Référendum, enlèvements… Comment la Russie veut prendre le contrôle politique des villes d’Ukraine

Publié le par maville par Ouest-France par Milan Derrien

L’invasion de l’armée russe en Ukraine ne s’arrête pas à la conquête militaire de territoires. Moscou cherche désormais à engager une transition politique dans les villes conquises en les ramenant vers une ligne pro-russe. Quitte à recourir à la force en enlevant des maires ukrainiens. Les Ukrainiens manifestent et résistent.

Une femme marche devant des affiches de Vladimir Poutine où il est écrit « Nous nous efforcerons de démilitariser et de dénazifier l’Ukraine. La véritable force réside dans la justice et dans la vérité qui est de notre côté », en Crimée, le 10 mars 2022. © STRINGER / EPA/MAXPPP Photo n°1 sur 3

Une femme marche devant des affiches de Vladimir Poutine où il est écrit « Nous nous efforcerons de démilitariser et de dénazifier l’Ukraine. La véritable force réside dans la justice et dans la vérité qui est de notre côté », en Crimée, le 10 mars 2022. © STRINGER / EPA/MAXPPP Photo n°1 sur 3

Les chars et les bombes ne sont pas les seules armes dont Vladimir Poutine dispose dans son arsenal. En parallèle des avancées militaires, la Russie cherche désormais à accentuer sa pression politique sur l’Ukraine.

Dans des territoires déjà conquis, notamment au sud du pays, l’heure semble à une réorganisation politique des villes et régions pour les rendre favorables aux ambitions du Kremlin.

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Des maires réfractaires kidnappés et remplacés

Dans le sud de l’Ukraine, où une grande partie de la population est russophone, Moscou espérait, lors de l’arrivée de l’armée russe, une large adhésion de la population locale aux ambitions de Poutine.

Il n’en n’a rien été Alors que les troupes russes occupaient la ville de Melitopol depuis le 26 février, son maire, Ivan Federov a refusé de partir et de se soumettre. « Nous ne coopérons pas avec les Russes de quelconque manière », a-t-il affirmé à la BBC , le mercredi 9 mars. Deux jours plus tard, il était kidnappé.

Galina Danilchenko, nouvelle maire de Metilopol, dans une vidéo diffusée sur internet, le 13 mars 2022. © Capture d’écran Sky News

Galina Danilchenko, nouvelle maire de Metilopol, dans une vidéo diffusée sur internet, le 13 mars 2022. © Capture d’écran Sky News

Une ancienne membre du conseil municipal, moins vindicative, Galina Danilchenko, a pris sa place. « Notre tâche principale est maintenant d’adapter tous les mécanismes à la nouvelle réalité », a assuré la nouvelle édile, le 12 mars, dans une vidéo partagée par Sky News ,

S’adressant aux autres responsables politiques locaux, elle a déclaré : « Nous avons été élus par le peuple et notre tâche principale est de veiller avant tout à son bien-être. Dans ce but, des mesures sont prises pour créer un comité des députés du peuple . » Une décision unilatérale.

Deux jours plus tard, le gouverneur de la région de Zaporojie, région de la ville de Dniprodoudné, a annoncé que son maire, Evguen Matveïev, avait lui aussi été enlevé.

Il « refusait de coopérer avec l’ennemi » selon Volodymyr Zelensky. Le président ukrainien a condamné ce kidnapping. « C’est un crime contre la démocratie en tant que telle. Je vous assure que 100 % des gens dans toutes les démocraties le savent. Les actions des envahisseurs russes seront assimilées aux actions des terroristes de l’État islamique », a-t-il expliqué avant d’en appeler à Emmanuel Macron pour l’aider à libérer Ivan Federov.

Un « faux référendum » pour une « république populaire » de Kherson

L’arrestation et le kidnapping de maires ne sont pas les seuls moyens utiliser par les Russes imposer leur présence. Le 12 mars, le ministre des Affaires étrangères ukrainiens, Dmytro Kuleba, a révélé que la Russie tenterait d’organiser un référendum dans la région de Kherson pour la rebaptiser en « république populaire».

Un qualificatif bien connu du pouvoir ukrainien. Les territoires séparatistes pro-russes du Donbass, dont les dirigeants sont proches de Vladimir Poutine, portent déjà cette dénomination. Et la ville de Kherson n’est d’ailleurs située qu’à une soixantaine de kilomètres de la Crimée, annexée par la Russie en 2014.

« Selon la méthodologie de 2014, la Fédération de Russie tente d’organiser un simulacre de “référendum” pour une “république populaire” à Kherson. Il n’y a aucun soutien parmi le peuple, donc c’est une fiction totale. Des sanctions sévères seront imposées à la Fédération de Russie si ces plans sont mis en œuvre. Kherson est et sera toujours l’Ukraine », a tweeté le chef de la diplomatie ukrainienne, samedi 12 mars.

Les Ukrainiens manifestent sous les yeux de l’armée russe

Si plus de deux millions d’Ukrainiens ont déjà fui leur pays, ceux qui sont restés ne baissent pas les bras face à ces manœuvres politiques. Dans la ville de Kherson, sous contrôle de l’armée russe, des milliers d’habitants ont manifesté leur attachement à l’Ukraine.

Des vidéos postées sur le site d’un média indépendant, dont une reprise par BFM TV , laissaient entendre une foule crier « Rentrez chez vous tant que vous êtes encore vivants ! » Des tirs de sommation ont été tirés non loin du cortège, sans décourager les manifestants.

Le cortège de plusieurs milliers de manifestants à Kherson, contre l’invasion russe, le 13 mars 2022. Photo extraite d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux. © REUTERS

Le cortège de plusieurs milliers de manifestants à Kherson, contre l’invasion russe, le 13 mars 2022. Photo extraite d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux. © REUTERS

Aux cris de « Libérez le maire », des centaines d’habitants de Melitopol arboraient aussi le drapeau ukrainien, samedi 12 mars.

Dans cette vidéo postée sur Twitter par le gouverneur régional d’Odessa, Maksym Marchenko, et relayée par une journaliste de la BBC, les coups de force de l’armée russe ne semblent pas encore réussir à briser l’esprit de résistance des Ukrainiens.

Publié dans Articles de Presse

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