Guerre en Ukraine : ce que l'on sait de l'attaque russe sur la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d'Europe

Publié le par franceinfo avec AFP France Télévisions

L'armée russe a pris le contrôle dans la nuit de jeudi à vendredi de cette centrale située sur le fleuve Dniepr, dans le sud du pays, après des tirs d'artillerie. Un bâtiment annexe a été incendié, mais les six réacteurs sont intacts. Le gouvernement ukrainien accuse Moscou de vouloir provoquer une nouvelle catastrophe de Tchernobyl.

La centrale nucléaire de Zaporijia (Ukraine), qui comprend six réacteurs, en juillet 2009. (RALF1969 VIA WIKIMEDIA)

La centrale nucléaire de Zaporijia (Ukraine), qui comprend six réacteurs, en juillet 2009. (RALF1969 VIA WIKIMEDIA)

Après l'ancienne centrale de Tchernobyl, sous contrôle de l'armée russe depuis le 24 février, c'est un nouveau site nucléaire qui inquiète l'Ukraine et l'Europe. Dans la nuit de jeudi à vendredi, l'armée russe a capturé la centrale de Zaporijia, dans le sud de l'Ukraine, la plus grande d'Europe. 

Au cours de cette attaque, des tirs d'artillerie russes ont provoqué un incendie au sein de l'installation – un brasier finalement maîtrisé au petit matin par les pompiers ukrainiens. Franceinfo fait le point sur la situation autour du site nucléaire.

L'attaque de la centrale a eu lieu en pleine nuit

Selon les autorités ukrainiennes, l'armée russe a effectué plusieurs tirs sur la centrale de Zaporijia dans la nuit du 3 au 4 mars, avant de prendre le contrôle du périmètre de la centrale. Touché par ces bombardements, un bâtiment annexe du site a pris feu, toujours d'après Kiev. Il abritait des espaces de formation ainsi qu'un laboratoire. Aucun réacteur n'a été touché malgré la violence des explosions, qui ont été filmées par une caméra de surveillance du site.

Appelés sur les lieux, les pompiers ukrainiens se sont d'abord vu barrer la route par les soldats russes, avant de pouvoir accéder au site et finalement éteindre l'incendie vers 6 heures du matin (heure locale). Le Service d'urgence ukrainien a annoncé sur son compte Facebook que le brasier avait été "liquidé" – un terme qui signifie que la combustion est stoppée et qu'aucune reprise n'est à craindre.

"Le directeur de la centrale a déclaré que la sécurité nucléaire est maintenant garantie", a par ailleurs ajouté sur Facebook Oleksandre Staroukh, chef de l'administration militaire de la région de Zaporijia. Au moment de l'incendie, la zone était en proie à des combats entre troupes russes et forces ukrainiennes, comme l'a relaté Dimitro Orolov, le marie d'Enerhodar, une ville située à quelques kilomètres de la centrale de Zaporijia. Plus tôt jeudi, Kiev avait également fait savoir à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) que des chars et des fantassins russes se trouvaient près de cette ville.

Aucune fuite radioactive n'a été détectée

L'incendie n'a fait aucune victime, hormis deux agents de sécurité légèrement blessés. Il n'a pas non plus causé de fuite radioactive. C'est ce qu'a assuré le régulateur ukrainien du nucléaire à l'AIEA, qui atteste pour l'instant que les niveaux de radioactivité sont inchangés sur le site de la centrale et dans ses environs. Aucun équipement "essentiel" n'a par ailleurs été endommagé, a précisé l'AIEA.

Dans un communiqué publié vendredi matin (lien en anglais), le régulateur ukrainien a précisé que son centre de crise était mobilisé, et que les équipes de la centrale continuaient à surveiller les réacteurs malgré l'occupation du site par l'armée russe. Sur les six réacteurs, seul le réacteur numéro 4 continue toutefois à fonctionner normalement. Le réacteur numéro 1 est en panne, les deux suivants ont été déconnectés du réseau et sont en cours de refroidissement, tout comme les réacteurs numéro 5 et 6.

Plus tard dans la matinée, Rafael Mariano Grossi, le directeur général de l'AIEA, a réagi à cette attaque en rappelant la nécessité de "préserver l’intégrité physique des installations, maintenir les systèmes de sécurité (...) et permettre aux équipes des centrales de travailler normalement". "C'est une chance qu'il n'y ait eu aucune fuite radioactive", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse (lien en anglais), avant de déclarer qu'il était prêt à se rendre "dès que possible" en Ukraine pour s'assurer que toutes les mesures de sécurité nucléaire soient bien respectées. 

L'inquiétude grandit autour des sites nucléaires ukrainiens

Cette attaque et l'incendie qui en a découlé ont fait souffler un vent de panique, en Ukraine et dans le monde. Alors que l'incendie n'avait pas encore été officiellement maîtrisé, Dmytro Kuleba, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, a exhorté l'armée russe de cesser le bombardement du site de la centrale. "Si elle explose, ce sera dix fois plus gros que Tchernobyl ! Les Russes doivent immédiatement cesser le feu !" a-t-il alerté sur Twitter.

De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a accusé l'armée russe de destruction volontaire sur ce site hautement stratégique. "Ces chars [russes] sont équipés de viseurs thermiques donc ils savent ce qu'ils font, ils s'étaient préparés", a-t-il notamment affirmé vendredi matin dans une vidéo publiée par la présidence ukrainienne. Il a ainsi accusé Moscou d'avoir recours à la "terreur nucléaire" et de vouloir "répéter" la catastrophe de Tchernobyl, la plus grave de l'Histoire, en 1986.

Avec ses six réacteurs, la centrale nucléaire de Zaporijia alimente une grande partie de l'Ukraine en électricité. Le pays compte d'ailleurs trois autres centrales, pour un total de 15 réacteurs, et ces installations pourraient causer de terribles catastrophes si elles étaient bombardées. La situation ukrainienne inquiète jusqu'en France, où la ministre de l'Ecologie, Barbara Pompili, a appelé vendredi sur Franceinfo à "sanctuariser ces lieux" afin d'éviter tous tirs sur les centrales et dans leurs environs.

Publié dans Articles de Presse

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