Guerre en Ukraine : Boutcha, Irpin, Marioupol... Les civils en première ligne face aux Russes

Publié le par L'Express par C.d.S avec AFP

Le retrait de l'armée russe de certaines villes reprises par les Ukrainiens laissent apparaître l'ampleur des crimes commis notamment contre des civils.

Des personnes se tiennent près d'une fosse commune dans la localité ukrainienne de Boutcha (nord-ouest de Kiev), le 3 avril 2022  afp.com/Sergei SUPINSKY

Des personnes se tiennent près d'une fosse commune dans la localité ukrainienne de Boutcha (nord-ouest de Kiev), le 3 avril 2022 afp.com/Sergei SUPINSKY

L'odeur de la mort a envahi les rues en Ukraine. Quarante jours après le début de l'offensive russe dans le pays commencée le 24 février et ordonnée par Vladimir Poutine, les accusations occidentales d'exactions contre des civils ukrainiens se sont multipliées. Le dictateur russe est désormais considéré par un certain nombre de dirigeants occidentaux comme un "criminel de guerre", selon les mots forts utilisés par Joe Biden le 16 mars dernier. 

Les échos du terrain sont en effet terribles. Ce week-end, c'est dans la ville de Boutcha, près de Kiev, que les crimes commis par l'armée russe ont été dénoncés après la découverte du massacre de dizaines de civils, qui devrait entraîner cette semaine de nouvelles sanctions occidentales contre Moscou. Le nombre total de morts reste encore incertain. Selon la procureure générale d'Ukraine Iryna Venediktova, les corps sans vie de 410 civils ont été retrouvés dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes. Et des fosses communes ont été découvertes après le départ de l'armée russe dans la banlieue de Boutcha. 

L'odeur de la mort a envahi les rues en Ukraine. Quarante jours après le début de l'offensive russe dans le pays commencée le 24 février et ordonnée par Vladimir Poutine, les accusations occidentales d'exactions contre des civils ukrainiens se sont multipliées. Le dictateur russe est désormais considéré par un certain nombre de dirigeants occidentaux comme un "criminel de guerre", selon les mots forts utilisés par Joe Biden le 16 mars dernier. 

Les échos du terrain sont en effet terribles. Ce week-end, c'est dans la ville de Boutcha, près de Kiev, que les crimes commis par l'armée russe ont été dénoncés après la découverte du massacre de dizaines de civils, qui devrait entraîner cette semaine de nouvelles sanctions occidentales contre Moscou. Le nombre total de morts reste encore incertain. Selon la procureure générale d'Ukraine Iryna Venediktova, les corps sans vie de 410 civils ont été retrouvés dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes. Et des fosses communes ont été découvertes après le départ de l'armée russe dans la banlieue de Boutcha. 

La nouvelle a provoqué l'indignation des Occidentaux et de l'ONU, et les accusations de crimes de guerre envers la Russie se multiplient alors que le retrait de ses troupes de plusieurs villes, Irpin, Boutcha, Gostomel et de toute la région de Kiev ainsi que de Chernihiv, pour se redéployer vers l'est et le Sud et l'Est, laissent apparaître l'ampleur des crimes commis en Ukraine. Dans leur sillage, les forces russes n'ont laissé que désolation et mort. Une stratégie déjà éprouvée par la Russie de Poutine. Comme à Grozny, capitale de la Tchétchénie, en 1999, l'armée russe utilise en Ukraine la force brute par l'utilisation aveugle de l'artillerie, pouvant entraîner la destruction totale d'une ville et mettre un peuple à genoux. Les Nations Unies ont qualifié Grozny de ville la plus détruite au monde en 2003 et entre 5000 et 8000 civils ont été tués pendant son siège. Au cours de la bataille d'Alep, en Syrie, en 2016, la Russie avait également repris des zones de la ville tenues par les rebelles grâce à une campagne de bombardements aériens d'un mois, tuant sans distinction des hommes, des femmes et des enfants. 
 

 

Massacre à Boutcha

En Ukraine, la ville de Boutcha est le dernier exemple en date, mais Chernihiv, Marioupol et Kharkiv avaient déjà subi les atrocités de la guerre. A chaque fois, le scénario est le même. Toute communication est rompue, le gaz, l'eau et l'électricité sont ensuite coupés. Ensuite, l'armée russe bombarde des cibles civiles, et offre de faux couloirs humanitaires. Les infrastructures ont été démolies, les hôpitaux, les abris anti-bombes et les écoles ciblés. 

