Le comédien Michel Bouquet, géant du théâtre et du cinéma, est mort à l'âge de 96 ans

Publié le par franceinfo par Valérie Gaget - Sophie Jouve France Télévisions Rédaction Culture

C’est un monstre sacré qui disparaît, l’un des derniers grands noms du théâtre et du cinéma. Michel Bouquet était un comédien singulier, un amoureux des mots et des beaux textes. Il restera l'inoubliable interprète de "L'avare" de Molière et de "Le roi se meurt" de Ionesco.  

Michel Bouquet à Cannes en 2012 (FRANCIS DEMANGE/SIPA)

Michel Bouquet à Cannes en 2012 (FRANCIS DEMANGE/SIPA)

"J'ai fait ce que j'ai pu, comme j'ai pu et je ne me suis pas trop posé de questions." Ainsi parlait Michel Bouquet quand on l'interrogeait à la fin de sa vie sur sa carrière exceptionnelle. Sa belle voix grave ne résonnera plus. Ce géant du théâtre, né à Paris le 6 novembre 1925, est mort mercredi 13 avril à l'âge de 96 ans, a annoncé son service de presse. "Michel Bouquet est décédé en fin de matinée dans un hôpital parisien", a précisé cette source.

Premiers pas sur les planches à 17 ans

Il avait débuté sur scène au Théâtre de Chaillot, à 17 ans. "J’étais dans un costume de Robespierre. J’avais le sentiment que c’était vrai, que j’étais Robespierre. Cela me provoquait des fous rires intérieurs. C’étaient mes premières sensations au théâtre", a-t-il raconté un jour.

En 1946, Jean Anouilh lui confie son premier rôle important dans Roméo et Jeannette au Théâtre de l’Atelier. Suivront de saisissantes prestations dans des pièces de Pinter, Beckett, Thomas Bernhard ou Camus. Le comédien adorait défricher les grands textes. En 75 ans, il joua une soixantaine de pièces avec deux auteurs de prédilection : Molière et Ionesco.

"Le roi se meurt" : son rôle fétiche

Son rôle fétiche ? Celui de Bérenger Ier dans Le Roi se meurt d'Eugène Ionesco. Il le joua durant près de vingt ans dans plusieurs théâtres parisiens et en tournées. Il jugeait la pièce "très dure à cause du chahut des sensations différentes par lesquelles l’acteur est obligé de passer, du plus comique au tragique pur." Quand il l’interprète pour la dernière fois, le 10 mai 2014, le public du Théâtre Hébertot l’applaudit à tout rompre. Comme souvent, son épouse, l'excellente comédienne Juliette Carré, partageait la scène avec lui. Ce rôle lui vaudra en 2005 son second Molière du comédien, après celui qu'il reçut en 1998 pour Les Côtelettes de Bertrand Blier. L'Académie lui remettra aussi un Molière d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 2016.

"Molière oblige ses acteurs à la vérité"

Michel Bouquet restera l’inoubliable interprète de plusieurs pièces de Molière: Tartuffe ou l’imposteur, Le médecin malgré lui, Dom Juan, L’avare, Le malade imaginaire... En 2017, il lui consacra également un livre : Michel Bouquet raconte Molière. "La perfection qu’il a obtenu avec le théâtre est telle que des siècles après, des gens viennent encore en masse pour entendre sa parole, expliquait-il, et c’est une chose très étrange. Il poursuivait : Molière oblige ses acteurs à la vérité (...). C’est une écriture qui est en même temps extraordinairement raffinée et très grossière." L’acteur avait pour habitude de venir au théâtre trois heures avant la représentation "pour être le plus vrai possible d’une vérité qui s’accorderait à la sienne."

Les adieux au théâtre à 93 ans

Cet infatigable perfectionniste semblait ne pas vieillir. Chaque rôle le renouvelait. "Je ne peux pas imaginer que j’arrêterai le théâtre", disait-il en 2017. Il sera pourtant contraint de le faire, à 93 ans, victime de sa fatigue. Le comédien qui devait interpréter le rôle d’Einstein dans une pièce de Laurent Seksik réalise qu'il est trop las pour poursuivre les répétitions et cède sa place à Michel Jonasz. Il joua donc, sans le savoir, sa dernière pièce à l'âge de 91 ans. Le hasard faisant bien les choses, ce fut Le Tartuffe de son cher Molière. La mise en scène était signée Michel Fau. Michel Bouquet avait été son professeur au Conservatoire.

Récit Valérie Gaget et Martin Marini

Le cinéma: du Condé au Jouet 

Le grand public le découvre à la fin des années 60 grâce au cinéma. Il a déjà la quarantaine. Bouquet marque les esprits dans La mariée était en noir avec Jeanne Moreau puis dans La sirène du Mississipi de François Truffaut. Il joue ensuite le rôle d’un policier amer et sombre dans Un condé d’Yves Boisset. Mais c’est Chabrol qui lui offrira ses personnages les plus marquants dans La femme infidèle, La rupture, Juste avant la nuit ou encore Poulet au vinaigreIls tourneront six films ensemble. Abonné aux rôles de notables pourris et de flics glaçants, il s'amuse avec son image en 1976 dans la comédie de Françis Veber, Le jouet, aux côtés de Pierre Richard. L'histoire d'un homme cynique qui offre à son fils un compagnon de jeu en chair et en os. 

Dans la peau de François Mitterrand...

Michel Bouquet remporta deux Césars : le premier en 2002 pour Comment j’ai tué mon père d’Anne Fontaine. Et le second en 2006 pour Le promeneur du champs de Mars de Robert Guédiguian dans lequel il campe un François Mitterrand magistral. 'Je suis un acteur heureux qui a toujours rencontré les gens qu’il fallait qu’il rencontre au moment où il fallait les rencontrer. Par exemple quand j’ai rencontré Chabrol et Truffaut, j’avais envie de faire du cinéma.Je les ai rencontrés au bon moment",  confessait-il. 

... et dans celle de Renoir

Michel Bouquet disait ne pas avoir de préférence pour le théâtre ou le cinéma : "Les deux choses sont très différentes mais elles ont la même valeur." Le rôle de Renoir dans le film de Gilles Bourdos en 2013 est l’un de ceux qui l’avaient le plus touché dans sa vie. Il incarnait le vieux maître pratiquement paralysé, souffrant de graves rhumatismes, continuant coûte que coûte à peindre.

Michel Bouquet incarne Auguste Renoir, dans "Renoir", de Gilles Bourdos, en salles le 2 janvier 2013. (MARS DISTRIBUTION)

Michel Bouquet incarne Auguste Renoir, dans "Renoir", de Gilles Bourdos, en salles le 2 janvier 2013. (MARS DISTRIBUTION)

Michel Bouquet était un comédien unanimement reconnu qui considérait son métier comme un artisanat. Il disait avoir "creusé, fouillé, bêché" tout au long de sa vie tel le laboureur de La Fontaine. Il quitta la scène avec le sentiment d’avoir fait "son bonhomme de chemin." Ceux qui ont eu le privilège de le voir sur scène ne l’oublieront jamais.

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