Crise ukrainienne : la Russie lance des manœuvres militaires en Biélorussie

Publié le par Le Monde avec AFP

Alors que se poursuivent les efforts diplomatiques pour désamorcer la crise autour de l’Ukraine, le déploiement de soldats russes en Biélorussie a été dénoncé par Kiev. Washington appelle ses ressortissants à quitter l’Ukraine immédiatement.

A la veille des exercices, l’armée russe a publié une vidéo montrant une batterie de systèmes anti-aériens S-400 se mettre en position et pointer ses missiles vers le ciel depuis un terrain enneigé de la région biélorusse de Brest, frontalière de l’Ukraine. HANDOUT / AFP

A la veille des exercices, l’armée russe a publié une vidéo montrant une batterie de systèmes anti-aériens S-400 se mettre en position et pointer ses missiles vers le ciel depuis un terrain enneigé de la région biélorusse de Brest, frontalière de l’Ukraine. HANDOUT / AFP

En pleines tensions entre la Fédération de Russie et l’Occident autour de l’Ukraine et alors que se poursuivent les efforts diplomatiques pour désamorcer la crise, des manœuvres opérées par les armées russe et biélorusse ont débuté jeudi 10 février en Biélorussie pour dix jours.

Le déploiement de ces soldats a été immédiatement dénoncé par la présidence ukrainienne, laquelle le considère comme un moyen de « pression psychologique » employé par le Kremlin, qui a massé, depuis novembre, plus de 100 000 soldats aux frontières orientales de l’Ukraine. Les armées de Minsk et Moscou n’ont pas précisé le nombre de soldats et d’équipements participant à ces exercices, mais les Occidentaux affirment que 30 000 militaires russes ont été déployés dans ce cadre. « Tout nous laisse à penser que c’est un geste d’une grande violence », a réagi pour sa part le ministre des affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, qualifiant les manœuvres d’« extrêmement massives ».

A la veille des exercices, l’armée russe a publié une vidéo montrant une batterie de systèmes antiaériens S-400 se mettre en position et pointer ses missiles vers le ciel depuis un terrain enneigé de la région biélorusse de Brest, frontalière de l’Ukraine. La Russie est accusée de se tenir prête à mener une nouvelle opération militaire contre Kiev, après l’annexion de la Crimée en 2014, des accusations rejetées par le Kremlin qui affirme vouloir assurer sa sécurité face à l’hostilité de l’Ukraine et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.

Les exercices russo-biélorusses « se déroulent avec l’objectif de se préparer à arrêter et repousser une agression extérieure dans le cadre d’une opération défensive », a assuré le ministère de la défense russe. Selon cette source, les manœuvres ont lieu jusqu’au 20 février sur cinq terrains militaires, quatre bases aériennes et « différents sites » en Biélorussie, notamment dans la région de Brest. Moscou a également annoncé jeudi l’arrivée en Crimée de six navires de guerre en vue de manœuvres prochaines en mer Noire.

« Les citoyens américains devraient partir maintenant »

Jeudi, le président des Etats-Unis Joe Biden a de son côté appelé les citoyens américains à quitter l’Ukraine immédiatement en raison d’une possible invasion russe, en avertissant que la situation pouvait « vite s’emballer ». « Les citoyens américains devraient partir, ils devraient partir maintenant. Nous avons affaire à l’une des plus grandes armées du monde », a dit M. Biden dans une interview à la chaîne NBC, en référence à l’armée russe.

Le président américain a de nouveau précisé qu’il n’enverrait pas de soldats sur le terrain en Ukraine, même pour évacuer des Américains dans l’hypothèse d’une invasion russe. Ce serait « une guerre mondiale. Quand les Américains et les Russes commencent à se tirer dessus, nous sommes dans un monde très différent », a-t-il affirmé. « Ce que j’espère, c’est que si (…) (Poutine) est assez imprudent pour y aller, il est assez intelligent pour ne rien faire qui ait un impact négatif sur les citoyens américains », a ajouté Joe Biden au sujet du président russe.

« Un moment dangereux pour la sécurité européenne »

Les tensions suscitent un ballet diplomatique entre Moscou et les capitales occidentales pour tenter de désamorcer la crise. Le chancelier allemand, Olaf Scholz, doit recevoir jeudi à Berlin les dirigeants des pays baltes, ex-républiques soviétiques, membres de l’OTAN. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, qui a annoncé l’envoi de 350 soldats de plus en Pologne, est allé à Bruxelles où il a rencontré des responsables de l’OTAN avant de se rendre à Varsovie. « La présence militaire de la Russie se renforce aux frontières de l’Ukraine et nous suivons de près le déploiement de la Russie en Biélorussie, qui est le plus important depuis la fin de la guerre froide », a souligné le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, lors d’un point de presse avec le premier ministre britannique.

« C’est un moment dangereux pour la sécurité européenne. Le nombre de forces russes augmente et le temps d’alerte pour une éventuelle attaque diminue », a averti le chef de l’OTAN. « Les ministres de la défense de l’Alliance vont la semaine prochaine discuter d’un renforcement de la sécurité dans la partie sud-est de l’Alliance, avec la constitution d’un groupement tactique en Roumanie pour la région de la mer Noire », a-t-il annoncé. La France a annoncé sa participation à ce groupement tactique.

A l’issue d’une rencontre à Moscou avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, la chef de la diplomatie britannique, Liz Truss, a appelé jeudi la Russie à retirer ses troupes massées près des frontières ukrainiennes. « Le ministre Lavrov m’a dit aujourd’hui que la Russie n’envisageait pas d’envahir l’Ukraine, mais ces mots doivent être suivis d’actions et nous avons besoin de voir les troupes et les équipements stationnés à la frontière ukrainienne être déplacés ailleurs », a déclaré Mme Truss. « Des approches idéologisées, des ultimatums et des menaces ne mènent à rien », a déclaré le chef de la diplomatie russe.

Des exigences et des menaces

Le président de la République française, Emmanuel Macron, s’est rendu lundi à Moscou, puis mardi à Kiev. Il a affirmé avoir reçu du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, des gages qu’il n’y aurait pas d’« escalade » supplémentaire et l’assurance que les troupes russes déployées en Biélorussie partiraient comme prévu une fois les manœuvres terminées. L’armée ukrainienne a lancé de son côté cette semaine ses propres manœuvres sur tout son territoire, prévoyant l’utilisation de drones de combat turcs et de missiles antichars livrés par Londres et Washington.

En cas d’attaque russe, les Occidentaux ont menacé Moscou de sanctions économiques majeures qui s’ajouteront à celles prises en 2014 après l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée. Cette annexion a été suivie par le début d’un conflit dans l’est de l’Ukraine entre Kiev et des séparatistes soutenus par la Russie, une guerre qui a fait plus de 14 000 morts en huit ans, selon l’ONU, et se poursuit malgré des accords de paix signés en 2015. La Russie nie chercher à déstabiliser son voisin pro-occidental et jure vouloir se défendre face à l’OTAN, que l’Ukraine souhaite rejoindre.

Moscou exige la fin de la politique d’élargissement de l’Alliance, l’engagement de ne pas déployer d’armes offensives à proximité des frontières russes et le retrait d’infrastructures militaires de l’OTAN sur les frontières de 1997, avant que l’organisation n’accueille d’ex-membres du bloc soviétique. Les Etats-Unis, qui ont dépêché des renforts militaires en Europe de l’Est, ont rejeté ces exigences mais ont laissé la porte ouverte à des discussions sur d’autres sujets, comme le déploiement de missiles ou des limites réciproques aux exercices militaires.

Publié dans Articles de Presse

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