Exactions à Boutcha : la communauté internationale dénonce les « atrocités commises par l’armée russe » et réclame plus de sanctions

Publié le par Le Monde avec AFP

« Allez-vous encore essayer de vous détourner ? D’organiser un autre sommet pour vous inquiéter et secouer la tête ? » a lancé un responsable ukrainien à destination des Occidentaux.

Des corps gisent dans une rue de Boutcha, au nord-ouest de Kiev, le 2 avril. RONALDO SCHEMIDT / AFP

Des corps gisent dans une rue de Boutcha, au nord-ouest de Kiev, le 2 avril. RONALDO SCHEMIDT / AFP

Une vingtaine de corps de civils exécutés dans une même rue, près de trois cents cadavres retrouvés dans la ville… C’est la découverte macabre qu’ont faite les forces ukrainiennes à Boutcha, ville au nord-ouest de Kiev, tout juste reprise à l’armée russe samedi 2 avril.

Ce massacre « était délibéré, a dénoncé le ministre ukrainien des affaires étrangères Dmytro Kuleba dimanche sur Twitter. Les Russes veulent éliminer autant d’Ukrainiens qu’ils le peuvent. Nous devons les arrêter et les mettre dehors. J’exige de nouvelles sanctions dévastatrices du G7 MAINTENANT », citant un « embargo sur le pétrole, le gaz et le charbon », la fermeture de tous « les ports aux navires et aux marchandises russes » et la « déconnexion de toutes les banques russes de Swift ».

 

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a accusé la Russie de « génocide ». « Oui, c’est un génocide. L’élimination de toute la nation et des gens. Nous sommes citoyens d’Ukraine. Nous avons plus de 100 nationalités. Il s’agit de la destruction et de l’extermination de toutes ces nationalités », a-t-il déclaré dans un entretien avec la chaîne américaine CBS.

Menaces de nouvelles sanctions

Ces derniers ont répondu à cet appel en dénonçant les exactions russes et en réclamant de nouvelles sanctions.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, s’est également dit « choqué par les images obsédantes des atrocités commises par l’armée russe dans la région libérée de Kiev », sur Twitter. « L’UE aide l’Ukraine et des ONG à rassembler les preuves nécessaires pour des poursuites devant les cours internationales », a-t-il dit, en ajoutant : « Plus de sanctions et d’aide de l’UE sont en chemin. » L’UE a déjà adopté plusieurs trains de sanctions contre Moscou depuis l’offensive en Ukraine, ciblant massivement des entreprises, des banques, des hauts responsables, des oligarques, et interdisant l’exportation de biens vers la Russie.

« Les images qui nous parviennent de Boutcha, ville libérée près de Kiev, sont insoutenables. Dans les rues, des centaines de civils lâchement assassinés », a tweeté pour sa part Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a exprimé sa « compassion pour les victimes » et sa « solidarité avec les Ukrainiens », avant de conclure que « les autorités russes devront répondre de ces crimes ».

Le chancelier allemand Olaf Scholz a quant à lui exigé que « toute la lumière » soit faite sur « ces crimes commis par l’armée russe ». « Les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires doivent rendre des comptes », a-t-il souligné, réclamant notamment que des organisations internationales aient accès à la région pour « documenter ces atrocités ».

Un peu plus tôt dans la journée, le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait précisé que Paris allait travailler avec l’Ukraine et la Cour pénale internationale pour que ces actes « ne restent pas impunis et que leurs responsables soient jugés et condamnés ».

Son homologue britannique, Liz Truss, a pour sa part dénoncé les « actes révoltants » commis par l’armée russe contre des civils en Ukraine, notamment à Boutcha, dans la région de Kiev. « Leurs attaques indiscriminées contre des civils innocents durant l’invasion illégale et injustifiée de l’Ukraine par la Russie doivent faire l’objet d’une enquête pour crimes de guerre », a-t-elle déclaré dans un communiqué. « Nous ne permettrons pas à la Russie de dissimuler son implication dans ces atrocités au moyen d’une désinformation cynique », a poursuivi la cheffe de la diplomatie. Elle a assuré que le Royaume-Uni soutiendrait « pleinement toute enquête par la Cour pénale internationale » et appelé une nouvelle fois à « accroître les sanctions » contre la Russie.

Les Etats-Unis ont également réagi : « Cela doit s’arrêter. (…) Nous ne pouvons pas normaliser cela. C’est la réalité de ce qui se passe chaque jour, tant que la brutalité de la Russie contre l’Ukraine se poursuit », a déclaré dimanche le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, sur la chaîne CNN. Il a réaffirmé que les Etats-Unis contribuaient à « documenter » d’éventuels « crimes de guerre » pour que leurs responsables « rendent des comptes ».

 

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a pour sa part dénoncé des actes « horribles » et « absolument inacceptables » contre les civils.

La Russie nie

A la suite de ces réactions de la communauté internationale, le ministère de la défense russe a nié les exactions menées par ses troupes à Boutcha. « Où sont passées ces images pendant quatre jours ? Le fait qu’elles étaient absentes ne fait que confirmer qu’il s’agit d’un faux », affirme-t-il sur sa chaîne Telegram, ajoutant que les soldats russes ont quitté la ville le 30 mars.

Boutcha et la ville voisine d’Irpine, rendues méconnaissables par les bombardements, ont été le théâtre de certains des combats les plus féroces depuis que la Russie a attaqué l’Ukraine le 24 février, quand les soldats russes tentaient alors d’encercler Kiev.

Publié dans Articles de Presse

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