladimir Poutine et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Afin de ne pas être soupçonné de se lancer dans une autre aventure solitaire, il s’est encore entretenu, la veille de son départ, avec le secrétaire général de l’OTAN, avec le président américain, Joe Biden, le premier ministre britannique, Boris Johnson, et avec les dirigeants des trois Républiques baltes, particulièrement sensibles sur le sujet.

Il avait aussi appelé précédemment, entre autres, le président polonais, Andrzej Duda, et le président du Conseil européen, Charles Michel. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, que M. Macron a vu à Berlin le 25 janvier, s’est envolé de son côté pour Washington, où il s’entretient lundi avec M. Biden avant de prendre à son tour le chemin de Kiev et de Moscou.

La démarche de M. Macron a le mérite d’avoir remis l’Europe dans un jeu dont M. Poutine l’avait d’office exclue. Elle présente aussi l’avantage de fournir au président russe – pour peu qu’il en ait le désir – une porte de sortie dans une situation qui ressemble de plus en plus à une impasse. Obtenir de M. Poutine un vrai signal de « désescalade », selon le mot en cours ces derniers jours, dans des termes acceptables pour Kiev et permettant d’éviter un nouveau conflit armé, serait incontestablement un succès.

Le risque est évidemment que M. Macron ne surestime sa force de conviction en même temps que la portée de sa mission et ne fasse le jeu de Moscou. Avant de partir, il a réaffirmé que la sécurité et la souveraineté de l’Ukraine ne pouvaient faire l’objet d’aucun compromis. Il est essentiel que ce principe, qui fonde l’ordre européen, reste strictement non négociable.

Publié dans Articles de Presse

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