Elvira Nabioullina, la banquière de la Russie

Publié le par France Inter par Sophie Fay

A la tête de la Banque centrale de Russie, une femme Elvira Nabioullina, nommée par Vladimir Poutine en 2013, lutte contre les sanctions économiques et financières contre Moscou. En allant contre tous ses principes.

Elvira Nabioullina le février 2022 © AFP / Russian Central Bank / Sputnik

Elvira Nabioullina le février 2022 © AFP / Russian Central Bank / Sputnik

Oui. C’est une économiste qui dirige la Banque Centrale de Russie, la BCR.

Elle est donc l’homologue de Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne. Et elle détonne car il y a peu de femmes à des postes clés à Moscou. Lorsqu’elle a été nommée par Vladimir Poutine en 2013, personne ne s’y attendait, d’ailleurs : c’était alors la première femme patronne de banque centrale au sein du G8.

La banque centrale, je vous le rappelle, c’est l’institution qui imprime les billets et qui régule les banques. C’est elle aussi qui gère les réserves de devises et d’or d’un pays. Et elle a une mission qui nous concerne tous : celle de contrôler l’inflation.

Et apparemment, cette économiste est excellente dans son domaine…

Elle a été encensée par la presse financière internationale : banquière de l’année pour le magazine Euromoney en 2015, pareil pour The Banker en 2017, une des cent femmes les plus influentes du monde pour Forbes. C’est une excellente technicienne, qui parle plusieurs langues, qui est très cultivée. Et plutôt courageuse.

C’est elle qui a fait fermer la banque la plus impliquée dans les activités de blanchiment à Moscou. Et ces derniers mois, elle menait un combat, pas très populaire en Russie, contre les crypto-monnaies, à cause de leur opacité.

Elle avait aussi affronté les industriels qui voulaient toujours qu’elle baisse les taux d’intérêt pour financer leurs affaires, en se moquant bien de l’inflation. Elle a tenu bon. Elle a remonté les taux pour contrer l’inflation et protéger le pouvoir d’achat des ménages, notamment après le premier conflit entre l’Ukraine et la Russie de 2014 et les premières sanctions contre son pays. Elle avait remis de l’ordre.

C’est suite à ces sanctions de 2014, justement, que la Banque centrale russe a commencé à accumuler des réserves très importantes.

Oui, elle a beaucoup appris à ce moment-là. Certains disent d’ailleurs que cette stratégie préparait la guerre que Poutine mène aujourd’hui.

Mais Elvira Nabiullina ne s’attendait pas à ce que l’Europe et les Etats-Unis gèlent les fameuses réserves de change de la Banque centrale russe. C’est une première dans l’histoire.  Elle ne peut donc plus les vendre pour faire remonter le rouble et contrôler l’inflation. Ces derniers jours, on l’a vue habillée tout en noir et préoccupée.

Elle est obligée d’aller contre tous ses principes : elle, qui est plutôt libérale, a obligé les entreprises exportatrices à vendre leurs réserves, elle ne dit plus rien contre les crypto-monnaies, qui permettent de contourner les sanctions. Beaucoup trouvent qu’elle ferait mieux de démissionner. Mais pour l’instant, elle finance l’économie de guerre.

Publié dans Articles de Presse

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