L'actrice italienne Monica Vitti, muse d'Antonioni et héroïne du film "L'Avventura", est morte à l'âge de 90 ans

Publié le par franceinfo Culture avec agences France Télévisions Rédaction Culture

Atteinte de la maladie d'Alzheimer, l'actrice s'était retirée de la vie publique depuis plusieurs années.

L'actrice italienne Monica Vitti dans le film "Moi la femme" de Dino Risi en 1971. (INTERNATIONAL APOLLO FILMS / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

L'actrice italienne Monica Vitti dans le film "Moi la femme" de Dino Risi en 1971. (INTERNATIONAL APOLLO FILMS / COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP)

L'actrice italienne Monica Vitti est morte à l'âge de 90 ans, a annoncé le ministre italien de la Culture, mercredi 2 février. "Adieu à Monica Vitti, adieu à la reine du cinéma italien. Aujourd'hui est un jour vraiment triste, une grande artiste et une grande Italienne disparaît", a-t-il écrit. Atteinte de la maladie d'Alzheimer, l'actrice s'était retirée de la vie publique depuis plusieurs années. Elle était connue pour ses nombreux rôles dans les films de son compatriote, le cinéaste italien Michelangelo Antonioni, dont L'Avventura et L'Eclipse.

L'auteur et ancien maire de Rome, Walter Veltroni, s'est dit très affecté sur Twitter. "Roberto Russo, son compagnon de toutes ces années, me demande de communiquer que Monica Vitti n’est plus, je le fais avec douleur, affection, regret", a-t-il écrit. Elle avait épousé le réalisateur et chef-opérateur Roberto Russo en 1995.

Des personnages tourmentés chez Antonioni

Un regard doux teinté de mélancolie, une voix rauque ensorcelante et une tignasse indomptable : Monica Vitti a parfaitement incarné les personnages tourmentés de la "tétralogie de l'incommunicabilité": L'Avventura (1960), La Nuit (1961), L'Eclipse (1962), et Le Désert Rouge (1964), quatre films qui ont fait entrer Antonioni au panthéon du cinéma mondial, tout en donnant à l'actrice alors trentenaire une notoriété internationale.

"J'ai eu la chance de commencer ma carrière avec un homme de grand talent", mais aussi "spirituel, plein de vie et d'enthousiasme", reconnaissait l'actrice dans une interview à la télévision italienne en 1982.

Née à Rome le 3 novembre 1931, Monica Vitti, diplômée en 1953 de l'Académie nationale d'art dramatique, se lance d'abord dans une carrière théâtrale, où brille déjà son talent comique, l'une de ses marques de fabrique. C'est d'ailleurs dans des seconds rôles au cinéma de veine comique qu'elle est repérée par Michelangelo Antonioni, avec qui elle noue rapidement une relation artistique et sentimentale.

C'est ainsi qu'elle incarne successivement la Claudia tourmentée de L'Avventura, la Valentina tentatrice de La Nuit, la mystérieuse Vittoria de L'Eclipse et la Giuliana névrosée de Désert rouge.

Figure de la comédie à l'italienne

Après son passage chez Antonioni, dont elle est la compagne durant dix ans, de 1957 à 1967, elle devient l'une des protagonistes de la comédie à l'italienne, où elle tient tête à ses homologues masculins, du calibre d'Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman ou Nino Manfredi. Elle brille ainsi en particulier dans La Fille au pistolet (1968), un film à succès de Mario Monicelli où elle incarne Assunta, une Sicilienne qui poursuit jusqu'en Ecosse l'homme qui l'a "déshonorée".

Monica Vitti travaille également aves les grands cinéastes de l’époque tels que Joseph Losey (Modesty Blaise) ou Ettore Scola (Drame de la jalousie dans lequel elle donne la réplique à Marcello Mastroiani). L'actrice était aussi venue à la réalisation en 1990 avec Scandalo segreto.

La femme bourgeoise névrotique et la femme populaire 

"Monica Vitti a été la seule de sa génération capable de couvrir toute la gamme des expressions du cinéma italien : la femme bourgeoise névrotique, traduisant l'incommunicabilité de Michelangelo Antonioni et la femme populaire d’une allégresse contagieuse avec Alberto Sordi", a salué le quotidien italien La Repubblica mercredi 2 février. "Point de référence pour toutes les actrices venues après elle, Monica Vitti était tout à la fois : profonde, énigmatique, sensuelle, drôle. Et intellectuelle, populaire, mélancolique, intelligente. Bellissima".

L'actrice a remporté de nombreux prix au cours de sa carrière, notamment cinq David di Donatello (les César italiens), un Lion d'or à Venise pour l'ensemble de sa carrière et un Ours d'argent à Berlin.

Hommages

Le Premier ministre italien Mario Draghi a salué "une actrice d'une grande ironie et d'un talent extraordinaire", qui "a conquis des générations d'Italiens grâce à son esprit, son talent et sa beauté". "Elle a fait briller le cinéma italien dans le monde entier", a-t-il affirmé.

La star italienne Sophia Loren a rendu hommage à "une grande actrice": "sa disparition est une grande perte non seulement pour le cinéma mais pour nous tous", a-t-elle déclaré à l'agence italienne Adnkronos.

L'ancien président du festival de Cannes Gilles Jacob lui a rendu hommage sur Twitter : "Sublime, elle jouait les voisines de palier avec une classe de déesse et les reines avec la simplicité de la voisine de palier". "Bardot a eu Vadim pour la lancer. Monica a eu Antonioni. Puis elle s'est abandonnée au luxe de la comédie à l'italienne avec Scola, Monicelli et les autres. Elle est devenue star mondiale en restant elle même, rieuse et simple", a-t-il résumé.

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