Ukraine : premier revers pour la flotte russe

Publié le par Les Echos par Yves Bourdillon

Tous les fronts militaires sont figés entre l'Ukraine et la Russie, qui a perdu son premier navire important ce jeudi. La Maison Blanche et Kiev redoutent l'utilisation prochaine d'armes chimiques.

Le navire amphibie Orsk a été détruit ce jeudi, premier revers de ce niveau pour la flotte russe. (Ukrainian Navy / AFP)

Le navire amphibie Orsk a été détruit ce jeudi, premier revers de ce niveau pour la flotte russe. (Ukrainian Navy / AFP)

Un navire coulé. L'armée russe, dont l'étau autour de Kiev continue de se desserrer, a subi jeudi un nouveau revers, le premier contre sa marine.

Un mois jour pour jour après le début de l'invasion de l'Ukraine, Moscou a perdu l'Orsk dans le port ukrainien de Berdiansk. Il s'agissait de l'un de ses neufs navires d'assaut amphibie déployés dans la région. Deux navires accostés à proximité ont dû fuir l'incendie. L'Orsk était capable de transporter 1.500 tonnes d'équipements en sus de 20 chars d'assaut et 400 soldats. Cette perte réduit les chances d'un assaut amphibie sur la ville d'Odessa. Kiev affirme aussi avoir repris l'intégralité du faubourg d'Irpin, au nord ouest de la capitale, et repoussé les forces russes de plusieurs dizaines de kilomètres depuis lundi.

Peu d'autres opérations militaires ont été constatées ce jeudi par les agences de presse, sources militaires occidentales, analystes ou organisations internationales. « Les forces russes continuent de se préparer à un conflit prolongé et figé», estime l'Institut américain pour l'étude de la guerre (ISW) . Nombre d'unités russes ont adopté des positions défensives. Les bombardements russes, concentrés sur les villes et qui ont fait une dizaine de victimes civiles, semblent aussi moins nombreux depuis mardi. En conséquence, peu de pertes militaires ont été enregistrées en une journée des deux côtés, qui ont procédé au premier échange de prisonniers, portant sur dix soldats respectivement.

Menaces nucléaires à peine voilées

La ville de Kherson reste la seule ville majeure conquise entièrement par les forces de Moscou, qui progressent toutefois dans Marioupol, port stratégique sur la mer d'Azov. Plus de la moitié des enfants en Ukraine, soit 4,3 millions, ont dû quitter leur foyer pour fuir l'insécurité et les combats, a indiqué l'Unicef, le Fonds des Nations unies pour l'enfance.

L'enlisement militaire pousse les dirigeants russes à faire des allusions de plus en plus menaçantes à l'emploi d'armes de destruction massive, la Maison Blanche comme Kiev jugeant plausible l'utilisation prochaine d'armes chimiques. Surtout, Vladimir Medinsky, un proche du président russe et chef de la délégation des négociateurs avec l'Ukraine, a estimé jeudi pour la première fois que le conflit touchait à « l'existence même de la Russie » . Une menace existentielle est habituellement considérée, dans la « grammaire » de la dissuasion des pays détenteurs de l'arme nucléaire, comme la seule pouvant justifier la menace d''emploi d'armes nucléaires. Evoquer ce concept dans un cadre non pas défensif mais dans celui de l'invasion d'un pays voisin constituerait une première.

Trois sommets en un

Par ailleurs, les pays occidentaux ont planché sur la guerre lors de pas moins de trois sommets, ceux de l'OTAN et de l'Union européenne, ainsi que du G7 (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Japon, Canada, Italie). De nouvelles sanctions économiques et fournitures d'armes (Washington envisage de livrer des armes anti navires) à Kiev sont sur la table pour obliger la Russie à retirer ses forces d'Ukraine.

De son côté, Londres a annoncé une nouvelle série de sanctions visant 59 personnalités et entreprises russes, dont le géant russe des diamants Alrosa et l'influent patron de la première banque russe Sberbank, Guerman Gref. Washington a fait de même contre des dizaines de sociétés du secteur de la défense, 328 députés et Guerman Gref. Pour la première fois, les sanctions ne visent plus seulement des alliés et hommes d'affaires proches du Kremlin mais des intimes, en l'occurrence la fille de la maîtresse supposée du ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov : ses avoirs à Londres ont été gelés. Les comptes et résidences en Occident d'autres proches de Vladimir Poutine pourraient suivre.

Le département du Trésor a également averti que les transactions sur l'or impliquant la Russie pourraient faire l'objet de mesures punitives, une décision visant à empêcher Moscou de contourner les sanctions.

Publié dans Articles de Presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article