Guerre en Ukraine : pourquoi les Occidentaux soupçonnent Vladimir Poutine de vouloir poursuivre ses opérations militaires au-delà du Donbass

Publié le par franceinfo par Pierre-Louis Caron France Télévisions

Les services de renseignement américains, tout comme le Quai d'Orsay pour la France, craignent de nouvelles incursions de l'armée russe en Ukraine mais aussi en Moldavie.

Le président russe Vladimir Poutine prononce un discours à Saint-Pétersbourg (Russie), le 27 avril 2022. (ALEXANDR DEMYANCHUK / SPUTNIK / AFP)

Le président russe Vladimir Poutine prononce un discours à Saint-Pétersbourg (Russie), le 27 avril 2022. (ALEXANDR DEMYANCHUK / SPUTNIK / AFP)

Les alertes se multiplient. Alors que l'armée russe se replie sur l'est de l'Ukraine, Vladimir Poutine pourrait être tenté de donner un nouvel élan à son opération militaire lancée le 24 février. C'est en tout cas ce que craint la patronne du renseignement américain, Avril Haines, qui a déclaré que le président russe "a encore l'intention d'atteindre des objectifs au-delà du Donbass" – notamment dans le sud-ouest de l'Ukraine, jusqu'à la Moldavie voisine.

Plus prudente, la France reste tout de même préoccupée par une éventuelle invasion de la Moldavie, qu'elle a plusieurs fois assurée de son soutien face aux "risques de déstabilisation" par des éléments prorusses. Franceinfo fait le point sur les scénarios envisagés par les Occidentaux concernant la stratégie militaire de la Russie vis-à-vis de ses voisins.

Le renseignement américain évoque un projet de "pont terrestre" dans le sud de l'Ukraine

Face au Congrès américain, mardi, la directrice du Renseignement national, Avril Haines, a prévenu que malgré de lourdes pertes côté russe, la guerre était loin d'être terminée en Ukraine, d'après ses services. "Nous estimons que le président Poutine se prépare à un conflit prolongé", a-t-elle déclaré, ajoutant que l'armée russe pourrait très prochainement vouloir "étendre le pont terrestre" dans le sud de l'Ukraine, afin de relier la Russie à la Transnistrie

Ce territoire disputé, qui réclame sa séparation de la Moldavie depuis l'éclatement de l'URSS en 1991, est situé à la frontière avec l'Ukraine. Le sentiment prorusse y est très marqué, et plus d'un millier de soldats russes y sont déployés en continu, expliquait à franceinfo Vincent Henry, chercheur à l'université de Paris Est Créteil. 

Lors de son audition, Avril Haines a toutefois expliqué qu'une telle opération dépasse pour l'instant les capacités militaires de la Russie. Les dirigeants russes "ne pourront atteindre la Transnistrie et inclure Odessa [ville du sud de l'Ukraine] sans décréter une forme de mobilisation générale", a-t-elle ajouté. Un effort de guerre qui nécessiterait, d'après les analystes américains, l'instauration de la loi martiale en Russie ainsi qu'une réorientation de la production industrielle du pays. 

Le Quai d'Orsay "inquiet" mais prudent

Côté français, le ministère des Affaires étrangères ne s'attend pas non plus à une résolution rapide du conflit en Ukraine. "Il y a une sorte d'enfermement de Poutine dans la guerre", a déploré lundi sur BFMTV le ministre Jean-Yves Le Drian, pour qui "il n'y a rien de nouveau" dans le déroulement du conflit. "L'agression russe continue, la guerre continue, elle continue dans le Donbass, elle continue encore à Marioupol (...), les objectifs de guerre sont les mêmes", a-t-il déclaré.

Concernant la Moldavie, Jean-Yves Le Drian a quelque peu précisé la nature de ses inquiétudes. "Il faut se préoccuper de la situation en Moldavie dans la mesure où il y a des forces russes qui sont stationnées en Transnistrie pour des raisons historiques, a-t-il souligné, ajoutant qu'à ce stade, [la France] n'a pas d'éléments qui nous permettent de penser qu'il y a une volonté d'agression de la Russie sur la Moldavie".

Une position légèrement nuancée le lendemain par Anne-Claire Legendre, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, toujours sur BFMTV, qui a évoqué des "points d'inquiétude" concernant ce scénario, à commencer par la série d'explosions survenue le 26 avril en Transnistrie, qui avaient notamment touché des antennes de radiodiffusion. La France avait immédiatement réagi en assurant la Moldavie de son soutien.

Vladimir Poutine reste silencieux sur le sujet

Ces inquiétudes occidentales se manifestent malgré un discours plus mesuré que prévu de la part de Vladimir Poutine, lundi 9 mai. A l'occasion de la commémoration de la victoire sur les nazis en 1945, ce dernier était très attendu sur d'éventuelles annonces d'objectifs militaires. Il n'en a rien été, l'autocrate russe se contentant de justifier l'invasion de l'Ukraine pour contrer une "menace inacceptable""Les pays de l'Otan n'ont pas voulu nous entendre. Tout laissait penser qu'un affrontement avec les néonazis, soutenus par les Américains et leurs petits amis, serait inévitable", a déclaré le chef du Kremlin.

Ce silence cache-t-il une nouvelle opération militaire ? Après l'invasion de l'Ukraine, qui avait surpris jusqu'au renseignement français, la Moldavie ne veut en tout cas prendre aucun risque. Puisqu'elle ne peut rejoindre l'Otan, au titre de l'article 11 de sa Constitution qui lui impose une "neutralité permanente", la Moldavie espère se rapprocher au plus vite des Européens. Début mars, le petit pays de 2,6 millions d'habitants a déposé sa candidature pour rejoindre l'UE, une demande accueillie favorablement le 5 mai par le Parlement européen (document en anglais) "sur la base du mérite". 

En attendant l'examen de cette demande, qui nécessite l'accord de la Commission et prend généralement plusieurs années, les eurodéputés ont voté une aide financière et une meilleure intégration au marché européen de la Moldavie, face à de "sérieuses inquiétudes" concernant l'intégrité de son territoire.

Publié dans Articles de Presse

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