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit dimanche "profondément choqué par les images de civils tués à Boutcha". Le Bureau des droits de l'homme de l'ONU a estimé que la découverte de fosses communes à Boutcha soulevait de sérieuses questions concernant de "possibles crimes de guerre", soulignant l'importance de conserver toutes les preuves. Les Etats-Unis et l'Otan ont exprimé leur horreur tandis que le chancelier allemand Olaf Scholz a réclamé de nouvelles sanctions contre la Russie. "Nous déciderons de nouvelles mesures entre Alliés dans les prochains jours", a assuré ce dernier. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a condamné les meurtres "choquants et horrifiants" de civils à Boutcha.  

L'AFP a vu samedi les cadavres d'au moins 22 personnes portant des vêtements civils dans des rues à Boutcha, tuées d'"une balle dans la nuque", aux dires du maire, Anatoli Fedorouk. Et il y a les fosses communes. L'élu avait affirmé samedi que "280 personnes" avaient été enterrées "dans des fosses communes" car elles ne pouvaient être inhumées dans les cimetières communaux, tous à portée des tirs russes pendant les combats. Les corps de 57 personnes ont été en tout cas retrouvés dans une fosse commune à Boutcha, a déclaré dimanche le chef des secours locaux, en montrant à une équipe de l'AFP ce site. Une dizaine de cadavres étaient visibles, certains seulement partiellement inhumés, derrière une église du centre de cette localité située au nord-ouest de la capitale ukrainienne. Plusieurs étaient dans des sacs mortuaires noirs, d'autres portaient des vêtements civils. 

Un homme se tient devant une fosse commune de la ville ukrainienne de Boutcha, près de Kiev, le 3 avril 2022  afp.com/Sergei SUPINSKY

Un homme se tient devant une fosse commune de la ville ukrainienne de Boutcha, près de Kiev, le 3 avril 2022 afp.com/Sergei SUPINSKY

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fustigé les troupes russes composées selon lui de "meurtriers, tortionnaires, violeurs, pilleurs" après le massacre de civils mis au jour. "Je veux que tous les dirigeants de la Fédération de Russie voient comment leurs ordres sont exécutés. Ce genre d'ordres (...). Et ils ont une responsabilité commune. Pour ces meurtres, pour ces tortures, pour les bras arrachés par des explosifs (...) Pour les balles tirées dans la nuque", a déclaré le chef d'Etat dimanche soir, ajoutant qu'un "mécanisme spécial" allait être créé pour enquêter sur tous les "crimes" russes. 

De son côté, Moscou se défend dénonçant des mensonges de Kiev. Le ministère russe de la Défense a affirmé que les images de cadavres dans les rues de la ville étaient "une nouvelle production du régime de Kiev pour les médias occidentaux". La Russie a ainsi demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU pour statuer sur les "provocations haineuses" commises selon elle par l'Ukraine à Boutcha. "A la lumière des provocations haineuses des radicaux ukrainiens à Boutcha, la Russie a demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU lundi 4 avril", a tweeté l'ambassadeur adjoint de la Russie aux Nations unies Dimitri Polianski. 

Civils bombardés à Irpin

Boutcha et la ville voisine d'Irpin, toutes deux rendues méconnaissables par les bombardements, ont été le théâtre de certains des combats les plus féroces depuis que la Russie a attaqué l'Ukraine, quand les soldats russes tentaient alors d'encercler Kiev. 

Outre Boutcha, l'ONG Human Rights Watch a également dénoncé dimanche des exactions de militaires russes contre des civils assimilables à des "crimes de guerre" dans les régions de Chernihiv, Kharkiv et Kiev, disant avoir recensé plusieurs cas de "violations des lois de la guerre" (viols, exécutions sommaires, violences, menaces, pillages). Les derniers survivants des ruines d'Irpin n'ont qu'un mot pour décrire les soldats russes, vaincus, après l'une des batailles cruciales de la guerre en Ukraine : "fascistes". 

