Qui est « le boucher de Syrie », nouveau commandant des forces russes ?

Publié le par Le Bien Public par Ju. M.

Le général Alexandre Dvornikov est connu pour avoir usé de tactiques sanguinaires lors de l'intervention russe en Syrie pour soutenir le régime de Bachar al-Assad. Sa nomination à la tête des opérations en Ukraine laisse craindre de nouvelles exactions à l'égard des civils dans le pays.

Le général Alexandre Dvornikov. Photo Erik Romanenko/TASS/Sipa

Le général Alexandre Dvornikov. Photo Erik Romanenko/TASS/Sipa

Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, plusieurs commandants russes étaient chargés de diriger les différents fronts à travers le pays. Mais dimanche, Vladimir Poutine a mis fin à cette chefferie partagée en décidant de confier le commandement en chef de la guerre en Ukraine à un seul homme : le général Alexandre Dvornikov, chargé de relancer l'offensive. Une nomination qui inquiète.

Un connaisseur de l'Ukraine

Âgé de 60 ans, Alexandre Dvornikov est né dans l'extrême-est de la Russie, non loin de Vladivostok. Il a commencé sa carrière militaire au sein de l'armée soviétique au début des années 1980 puis a enchaîné les opérations dans des zones de guerre. Il a notamment commandé des troupes russes lors de la seconde Guerre de Tchétchénie.

Le général connaît également bien l'Ukraine. Pour cause : depuis 2016, Alexandre Dvornikov est à la tête du district militaire du sud de la Russie, qui comprend notamment la mer Noire, la Crimée et le Donbass, où des combats entre Ukrainiens et séparatistes pro-russes font rage depuis 2014.

Selon l'Institute for the Study of War, un influent think tank d'analyse militaire, « sa nomination en tant que commandant de toutes les opérations semble logique puisqu'il a été annoncé que les principaux efforts de la Russie se porteraient désormais dans sa zone de responsabilité ».

« Le pire du pire »

Outre sa connaissance du terrain, c'est aussi et surtout le CV sanglant que s'est constitué Alexandre Dvornikov lors de l'intervention russe en Syrie qui inquiète. En 2015, lorsque l'armée du Kremlin a été envoyée sur place pour soutenir le régime de Bachar al-Assad, il est nommé à la tête des opérations.

Dès lors, il acquiert une réputation de cruauté vis-à-vis des populations syriennes, à l'encontre desquelles il multiplie les exactions et les tactiques de guerre sanguinaires. Sous son commandement, l'armée russe engage en effet une vaste campagne de bombardements des villes, notamment d'Alep, qui vont de très nombreuses victimes civiles. Les forces du Kremlin pilonnent sans distinction des habitations, des écoles ou des hôpitaux.

Reportage d'Euronews sur le bombardement d'un hôpital syrien. Octobre 2016.

Dès lors, Alexandre Dvornikov acquiert le surnom peu reluisant de « boucher de Syrie », ou « boucher d'Alep », connu pour dépeupler des zones. Au même moment, la Russie est pointée du doigt par la communauté internationale puisque fortement soupçonnée de crimes de guerre en raison, notamment, des bombardements qu'il a ordonnés.

Sur NBC, un ancien haut-gradé de l'armée américaine résumait il y a quelques jours Alexandre Dvornikov ainsi :

C'est celui qui est appelé par Vladimir Poutine pour raser des villes comme Alep. Il a utilisé des formes de terrorisme durant cette période, comme du travail avec les forces syriennes, des centres de torture, des viols... Il est le pire du pire. James G. Stavridis, sur NCB

Un « boucher » décoré par Poutine

L'intervention des forces russes qu'il dirige permet aux soldats de Bachar al-Assad de renforcer leurs positions en Syrie. Car sous couvert de bombarder les terroristes de l’État islamique comme l'assure à l'époque la propagande russe, les soldats commandés par Alexandre Dvornikov pilonnent massivement les forces des rebelles opposés au président syrien durant la guerre civile.

Aux yeux de Poutine, l'opération militaire russe en Syrie a été couronnée de succès. A la suite de cela, Alexandre Dvornikov s'est d'ailleurs vu remettre le titre de « héros de la Fédération de Russie », l'un des honneurs les plus prestigieux du régime.

Vers de nouveaux massacres de civils ?

La nomination du général à la tête des forces russes en Ukraine revêt un objectif bien précis : faire oublier les débuts très laborieux de l'armée du Kremlin et obtenir une victoire rapide dans l'est du pays.

Mais son sanguinaire curriculum vitae laisse présager le pire. Depuis le 10 avril et l'arrivée du général à la tête des opérations en Ukraine, la crainte grandit de le voir ordonner des assauts similaires à ceux observés en Syrie. Et donc de voir des horreurs comme le massacre de Boutcha se multiplier dans un pays où plus de 2000 civils - officiellement - ont déjà été tués

Auprès de l'AFP, un haut responsable du ministère américain de la Défense s'est voulu moins alarmiste. « Vu leurs gros problèmes de logistique et d'approvisionnement, vu leurs difficultés à manœuvrer, vu leurs problèmes de coordination, de moral, d'organisation hiérarchique, il n'est pas sûr qu'il (Alexandre Dvornikov) puisse être très efficace », a-t-il jugé. Le général Dvornikov commandait l'offensive dans le sud au début de l'invasion, et « les Russes ont eu plus de succès dans le sud que dans le nord », a-t-il ajouté.

Publié dans Articles de Presse

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