Ukraine. Pour le premier soldat russe jugé pour crime de guerre, Kiev demande la perpétuité

Publié le par Courrier international

Vadim Chichimarine, le militaire russe de 21 ans accusé d’avoir tué un civil, comparaissait aujourd’hui devant un tribunal à Kiev. L’homme, qui avait déjà plaidé coupable, s’est excusé auprès de la veuve de la victime. Il risque d’être condamné à la prison à vie.

Le soldat russe Vadim Chichimarine au tribunal, à Kiev, en Ukraine, le 19 mai 2022. Photo / Sergei Supinsky : AFP

Le soldat russe Vadim Chichimarine au tribunal, à Kiev, en Ukraine, le 19 mai 2022. Photo / Sergei Supinsky : AFP

Les images qui nous parviennent d’Ukraine montrent un jeune homme apeuré, au regard triste et fuyant, qui inspirerait presque de la peine. Pourtant, les faits qui sont reprochés à Vadim Chichimarine sont gravissimes. Le soldat est accusé d’avoir tué un civil de 62 ans non armé, le 28 février, dans le village ukrainien de Chupakhivka. Un crime de guerre pour Kiev. Le premier depuis le début des hostilités jugé par un tribunal ukrainien.

Le procès contre ce militaire russe âgé de 21 ans s’est ouvert hier, et l’accusé s’est immédiatement déclaré “totalement coupable” du crime qui lui est imputé. Les faits qui sont reprochés au soldat sont décrits comme il suit par le média britannique BBC, qui relaye le récit du procureur :

“Chichimarine commandait une unité dans une division de chars lorsque son convoi a été attaqué. Lui et quatre autres soldats ont volé une voiture et, alors qu’ils se déplaçaient près de Chupakhivka, ils ont croisé un homme de 62 ans à vélo. Chichimarine a alors reçu l’ordre [qui ne venait pourtant pas d’un supérieur hiérarchique] de tuer le civil et il s’est exécuté en utilisant une Kalachnikov.”

“Je demande tout de même pardon”

Selon le témoignage fourni aujourd’hui par le militaire, lorsqu’il a croisé la voiture des soldats, la victime aurait dit aux Russes qu’ils les avaient dénoncés, ce qui “expliquerait” l’exécution du civil. Un crime que Chichimarine semble regretter puisque, comme le rapporte le journal italien La Repubblica, il s’est adressé à Kateryna Shalipova, veuve du civil tué, en ces termes :

“Je sais que tu ne pourras pas me pardonner. Mais je te demande tout de même pardon.”

Difficile de croire que ces excuses suffiront à éviter la prison à perpétuité requise à l’encontre de Chichimarine par le procurer pour crime de guerre et homicide prémédité.

D’autant plus que ce premier procès a une forte valeur symbolique, comme l’a expliqué sur Twitter Iryna Venediktova, procureure générale d’Ukraine, dont les propos sont relayés par La Repubblica :

“Avec ce premier procès, nous sommes en train d’envoyer un signal très clair : chaque personne qui a ordonné ou assisté à des crimes en Ukraine ne doit pas se soustraire à sa responsabilité.”

 

Un avis que ne partage pas le quotidien milanais Corriere della Sera, qui considère que ce procès est une erreur sur le plan à la fois moral et stratégique pour Kiev. Le journal centriste argumente :

“Commencer un procès alors que la guerre est encore en cours est un choix mauvais, et même un peu stupide. Mauvais parce que, pendant un conflit, il est impossible d’avoir la distance et la sérénité nécessaires pour faire primer les lois sur les émotions ; mais aussi stupide, parce que ce choix pourrait porter préjudice aux militaires et civils ukrainiens qui sont aux mains des Russes, en les exposants à des représailles et à de mauvais traitements, encore plus brutaux que ceux qu’ils subissent aujourd’hui.”

Publié dans Articles de Presse

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