Un immeuble endommagé à Irpin, près de Kiev, le 1er avril 2022  afp.com/RONALDO SCHEMIDT

Un immeuble endommagé à Irpin, près de Kiev, le 1er avril 2022 afp.com/RONALDO SCHEMIDT

Irpin avait déjà incarné les horreurs de la guerre aux premiers jours de l'invasion par Vladimir Poutine, qui assurait vouloir "démilitariser et dénazifier" l'Ukraine. Les images d'une famille anéantie par un obus alors qu'elle tentait de fuir, et de milliers de personnes s'abritant sous un pont détruit, ont fait le tour du monde. Depuis trois semaines, les médias n'y ont plus accès après la mort d'un journaliste américain, les autorités ukrainiennes déclarant qu'il était trop dangereux de s'y rendre. Selon le maire de la ville Oleksandr Markouchyn, entre 200 et 300 résidents d'Irpin seraient morts au cours de l'occupation russe, tués par les bombardements, ou les tirs de snipers, rapporte Les Echos. 

Des personnes font la queue pour traverser un pont détruit pendant l'évacuation par les civils de la ville d'Irpin, au nord-ouest de Kiev, le 8 mars 2022.  (Photo by Sergei SUPINSKY / AFP)

Des personnes font la queue pour traverser un pont détruit pendant l'évacuation par les civils de la ville d'Irpin, au nord-ouest de Kiev, le 8 mars 2022. (Photo by Sergei SUPINSKY / AFP)

Le quotidien raconte des scènes de "désolation" un peu partout et surtout des corps de civils abandonnés dans les rues. "Nous nous sommes cachés dans le sous-sol. Ils ont tiré des roquettes Grad, des mortiers et des obus de chars", raconte Bogdan à l'AFP, un habitant de la ville, qui a demandé à n'être identifié que par son prénom. "Ma femme et moi avons essuyé deux fois des tirs de mortier. Mais ce n'est pas grave, nous sommes vivants et en bonne santé". 

"Je veux que chaque mère de chaque soldat russe voie les corps des personnes tuées à Boutcha, à Irpin, à Gostomel", a réagi Volodymyr Zelensky, évoquant les villes de la région de Kiev reconquises par les troupes ukrainiennes après le retrait des forces russes. "Qu'ont-elles fait ? Pourquoi ont-elles été tuées (...) Pourquoi des civils ordinaires ont-ils été torturés à mort dans une ville paisible ? Pourquoi ont-ils étranglé des femmes après leur avoir arraché des boucles d'oreilles ? Comment des femmes pouvaient-elles être violées et tuées devant des enfants ? Malmener leurs corps même après la mort ? Pourquoi les chars ont-ils écrasé les corps des gens ? Qu'est-ce que Boutcha a fait à votre Russie ? Comment tout cela est-il devenu possible ?", s'est emporté le président. Il s'est ensuite directement adressé aux "mères russes" qui ont, selon lui, élevé des "pillards", des "bourreaux" "privés de tout ce qui est humain" qui "tuent délibérément et avec plaisir". 

Marioupol sous les bombes

Dans le Sud-Est, les efforts des troupes russes pour consolider leurs positions se sont heurtés jusqu'ici à la résistance des Ukrainiens à Marioupol, où quelque 120 000 personnes seraient toujours bloquées et dont au moins 5000 habitants ont été tués, selon les autorités locales. Parmi ces victimes figure le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius, 45 ans, tué en tentant de quitter cette ville portuaire assiégée par les Russes, a annoncé dimanche l'armée ukrainienne. 

Depuis des semaines, la situation humanitaire est catastrophique dans cette ville qui n'a pas fini de connaître l'horreur. Elle a même été comparée à Alep en Syrie ou Guernica en Espagne par le consul général de Grèce à Marioupol. "Marioupol fera partie de la liste des villes dans le monde qui ont été complètement détruites par la guerre, comme Guernica, Stalingrad, Grozny, Alep...", a déclaré Manolis Androulakis. 

