Guerre en Ukraine : sanctions, armes, aide humanitaire... Les sujets sur la table des négociations à Bruxelles entre les Occidentaux

Publié le par franceinfo avec AFP France Télévisions

Otan, G7, Union européenne... Trois sommets internationaux se tiennent jeudi à Bruxelles. Pour les dirigeants occidentaux qui s'y réunissent, ces rencontres sont l'occasion d'avancer sur plusieurs dossiers sensibles.

Le président français Emmanuel Macron, entouré de Charles Michel, président du Conseil européen (à droite sur la photo), et de Josep Borrell, haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères (à gauche), au sommet des dirigeants européens au château de Versailles (Yvelines), le 11 mars 2022.  (IAN LANGSDON / POOL / AFP)

Le président français Emmanuel Macron, entouré de Charles Michel, président du Conseil européen (à droite sur la photo), et de Josep Borrell, haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères (à gauche), au sommet des dirigeants européens au château de Versailles (Yvelines), le 11 mars 2022. (IAN LANGSDON / POOL / AFP)

Un marathon diplomatique d'une rare intensité. Un mois jour pour jour après le début de l'offensive lancée par l'armée russe sur le sol ukrainien, trois sommets doivent se tenir jeudi 24 mars à Bruxelles, en Belgique : celui de l'Otan, du G7 et de l'Union européenne. Pour les dirigeants occidentaux, ces rencontres internationales au plus haut niveau sont l'occasion d'avancer sur plusieurs dossiers qui les divisent parfois dans leur attitude face à l'agresseur : la Russie de Vladimir Poutine. Franceinfo fait le point sur les principaux sujets au centre des discussions.

Des nouvelles sanctions économiques contre la Russie

Le président américain Joe Biden s'est envolé mercredi pour l'Europe avec pour objectif d'"imposer de nouvelles sanctions à la Russie" et de "renforcer les sanctions existantes", afin d'éviter que Moscou ne les contourne, a annoncé son conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan. Reste qu'après les premiers  paquets de sanctions économiques et financières, très dures, les options de représailles coordonnées se réduisent. D'autant plus que certains pays européens sont très dépendants du gaz russe. 

Washington a certes décidé d'interdire les importations d'hydrocarbures russes et le Royaume-Uni a annoncé l'arrêt de ses importations d'énergie russe d'ici fin 2022. Mais l'Europe, elle, s'est pour l'instant refusée à décréter un embargo sur les importations russes. Celles-ci assurent en effet 40% de ses besoins en gaz naturel et 30% pour le pétrole. Emmanuel Macron n'a toutefois pas exclu que l'Union européenne puisse s'en prendre ultérieurement aux importations de gaz ou de pétrole. "Rien n'est interdit, rien n'est tabou", avait-il lancé le 11 mars, à Versailles, à l'issue de deux jours de réunion avec les dirigeants européens.

Afin de réduire la dépendance des Européens aux hydrocarbures russes, les Etats-Unis comme la Commission européenne pourraient arriver avec des propositionsJoe Biden compte annoncer "une action commune pour renforcer la sécurité énergétique de l'Europe", a déclaré son conseiller à la sécurité nationale. Quant à la Commission européenne et aux Etats membres, ils ont l'intention de prendre "des mesures coordonnées pour assurer des niveaux adéquats de stockage de gaz", d'ici "l'hiver prochain", mais aussi "travailler ensemble sur l'achat en commun" de gaz notamment, "mettre en place les mécanismes de solidarité nécessaires" et développer les interconnexions de leur réseau, selon un projet de conclusions que France Télévisions a pu consulter.

La livraison d'"armes offensives" à l'Ukraine

La question de l'aide militaire à apporter à Kiev devrait figurer au cœur des discussions jeudi au sommet de l'Otan, notamment la fourniture de systèmes de défense anti-aérienne, nécessaires pour contrer la domination dans les airs de l'armée russe, puissance militaire bien mieux dotée que l'armée ukrainienne.

Mais de même que sur le plan économique, les capacités et marges de manœuvre militaires des Occidentaux diffèrent. Comment, dès lors, faire plus ? Après des revirements stratégiques majeurs de certains pays, comme l'Allemagne qui a décidé d'augmenter de manière significative ses dépenses de défense, et des annonces de livraisons massives d'armement, comment soutenir encore davantage l'armée ukrainienne ?

