Guerre en Ukraine : "J’avais les mains attachées en permanence dans le dos", confie un Ukrainien déporté en Russie

Publié le par franceinfo par Jean-Sébastien Soldaïni - Denis Kataev - franceinfo Radio France

La situation des civils en Ukraine est toujours aussi préoccupante. Selon une responsable du gouvernement ukrainien, cité "plus de 1,19 million de nos citoyens, y compris plus de 200.000 enfants, ont été déportés vers la Fédération de Russie". Volodymyr, qui travaille dans l’humanitaire, a accepté de témoigner.

Un soldat dans une rue de Severodonetsk, dans la région du Donbass, en avril 2022. (RONALDO SCHEMIDT / AFP)

Un soldat dans une rue de Severodonetsk, dans la région du Donbass, en avril 2022. (RONALDO SCHEMIDT / AFP)

Ce que décrit Volodymyr, c’est tout un parcours, tout un système de déportation. Une fois capturé près de Kozarovychi, au nord de Kiev, ce civil, qui travaille dans l'humanitaire, est embarqué de force dans un bus. Ses mains attachées dans le dos, bâillonné et un bandeau sur les yeux mal positionné : il peut alors voir défiler le nom des villes traversées : Ivankiv, Tchernobyl… Il comprend qu’il se dirige vers le nord.

Finalement, il identifie la frontière biélorusse qu’il franchit avant d’être mis à l’isolement. "J’avais les mains attachées en permanence dans le dos. Il était interdit de regarder les soldats dans les yeux, la tête devait toujours être aussi près du sol que possible. Nous n’avions aucune information, impossible de deviner où nous étions. Ils nous traitaient comme des gens inférieurs et eux, ils s'imaginaient être des dieux."

"Ils frappaient sans discernement"

Il est ensuite transféré par avion en Russie, à la prison de Rostov-sur-le-Don. Là, les mauvais traitements se poursuivent pendant environ deux semaines. "Ils nous tordaient les mains, nous étions déshabillés. Puis battus… Si nous avancions trop lentement, nous étions battus. Si nous nous retournions, encore battus. Ils frappaient sans discernement juste pour nous humilier, jeunes ou vieux, malades ou en bonne santé. Ils ne faisaient aucune différence…"

Son parcours ne s'arrête pas là : les Russes l’ont ensuite transporté jusqu’en Crimée. Encore un avion vers Sébastopol, puis un bus le conduit vers le nord et la ligne de front, près de Zaporijia.. Là, il décrit une scène digne de la Seconde Guerre mondiale : "Notre bus s’est arrêté au bord d’une rivière. Il y avait un autre bus de l’autre côté. Des militaires ont vérifié une liste de personnes. C’était un échange de prisonniers. Tout est allé très vite en quelques minutes. J’ai juste vu les visages". Des visages de "soldats russes", dit-il.

Objet d’un échange de prisonniers, Volodymyr est libre. Il a pu retourner dans sa région d’origine. Mais il semble que certains ukrainiens ont moins de chance que lui. Des civils ukrainiens, restés à Rostov-sur-le-Don, sont embarqués dans un train, vers une destination inconnue. 

"Soit vous mourrez, soit vous allez en Russie"

Oleksandra, une avocate spécialisée dans les Droits de l’homme, suit une piste qui va jusqu’aux fin-fonds de la Russie. Elle affirme que ces personnes ont été conduites jusque dans des coins reculés de l’extrême-orient russe. "Au moins 300 personnes ont été emmenées à Vladivostok. Mais pas dans la ville, dans des petits villages alentours. Ensuite, ils montrent ces personnes à la télé russe, dans des vidéos de propagande. Ils font ça pour montrer comment les Russes ont, soi-disant, sauvé ces gens d’un enfer comme Marioupol. Sans jamais mentionner qu’ils ont bombardé leurs maisons". Et sans jamais préciser que ces personnes n’ont pas eu d’autre choix pour survivre : "On leur a dit : soit vous restez dans un sous-sol de Marioupol sans eau, sans électricité, sans nourriture, sans soins et vous mourrez… Soit vous allez en Russie", précise Oleksandra.

Le traitement de ces déportés varie d’une région à l’autre. Certains sont maltraités, d’autres sont parqués dans des écoles ou dans des gymnases sans avoir le droit de sortir. Ces déportés servent alors à la propagande du Kremlin. Dans des reportages, les commentaires affirment que s’ils ont pu sortir de l’enfer de Marioupol, c’est grâce à la Russie. Le Kremlin considère d'ailleurs qu’ils ne sont pas des "déportés" comme l’affirment les Ukrainiens, préfèrant parler de personnes évacuées.

Publié dans Articles de Presse

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