Un bâtiment endommagé d'un hôpital pour enfants à Marioupol, en Ukraine, selon des images fournies par la police ukrainienne, le 9 mars 2022  afp.com/Handout

Un bâtiment endommagé d'un hôpital pour enfants à Marioupol, en Ukraine, selon des images fournies par la police ukrainienne, le 9 mars 2022 afp.com/Handout

Le 16 mars, le bombardement d'un théâtre de la ville abritant des civils avait déjà suscité l'indignation générale de l'Occident. Pour éviter la faim, le froid et surtout les bombardements, plusieurs habitants s'étaient réfugiés dans le théâtre dramatique le 5 mars. Selon des images satellites du théâtre, concordant avec les témoignages recueillis par l'AFP, le mot "deti" ("enfants" en russe) avait été peint en grandes lettres blanches devant et à l'arrière du théâtre pour éviter d'être pris pour cible. Et pourtant. 

Selon les autorités, 1000 personnes se trouvaient à l'intérieur au moment de la frappe, principalement des femmes et des enfants. Si le bilan reste incertain, le bombardement aurait fait 300 morts selon la mairie citant des témoins. Le théâtre était le point de départ des évacuations par couloir humanitaire, mais aussi de ralliement pour les particuliers voulant tenter leur chance dans leurs propres convois. 

Pour Moscou, contrôler Marioupol permettrait d'assurer une continuité territoriale de la Crimée jusqu'aux deux républiques séparatistes prorusses du Donbass. La Russie a annoncé en fin de semaine vouloir "concentrer ses efforts sur la libération" de ce bassin minier de l'Est ukrainien.  

Mines anti-personnelles à Chernihiv

Après Marioupol dans le Sud, Chernihiv, située près de la frontière avec le Bélarus, et qui comptait 280 000 habitants avant la guerre, est la ville la plus durement frappée par les bombardements depuis le début de la guerre. Le maire, Vladislav Atroshenko, a dépeint le 20 mars une "catastrophe humanitaire absolue" dans sa ville. "Les tirs d'artillerie indiscriminés dans les quartiers résidentiels se poursuivent, des dizaines de civils sont tués, des enfants et des femmes", a-t-il raconté à la télévision. "Il n'y a pas d'électricité, de chauffage et d'eau, l'infrastructure de la ville est complètement détruite", a-t-il affirmé. "Chernihiv comme Kiev ont été soumises à des frappes continues malgré les affirmations par les Russes qu'ils réduisaient l'activité dans cette zone", selon le ministère britannique de la Défense. 

Olena, 45 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille, a sur son téléphone des photos d'une bombe enfoncée dans un terrain de jeux près de l'école de son fils de 15 ans, et qui n'a pas explosé. L'école a été détruite. L'adolescent confie qu'il voulait étudier l'informatique mais maintenant il n'a "plus de projet". 

Un immeuble d'habitation endommagé qui aurait été touché par un bombardement à Chernihiv, le 3 mars 2022  (Photo by Handout / UKRAINE EMERGENCY MINISTRY PRESS SERVICE / AFP)

Un immeuble d'habitation endommagé qui aurait été touché par un bombardement à Chernihiv, le 3 mars 2022 (Photo by Handout / UKRAINE EMERGENCY MINISTRY PRESS SERVICE / AFP)

Fin mars, un convoi humanitaire se dirigeant vers la ville assiégée a été visé par des tirs. Une personne a été tuée et quatre blessées selon une responsable ukrainienne. "Les combattants russes ont tiré sur un convoi de volontaires près de Chernihiv. Cinq bus qui se dirigeaient vers la ville pour évacuer des civils ont été l'objet de tirs", a annoncé Lioudmyla Denissova, chargée des droits humains auprès du Parlement. Elle a accusé les troupes russes de "ne pas laisser la moindre possibilité d'évacuer les civils de Chernihiv assiégée, en laissant des dizaines de milliers de civils sans nourriture, sans eau, sans chauffage". 

Le 16 mars, plusieurs médias rapportaient par ailleurs une scène effroyable : une dizaine de personnes qui faisaient la queue pour acheter du pain ont été tuées par des tirs russes. "A 10H00 (08H00 GMT), des militaires russes ont tiré sur des personnes qui faisaient la queue pour acheter du pain près d'une épicerie dans un quartier d'habitation de Chernihiv. Selon un premier bilan, 10 civils ont été tués", avait déclaré dans un communiqué le parquet. 

