Le syndicat de police Alliance dépose une plainte contre Mélenchon

Publié le par Le Point par Aziz Zemouri

Selon le syndicat, le député se serait rendu coupable de diffamation et d’injures publiques en qualifiant son organisation de « factieuse ».

Jean-Luc Mélenchon le 28 avril 2022. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Jean-Luc Mélenchon le 28 avril 2022. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Depuis plusieurs années, le torchon brûle entre les syndicats de police et Jean-Luc Mélenchon, bien qu'en 2017 la syndicaliste Linda Kebbab d'Unité-SGP, concurrent d'Alliance, avait participé à la campagne présidentielle du député des Bouches-du-Rhône.

Que s'est-il passé depuis ? En qualifiant de « factieux » le syndicat Alliance Police nationale, le chef de file de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (Nupes) aurait franchi les limites de la liberté d'expression selon l'organisation majoritaire de gardiens de la paix alliée à l'Unsa-Police. C'est à la suite de la manifestation organisée par le syndicat le 2 mai en soutien à un jeune policier de la préfecture de police mis en examen pour « meurtre » – il a tiré sur un véhicule, tuant deux personnes et blessant une troisième sur le Pont-Neuf le 24 avril – que Jean-Luc Mélenchon a traité Alliance de « factieux ».

Lors de son discours à la convention d'investiture des candidats de la Nupes, qu'il a tenu le 7 mai à Aubervilliers, le « candidat » à Matignon a fustigé le comportement qu'il prête à la police et à ses porte-parole.

« Peine de mort »

« Vous avez vu qu'après le droit d'étrangler en appliquant une de ses clés dont on sait qu'elles peuvent devenir mortelles, le syndicat Alliance réclame le droit de pouvoir tirer sur les gens sans que le ministre de l'Intérieur ne dise un mot ; une manifestation où un syndicat factieux déclare que le problème de ce pays et de la police, c'est la justice et personne n'a rien à dire. Une police dans un État démocratique est nécessairement républicaine. Quel genre de délit de la circulation routière ou même de trafic mérite qu'une personne décide de l'application de la peine de mort à une autre et que ce soit son droit. Nous ne l'acceptons pas », avait-il déclaré à la tribune.

Alliance n'a pas apprécié d'être comparé aux mouvements qui veulent saper les fondements de la République, car, selon Fabien Vanhemelryck, son secrétaire général : « Nous avons toujours défendu les institutions : nous avons condamné les tentatives des Gilets jaunes de tenter d'entrer dans le palais de l'Élysée ; nous condamnons régulièrement les exactions des black blocs. Jean-Luc Mélenchon, lui, ne les condamne jamais. Il critique notre soutien à nos collègues, nous continuerons. Ces dernières années, nous avons eu raison de le faire : quand tout le monde est tombé sur la police après le « viol » de Théo en raison de la surmédiatisation de la victime par son avocat Éric Dupond-Moretti, les faits ont depuis été requalifiés par la justice (en violences volontaires, NDLR). Nous étions seuls à défendre les policiers. Comme lors de l'affaire de la bac Nord qui s'est terminée comme vous savez… ». Après dix ans d'instruction, la majorité des policiers – 11 sur 18 mis en cause – a été condamnée à des peines de deux mois à un an de prison avec sursis. La plupart d'entre eux sont toujours en fonction aujourd'hui.

Pour débattre, il faut être deux : Mélenchon, lui, est toujours dans l’insulte.

Deux épisodes ont semble-t-il radicalisé la position de Jean-Luc Mélenchon sur la police : sa mise en cause judiciaire et la perquisition dans ses bureaux où il invective les officiers sur le thème de « La République, c'est moi » en octobre 2018 et la «  répression sans précédent » du mouvement des Gilets jaunes. C'est d'ailleurs par un état des lieux de cette répression que s'ouvrait son livret thématique sur la « sécurité et la sûreté » de son programme présidentiel : « 2 500 blessé·es, dont 353 à la tête, 30 éborgné·es, la mort de Zineb Redouane à cause d'une grenade lacrymogène lors de l'acte 3 des Gilets jaunes, une politique répressive brutale et légitimée par l'exécutif ».

Néanmoins, Mélenchon pourrait entamer un dialogue utile et constructif avec l'ensemble des syndicats de gardiens de la paix et de gradés. En effet, à lire l'introduction de son programme : « Refonder le service public de la police », les porte-parole de la police pourraient tout à fait souscrire à son constat « la politique du chiffre, la clochardisation des infrastructures, la surcharge administrative et les rythmes de travail destructurants pour les familles, la déconnexion entre les hiérarchies et les agents de terrain, mais aussi entre les agents et leur lieu d'intervention sont autant de facteurs organisationnels qui fragilisent les fonctionnaires de police ».

« Pour débattre, il faut être deux : Mélenchon, lui, est toujours dans l'insulte », déplore un permanent d'Alliance. « Ils défendent la présomption de légitime défense, c'est une thèse défendue par Marine Le Pen. On ne pourra jamais s'accorder », constate un cadre de La France insoumise. Contacté, Jean-Luc Mélenchon n'a pas répondu à nos sollicitations.

Publié dans Articles de Presse

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