Crise en Ukraine : "Il y a eu 32 morts ici", le douloureux souvenir des bombardements à Marioupol

Publié le par franceinfo par Benjamin Illy Radio France

Hautement stratégique, cette ville de 500 000 habitants est encerclée par le Donbass séparatiste, la Russie et la Crimée annexée par Moscou en 2014. La population a été durement touchée par des attaques meurtrières en 2015. 

Serguei, 33 ans a perdu une jambe lors de l'attaque du 24 janvier 2015 à Marioupol, en Ukraine. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Serguei, 33 ans a perdu une jambe lors de l'attaque du 24 janvier 2015 à Marioupol, en Ukraine. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

La diplomatie suffira-t-elle pour éviter une guerre entre la Russie et l'Ukraine ? Si un conflit éclate, une partie des regards se tourneront vers Marioupol, la grande ville portuaire du Sud-Est de l'Ukraine.

Hautement stratégique, la ville de 500 000 habitants, située au bord de la Mer d'Azov, est encerclée par le Donbass séparatiste, la Russie et à la Crimée annexée par Moscou en 2014. La cité a été durement touchée par des attaques meurtrières en 2015. Et la tension actuelle aux frontières réveille les traumatismes.

Marioupol, grande ville portuaire du sud-est de l'Ukraine, est encerclée par le Donbass séparatiste, la Russie et à la Crimée annexée par Moscou en 2014.  (SNAZZY MAPS / RADIO FRANCE)

Marioupol, grande ville portuaire du sud-est de l'Ukraine, est encerclée par le Donbass séparatiste, la Russie et à la Crimée annexée par Moscou en 2014. (SNAZZY MAPS / RADIO FRANCE)

Anatoli, 70 ans, nous a emmené dans ce quartier ouvrier, dans l'est de la ville. Il tenait à nous montrer l'endroit où il partage un douloureux souvenir avec les autres habitants de Marioupol : le 24 janvier 2015. "Nous arrivons au marché bombardé... Si je me souviens bien, dit Anatoli, c'était vers 11 heures du matin. Il y avait beaucoup de monde sur le marché. Selon les chiffres officiels, il y a eu 32 morts."

"Des roquettes passaient au-dessus des têtes"

Les autorités ukrainiennes ont tout de suite accusé les séparatistes pro-russes. Affirmation démentie par les rebelles de Donetsk. Une chose est sûre : les roquettes sont tombées et Sevtlana, 82 ans, était là. "Des roquettes passaient au-dessus des têtes, les gens se cachaient sous les étals... Dans les légumes, il y avait des éclats d'obus partout. J'ai vu de mes propres yeux, les corps étendus au sol, dans la rue. C'était un cauchemar." 

Selon Svetlana, "Volodymyr Zelensky est un sale fourbe ! Notre président n'a pas de volonté. Il nous a promis la paix en une semaine... Où est la paix ? Où sont nos frères ? Je ne peux pas voir mon frère, ma sœur malade, ils sont à Donetsk ! La Russie ne veut pas la guerre, elle a sa propre terre. Elle n'a besoin de rien, elle a déjà tout en abondance !"

Svetlana, 82 ans, était présente lors de l'attaque dans le quartier Est de Marioupol qui a fait des dizaines de morts le 24 janvier 2015. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Svetlana, 82 ans, était présente lors de l'attaque dans le quartier Est de Marioupol qui a fait des dizaines de morts le 24 janvier 2015. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Cette marchande nous fait remarquer : "Regardez les traces d'obus sur cette porte en fer". Ce sont les stigmates de l'attaque. Sveta, 59 ans, raconte, très émue qu'"ici, il y avait les mamans, les papas, les enfants, les papis, les mamies... Cette rue d'un bout à l'autre était couverte du sang des victimes".

Elle ne croit pas à un nouveau conflit : "Qu'est-ce qu'on peut dire ? La paix, oui, la paix ! Le peuple n'est coupable de rien. Nous sommes frères et sœurs. Les Russes, les Ukrainiens, les Biélorusses, les Moldaves, les Tchèques... Avant, nous étions tous unis."

Une attaque a fait des dizaines de morts le 24 janvier 2015 dans ce quartier Est de Marioupol, en Ukraine. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Une attaque a fait des dizaines de morts le 24 janvier 2015 dans ce quartier Est de Marioupol, en Ukraine. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Un peu plus loin, un homme fait la manche : le 24 janvier 2015, les roquettes ont pris une jambe à Serguei, 33 ans aujourd'hui. Et les tensions à la frontière réveillent son traumatisme : "J'ai peur de la guerre, j'ai peur de ne pas le supporter. J'ai une peur bleue de tout cela", confie ce papa de trois enfants.

"Mon corps porte déjà les traces de la guerre. J'ai un pressentiment, il va se passer quelque chose." Serguei à franceinfo

"Nous avons peur de ne pas nous réveiller demain matin. Vous savez, on dit que l'armée ukrainienne est forte, mais allez-y ! Montrez-moi cette armée !"

L'armée est pourtant bien présente : au bout de la rue, il y a un poste de contrôle. Plus loin, à une  une vingtaine de kilomètres de Marioupol, c'est déjà la ligne de front, figée depuis huit ans.

Publié dans Articles de Presse

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