Guerre en Ukraine : ce que l’on sait d’Azatbek Omurbeko, soupçonné d’être le «boucher de Boutcha»

Publié le par Le Parisien par M.C.

Des activistes ukrainiens affirment avoir identifié un chef militaire russe qui aurait été présent à Boutcha, lors du massacre de centaines de civils en mars dernier. L’homme avait déjà sévi dans le Donbass en 2014.

Le lieutenant-colonel Azatbek Omurbekov a été identifié par un groupe d'activistes ukrainiens comme étant l'un des membres présents lors du massacre de Boutcha, en mars dernier. Capture d'écran

Le lieutenant-colonel Azatbek Omurbekov a été identifié par un groupe d'activistes ukrainiens comme étant l'un des membres présents lors du massacre de Boutcha, en mars dernier. Capture d'écran

La ville de Boutcha a focalisé l’émoi de la communauté internationale après la découverte ces derniers jours de dizaines de corps d’Ukrainiens gisant dans ses rues. Un « génocide », selon les mots de Volodymyr Zelensky, tandis que Vladimir Poutine continue de nier en bloc, évoquant une « provocation grossière et cynique » des autorités ukrainiennes. Après le choc, l’Ukraine cherche désormais les responsables de ce massacre. Un nom s’étale ce jeudi dans la presse internationale, celui d’Azatbek Omurbeko, déjà surnommé le « boucher de Boutcha ». On fait le point.

Qui est Azatbek Omurbeko ?

Âgé d’une quarantaine d’années, ce lieutenant-colonel russe est suspecté d’avoir orchestré le pillage, le viol et le massacre de centaines de civils ukrainiens en mars dernier dans la ville de Boutcha, en banlieue de Kiev. Cet officier, dont le visage se retrouve désormais dans la presse étrangère, dirige la 64e brigade d’infanterie motorisée de l’armée russe. Son unité, sur place à Boutcha lors du massacre de civils, serait basée dans une ville de l’Extrême-Orient russe, baptisée Khabarovsk, rapporte le Times.

« Il serait responsable d’une brigade comprenant entre 2 000 et 3 000 hommes, souligne Michel Goya, ancien officier des troupes de marine et historien militaire. Cette unité est suffisamment petite pour qu’il n’ignore pas les actions qu’elle mène, surtout sur une zone de quelques kilomètres seulement ».

Azatbek Omurbeko aurait l’habitude des combats armés. Le lieutenant-colonel s’était déjà rendu en Ukraine en 2014, où il avait été signalé en Crimée et dans le Donbass. Il aurait reçu cette même année une médaille pour ses « services exceptionnels », de la main de Dmitri Boulgakov, vice-ministre russe de la Défense, selon The Independent. Autre élément connu, le militaire russe aurait été béni par l’Église orthodoxe en novembre 2021, juste avant de mener l’offensive en Ukraine. Des photos le montrant en compagnie d’un prêtre orthodoxe ont depuis circulé sur les réseaux sociaux.

L’homme aurait glissé quelques mots, face à l’évêque lors de cette cérémonie, toujours selon le Times : « L’Histoire montre que nous menons la plupart de nos batailles avec nos armes. Mais les armes ne sont pas la chose la plus importante. L’église est un lieu où l’on peut communier et préparer les événements à venir. Avec la bénédiction du Tout-Puissant, nous espérons réaliser ce que nos ancêtres ont réussi ».

Comment a-t-il été retrouvé ?

Après le choc des images montrant des dizaines de corps gisant au sol, de nombreux activistes ukrainiens tentent de documenter les faits et de retrouver la trace des responsables de ce massacre. Un groupe ukrainien qui surveille les activités de l’armée russe, baptisé « InformNapalm », est ainsi remonté jusqu’à Azatbek Omurbeko. Ces activistes expliquent avoir travaillé en se basant sur des documents de renseignement en libre accès, l’OpenSource Intelligence (Osint).

En consultant ces données, le groupe est parvenu à identifier l’unité présente sur place lors de l’occupation de la ville en mars : le commandement 51460. « En connaissant l’unité militaire précise, on remonte alors facilement à son responsable », précise Michel Goya, qui ajoute que « d’autres noms (commandants, capitaines, lieutenants) pourraient circuler dans les prochains jours ». Des informations personnelles sur le militaire ont été mises en ligne dès mercredi soir, comme sa photo, mais aussi son adresse postale, son adresse e-mail et son numéro de téléphone. Les activistes auraient même tenté de joindre le responsable, sans succès.

Quelles suites ?

Pour l’heure, la Russie, qui nie tout massacre, n’a pas réagi officiellement aux informations du groupe « InformNapalm ». Reste que des questions demeurent quant à la responsabilité précise d’Azatbek Omurbeko. « Qu’il ait donné l’ordre de mener ouvertement ces massacres ou qu’il ait laissé ses soldats faire, Omurbeko reste responsable, de par son statut », insiste Michel Goya. L’homme et son unité auraient officiellement quitté Boutcha le 30 mars, pour se redéployer en Biélorussie, selon le ministère russe de la Défense.

Malgré l’identification de ce militaire, sa condamnation reste difficilement imaginable, complète Michel Goya. « Les responsables russes seront-ils seulement condamnés ? On peut en douter. Sauf si la Russie opère un changement de régime et voudrait châtier les coupables… » Pour l’heure, une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) a été ouverte depuis le 2 mars 2022 sur de potentiels crimes de guerre commis sur place.

Publié dans Articles de Presse

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