Trois adultes ont également été tués et trois enfants blessés dans l'explosion d'une mine antipersonnel dans la région de Chernihiv, selon Liudmyla Denisova, chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien. Ces civils étaient tous en voiture : les adultes sont morts sur place et les enfants, blessés à des degrés divers, ont été hospitalisés, a-t-elle précisé. "Les mines antipersonnel posées par l'armée de la Fédération de Russie dans la région de Chernihiv sont interdites" par le droit international, a souligné Liudmyla Denisova, ajoutant que "l'utilisation de ce type d'armes contre la population civile est un crime contre l'humanité".  

Des zones résidentielles bombardées à Kharkiv

Kharkiv est la deuxième grande ville du pays après la capitale, Kiev. Majoritairement russophone, elle est située dans la région du Donbass où l'armée rouge concentre désormais ses efforts, selon les annonces du Kremlin. Repoussée des faubourgs, l'armée russe campe toujours aux périphéries nord et nord-est de la ville, d'où elle bombarde quotidiennement des zones résidentielles à portée de son artillerie. Ainsi, sept personnes ont été tuées et 34 blessées dans une frappe russe ce dimanche sur un quartier d'habitation de la grande ville du nord-est de l'Ukraine, a annoncé le parquet local. 

"Les occupants russes ont bombardé des bâtiments résidentiels dans le quartier Slobodskyy de Kharkiv. Résultat, une dizaine de maisons et un dépôt de trolleybus ont été endommagés. Selon les informations préliminaires, sept personnes ont été tuées, 34 ont été blessées, dont trois enfants", a déclaré le service de presse du bureau du procureur de la région. Les Russes "ne visent aucun objectif militaire, hier soir ce n'était que des bombardements d'artillerie de toutes sortes sur des zones résidentielles", a commenté jeudi dernier une source au sein de la 92e brigade, l'une des unités qui défend la ville. 

Des maisons et immeubles détruits par un bombardement russe, le 29 mars 2022 à Kharkiv, en Ukraine  afp.com/Sergey BOBOK

Des maisons et immeubles détruits par un bombardement russe, le 29 mars 2022 à Kharkiv, en Ukraine afp.com/Sergey BOBOK

Saltivka, District n°5, est un quartier populaire de hautes barres d'immeubles en périphérie nord-est de Kharkiv. Et depuis que les troupes russes ont envahi l'Ukraine, elles pilonnent l'endroit, presque tous les jours, avec toute leur armada. Les HLM ne sont plus qu'un champ de bataille dévasté, une cité fantôme balayée par les vents où ne survivent, terrés dans les caves, qu'une poignée de vieillards traumatisés. Pelouses lacérées, aires de jeux déchiquetées, sommet des immeubles carbonisés, tout est mutilé et marqué par les obus. 

Parvis et parkings sont jonchés de bris de verre mêlés aux branches d'arbres cisaillées ou aux restes des traverses de fenêtres en PVC. Une antique Lada a été coupée en deux par une dalle de béton tombée du ciel, les rares voitures laissées là sont toutes pulvérisées. Rideaux roses et morceaux de ferraille pendent des façades aux appartements désertés. Obus et missiles ont troué les murs, éventré plusieurs tours en étage. Pourquoi cet acharnement de l'artillerie russe sur cette cité populaire ? Une unité de la DCA ukrainienne campait aux abords du quartier au début de l'invasion, des batteries de lance-roquettes sont aussi venues tirer sur les Russes depuis la zone, de l'aveu même des habitants. Difficile de savoir combien sont morts dans les bombardements. Deux personnes ont été hachées par une roquette tombée juste devant l'école, se souvient Roman, déjà vétéran de l'armée à 38 ans.  

Aucun bilan précis et récent des victimes civiles n'est disponible mais il atteint à l'évidence - et a minima - plusieurs milliers. Le conflit a déjà contraint plus de 4,1 millions d'Ukrainiens à fuir leur pays, selon l'ONU. Au total, plus de dix millions de personnes, soit plus d'un quart de la population, ont dû quitter leur foyer soit en traversant la frontière pour se réfugier dans les pays limitrophes, soit en trouvant refuge ailleurs en Ukraine. L'ONU estime à près de 6,5 millions le nombre de déplacés à l'intérieur du pays. Plus de 500 000 personnes sont cependant retournées dans leur pays depuis le début de l'invasion russe, a annoncé dimanche le ministère ukrainien de l'Intérieur. 

Publié dans Articles de Presse

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