Anne Beaumanoir, la flamme résistante s’est éteinte

Publié le par Le Télégramme

Dinannaise née au Guildo, Anne Beaumanoir a fait de sa vie un combat. Résistante à 17 ans, elle a sauvé deux enfants juifs des griffes du nazisme, puis s’est engagée pour la décolonisation, en Algérie. La Juste est décédée le 4 mars 2022, à Quimper.

 La résistante Anne Beaumanoir, en 2019, lors de l’une de ses nombreuses interventions en milieu scolaire, au cours desquelles la militante engagée mêlait témoignage et pédagogie contre le totalitarisme. (Archive Le Télégramme)

La résistante Anne Beaumanoir, en 2019, lors de l’une de ses nombreuses interventions en milieu scolaire, au cours desquelles la militante engagée mêlait témoignage et pédagogie contre le totalitarisme. (Archive Le Télégramme)

« Malgré mon âge, je reste vigilante. Le nationalisme, le racisme et le fondamentalisme religieux sont trois pestes unies par la même toute-puissance de l’irrationalité, et peuvent nous conduire à une troisième guerre mondiale », prévenait Anne Beaumanoir, résistante au parcours exceptionnel, lors d’une intervention au lycée de La Fontaine-des-Eaux, à Dinan, en 2017. Née au Guildo en 1923, celle qui a fait de sa vie un combat contre le totalitarisme est décédée à 98 ans, le 4 mars 2022, à Quimper (29).

Continuer la lutte pour une humanité plus fraternelle et ouverte aux autres, ce qui me semble plus que jamais, essentiel.

Dans la clandestinité à 19 ans

Issue d’une famille de culture politique antifasciste, installée rue des Rouairies, à Dinan, Anne n’a que 17 ans quand un instituteur communiste de Saint-Juvat la fait entrer dans la Résistance. À l’été 1942, la jeune femme âgée de 19 ans, alors étudiante en médecine à Rennes, se rend à Paris et passe dans la clandestinité, au sein des Jeunesses communistes.

Anne Beaumanoir devant les élèves du collège Gustave-Téry, de Lamballe, en 2017. (Photo d’archives)

Anne Beaumanoir devant les élèves du collège Gustave-Téry, de Lamballe, en 2017. (Photo d’archives)

Deux enfants juifs sauvés d’une rafle

En juin 1944, Anne apprend, par le biais d’amis de ses parents, originaires de Pléven mais vivant à Paris, qu’une rafle allait se dérouler dans le XIIIe arrondissement. Elle entreprend alors de sauver deux adolescents juifs, Daniel et Simone, âgés de 14 et 16 ans. Les deux rescapés resteront cachés jusqu’à la fin de la guerre à Dinan, chez les parents Beaumanoir, qui les considéreront comme leurs propres enfants. Un acte de bravoure qui vaudra à Anne et ses parents, Marthe et Jean, le titre de Juste parmi les Nations, qui leur est décerné en 1996, par l’État d’Israël. Une reconnaissance accordée à quelque 3 000 Français, dont 18 en Bretagne. « C’est ce dont je suis la plus fière », confiait volontiers celle qui, jusqu’au bout, témoignera dans les écoles de son passé de Résistante et du danger totalitaire.

Soutien au FLN en Algérie

Après la guerre, Anne reprend ses études, à Marseille, et devient neurologue. Elle quitte le Parti communiste en 1955, après les premières révélations des crimes staliniens en URSS. L’ancienne Résistante s’engage à nouveau, dans la lutte anticoloniale en Algérie, au côté du Front de libération nationale (FLN), comme « porteuse de valise » du réseau Jeanson. Un engagement qui la fera condamner à dix ans de prison, en 1959, à Marseille. Elle s’évadera et gagnera l’Algérie de Ben Bella, ou? elle sera la principale conseillère du ministre de la Santé du premier gouvernement algérien. Une vie trépidante, qui l’a fait rencontrer également Che Guevara, De Gaulle ou Garcia Lorca.

Le nationalisme, le racisme et le fondamentalisme religieux peuvent nous conduire à une troisième guerre mondiale.

Engagée pour l’accueil des réfugiés

Dans son livre autobiographique, « Le feu de la mémoire : la Résistance, le communisme et l’Algérie, 1940-1965 », paru aux éditions Bouchène en 2000 et réédité en 2009, la militante engagée retrace son parcours hors norme, témoin des bouleversements de cette seconde moitié du XXe siècle. Une mémoire également captée par le documentariste Denis Robert, dans « Une vie d’Annette », en 2016.

En 2015, à Paimpol, Anne Beaumanoir était avec la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem, au collège Chombard de Lauwe.

En 2015, à Paimpol, Anne Beaumanoir était avec la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem, au collège Chombard de Lauwe.

La flamme s’est éteinte, mais reste l’incandescente clairvoyance de ses propos, alors que l’infatigable humaniste venait de s’engager en faveur de l’accueil des réfugiés syriens, en 2019 : « C’était tout à fait naturel pour moi de le faire, afin de continuer la lutte pour une humanité plus fraternelle et ouverte aux autres, ce qui me semble plus que jamais, essentiel ».

Publié dans Articles de Presse

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