Crise en Ukraine : Poutine et Biden acceptent de tenir un sommet proposé par Macron

Publié le par Le Monde avec AFP

La Maison Blanche a confirmé la volonté d’une rencontre entre les présidents américain et russe, à condition que Moscou n’envahisse pas l’Ukraine.

Un soldat ukrainien sur la ligne de front avec les séparatistes prorusses, près de Zolote (oblast de Louhansk), le 19 février 2022. EVGENIY MALOLETKA / AP

Un soldat ukrainien sur la ligne de front avec les séparatistes prorusses, près de Zolote (oblast de Louhansk), le 19 février 2022. EVGENIY MALOLETKA / AP

Les présidents russe Vladimir Poutine et américain Joe Biden ont « accepté le principe » de se rencontrer lors d’un sommet proposé par leur homologue français Emmanuel Macron, a annoncé l’Elysée dans la nuit de dimanche 20 à lundi 21 février. La Maison Blanche a confirmé la volonté d’une rencontre, en précisant, comme l’avait fait savoir Paris, qu’elle ne pourra se tenir que « si une invasion [de l’Ukraine par la Russie] n’a pas eu lieu ».

Ce sommet serait ensuite élargi à « toutes les parties prenantes » et porterait sur « la sécurité et la stabilité stratégique en Europe », a précisé la présidence française, ajoutant qu’il commencera à être préparé dès ce jeudi entre les Etats-Unis et la Russie. C’est à cette date que les chefs des diplomaties russe et américaine, Sergueï Lavrov et Antony Blinken, avaient prévu de se rencontrer.

Cette annonce intervient au terme d’une journée où M. Macron – qui avait rencontré au Kremlin M. Poutine le 7 février –, s’est entretenu deux fois par téléphone avec son homologue russe, après avoir parlé, entre-temps, au président américain, Joe Biden.

D’après Paris, M. Macron a tenté « les derniers efforts possibles et nécessaires pour éviter un conflit majeur en Ukraine ». Antony Blinken, avait, lui, répété dimanche que la Russie était « sur le point » d’envahir ce pays, mais toutes les parties s’étaient accordées, dans la journée, sur la nécessité de poursuivre les efforts diplomatiques pour trouver une issue au conflit.

Des images satellites inquiétantes

A la suite de l’annonce d’Emmanuel Macron, la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a confirmé dans un communiqué que les Etats-Unis s’engageaient « à poursuivre la diplomatie jusqu’au moment où une invasion débutera ». Elle a toutefois réitéré les menaces américaines : « Nous sommes prêts à infliger des sanctions rapides et sévères si la Russie choisit la guerre ». Et d’ajouter : « actuellement, la Russie semble poursuivre ses préparatifs pour une attaque à grande échelle de l’Ukraine très bientôt ».

Des images de la société américaine d’imagerie satellitaire Maxar montrent de nouveaux déploiements de troupes russes et de matériel militaire à la frontière ukrainienne. Ces photos prises dimanche font notamment état de traces de véhicules traversant des champs enneigés, entourés de bois et bordés de routes.

Des images de la société américaine d’imagerie satellitaire Maxar, prises le 20 février, montrent une colonne de blindés se dirigeant vers le sud, près de Soloti (Russie), aux abords de la frontière ukrainienne. - / AFP

Des images de la société américaine d’imagerie satellitaire Maxar, prises le 20 février, montrent une colonne de blindés se dirigeant vers le sud, près de Soloti (Russie), aux abords de la frontière ukrainienne. - / AFP

A l’issue de la première conversation téléphonique, dimanche après-midi, entre MM. Macron et Poutine, les deux chefs d’Etat s’étaient « mis d’accord sur la nécessité de rétablir le cessez-le-feu », a expliqué Paris. Car la tension règne toujours dans l’est de l’Ukraine. « Chaque jour qui passe sans qu’il y ait de guerre est un jour gagné pour la paix. Notre inquiétude est vive, mais nous pensons que les ressources de la diplomatie ne sont pas épuisées », ont déclaré les conseillers de M. Macron.

S’entretenant également avec M. Macron au téléphone, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a, lui, dénoncé les « tirs provocateurs » des rebelles parrainés par Moscou. Il a appelé à la reprise des négociations avec la Russie sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), et à l’instauration d’un « cessez-le-feu immédiat ».

Résurgence des combats dans l’est de l’Ukraine

Dimanche, alors que l’intensité des combats entre l’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses redoublait, M. Poutine a mis cette flambée de violences sur le compte de « provocations » ukrainiennes. La veille, les séparatistes ont ordonné l’évacuation des civils et la mobilisation des hommes en état de combattre.

Des habitants de Debaltseve, prennent le train pour fuir vers la Russie, dans la région de Donetsk, en Ukraine, le 19 février 2022. ALE

Des habitants de Debaltseve, prennent le train pour fuir vers la Russie, dans la région de Donetsk, en Ukraine, le 19 février 2022. ALE

Les Occidentaux redoutent que la résurgence des combats qui émaillent la ligne de front dans l’est de l’Ukraine depuis deux jours ne serve de prétexte à la Russie, qui a massé 150 000 soldats aux frontières ukrainiennes, pour lancer une attaque contre son voisin. Emboîtant le pas aux Etats-Unis et à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui ont dit craindre une « attaque de grande ampleur », le premier ministre britannique, Boris Johnson, a assuré dimanche que la Russie préparait « ce qui pourrait être la plus grande guerre en Europe depuis 1945 ».

chars lors d’exercices militaires conjoints entre la Russie et la Biélorussie, le 19 février 2022. ALEXANDER ZEMLINICHENKO JR / AP

chars lors d’exercices militaires conjoints entre la Russie et la Biélorussie, le 19 février 2022. ALEXANDER ZEMLINICHENKO JR / AP

Plus tôt, dimanche, la Biélorussie, alliée de Moscou, avait annoncé que les quelque 30 000 soldats russes présents sur son territoire, selon le décompte des Etats-Unis, et qui devaient partir ce dimanche, resteraient pour d’autres exercices militaires. Cette « inspection des forces » se poursuit, selon Minsk, du fait de la reprise des combats dans l’est de l’Ukraine.

Malgré cette annonce, l’Elysée a insisté sur le fait que M. Poutine avait redit à M. Macron « [son] intention de retirer [ses] troupes » de Biélorussie « au terme des exercices en cours ». « Il va falloir vérifier tout cela, cela peut prendre un peu de temps », a précisé la présidence française.

« Prendre au sérieux » les demandes russes

Moscou se défend toujours de tout projet d’invasion de l’Ukraine, mais réclame des garanties pour sa sécurité, dont la promesse que le pays n’intégrera jamais l’OTAN et la fin du renforcement des forces de l’Alliance à ses frontières. Autant de demandes que les Occidentaux ont rejetées.

M. Poutine a encore insisté sur ce point auprès d’Emmanuel Macron dimanche, appelant Washington et l’OTAN à « prendre au sérieux » les demandes russes. Le président de la République française doit désormais s’entretenir avec le chancelier allemand, Olaf Scholz. Les chefs des diplomaties russe et française, Sergueï Lavrov et Jean-Yves Le Drian, s’entretiendront lundi, selon Moscou.

M. Biden a, lui, convoqué son Conseil de sécurité nationale pour une réunion de crise dimanche soir. La diplomatie est possible « jusqu’à ce que les chars soient réellement en mouvement », a déclaré M. Blinken dimanche.

Publié dans Articles de Presse

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