Joe Biden a dit et répété qu'une confrontation militaire directe avec la Russie, par exemple au travers d'une zone d'interdiction de survol, était exclue. Mais le président américain a ajouté 800 millions d'aide militaire aux 200 millions déjà avancés. Ce milliard de dollars vient "en quelque sorte compenser le fait de ne pas livrer d'avions de chasse à l'Ukraine, de ne pas faire de zone d'exclusion aérienne, des options jugées trop risquées dans une escalade avec la Russie", explique le correspondant de France Télévisions à Washington, Loïc de La Mornais.

Avant le sommet extraordinaire de l'Otan, le chef de cabinet du président ukrainien a appelé les Occidentaux à livrer "des armes offensives", un "moyen de dissuasion" face à Moscou. "Nos forces armées et nos citoyens tiennent bon avec un courage surhumain, mais on ne peut pas gagner une guerre sans armes offensives, sans missiles à moyenne portée, qui peuvent être un moyen de dissuasion", a plaidé Andriy Yermak, dans une vidéo publiée mardi soir sur Telegram.

"Sans un programme du type 'Lend-Lease', nous ne pouvons que nous défendre", a-t-il fait valoir. Ce programme d'armement avait été mis en place par les Etats-Unis au début de la Seconde Guerre mondiale pour aider militairement les pays alliés. "Il est impossible de se défendre efficacement pendant longtemps sans un système de défense aérienne fiable, capable d'abattre des missiles ennemis à longue portée", a argué Andriy Yermak.

Pourtant, "on ne nous les donne pas", a-t-il déploré. "Tout comme ils ne nous donnent pas d'avions", a-t-il ajouté. Cette demande est à ce stade systématiquement rejetée par les Occidentaux, qui ne veulent pas intervenir militairement en Ukraine par crainte d'un élargissement du conflit avec la Russie. 

La place de la Russie au sein du G20

Pour alourdir les sanctions, le conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden a évoqué mardi une possible exclusion de la Russie d'instances internationales, notamment le G20, qui regroupe les 20 premières économies mondiales. Washington entend consulter ses alliés sur ce point. "Nous pensons que la Russie ne peut pas faire comme si de rien n'était dans les institutions internationales et dans la communauté internationale", a fait valoir Jake Sullivan.

La Chine s'est d'ores et déjà prononcée mercredi contre une exclusion de Moscou. "La Russie est un important pays membre, aucun membre n'a le droit d'expulser un autre pays", a estimé devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise. Le régime chinois s'est abstenu de condamner l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Pékin s'est rapprochée de Moscou et partage une hostilité affichée envers Washington. L'ambassadrice russe en Indonésie a d'ores et déjà annoncé que Jakarta avait invité Vladimir Poutine au sommet du G20 prévu en novembre à Bali.

La Russie a déjà été suspendue indéfiniment du G8 après l'annexion de la Crimée en 2014. Le groupe des plus grands pays industrialisés est revenu ensuite au format du G7.

L'aide humanitaire et l'accueil des réfugiés

Joe Biden doit dévoiler jeudi "des contributions supplémentaires américaines" pour les actions humanitaires en Ukraine et pour l'accueil des millions d'Ukrainiens ayant fui la guerre, a signalé son conseiller. La question humanitaire devrait aussi être abordée au sommet de l'Union européenne. 

Plus de 3,6 millions de réfugiés venus d'Ukraine, principalement des femmes et des enfants, sont arrivés dans l'Union européenne en quatre semaines, d'après le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies. Un flot d'une rapidité sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. La Pologne, l'Autriche, Chypre, la République tchèque et l'Estonie sont les pays de l'UE confrontés "aux plus gros défis" concernant l'accueil des réfugiés, selon la Commission européenne.

Ylva Johansson, commissaire européenne à la Migration et aux Affaires intérieures, a annoncé que ses services avaient établi un "index" prenant en compte pour chacun des Vingt-Sept le nombre de réfugiés ukrainiens accueillis, celui des demandeurs d'asile toutes nationalités confondues l'année dernière, combinés à la taille du pays. Cet "index" doit servir de référence dans le cadre des discussions entre Etats membres sur la répartition des efforts liés à la prise en charge des réfugiés. Le sujet sera également à l'ordre du jour d'une réunion des ministres de l'Intérieur, lundi. Actuellement les pays se coordonnent sur une plateforme de solidarité européenne, en précisant leurs possibilités d'accueil, et aucun quota de relocalisation obligatoire n'est pour l'instant à l'ordre du jour.

Publié dans Articles de Presse

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