78e anniversaire du D-Day. À l’heure du Débarquement, les hauts gradés allemands sont… à Rennes !

Publié le par Ouest-France par Pascal Simon

Les généraux de division de la 7e armée allemande qui occupait la Normandie et la Bretagne avaient été convoqués le 6 juin 1944 à Rennes pour un exercice d’état-major.

Le maréchal Erwin Rommel (à gauche) et le général Eugen Meindl qui a convoqué à Rennes, le 6 juin 1944, les officiers supérieurs de la 7e armée allemande stationnée entre Normandie et Bretagne. | D.R.

Le maréchal Erwin Rommel (à gauche) et le général Eugen Meindl qui a convoqué à Rennes, le 6 juin 1944, les officiers supérieurs de la 7e armée allemande stationnée entre Normandie et Bretagne. | D.R.

C’est l’une de ces petites histoires qui émaillent souvent la grande avec des conséquences parfois notables… Il y a 78 ans, le 6 juin 1944, à l’aube, les forces alliées lancent sur les côtes du Calvados et de la Manche la plus grande opération maritime et aérienne de l’histoire pour engager la libération de la France et de l’Europe du joug nazi.

C’est le Débarquement, l’opération Overlord. Cette attaque, les forces armées allemandes du IIIe Reich l’attendent et se sont préparées, sans pour autant parvenir à obtenir le renseignement décisif sur le jour et l’heure.

Un Kriegsspiel à Rennes

Alors, à l’heure où les premières vagues de parachutistes américains et britanniques sont engagées, il n’y a quasiment plus aucun haut gradé allemand à moins de 150 kilomètres des côtes normandes. Tout le monde est à Rennes !

Des soldats allemands se promenant sur les quais de la Vilaine, devant les Nouvelles galeries, pendant l’Occupation. | ARCHIVES MUSÉE DE BRETAGNE

Des soldats allemands se promenant sur les quais de la Vilaine, devant les Nouvelles galeries, pendant l’Occupation. | ARCHIVES MUSÉE DE BRETAGNE

« Le lundi 5 juin au soir, les généraux de division de la 7e armée étaient en route pour Rennes ou déjà arrivés, afin de participer à un Kriegsspiel (un exercice d’état-major sur cartes) au quartier général du général Eugen Meindl, le 6 juin, explique Étienne Maignen, auteur de Rennes pendant la guerre (1) Vers 1 h 45, le 6 juin, des parachutages américains ayant déjà été constatés, la 7e armée fut mise en alerte et les généraux se rhabillèrent ou rebroussèrent chemin. »

 

Si les Allemands anticipent un prochain débarquement, la météo exécrable à la veille du 6 juin 1944 atténue leur vigilance. Même le maréchal Erwin Rommel, qui a fait renforcer les défenses du mur de l’Atlantique et commande le groupe d’armées entre la France et les Pays-Bas, a quitté la Normandie et pris une permission en Allemagne pour l’anniversaire de son épouse.

« Après un mois de mai magnifique, il ne s’attend donc pas du tout à un débarquement à ce moment-là. Le 5 au soir, les Allemands annulent d’ailleurs les patrouilles habituelles de navires qu’ils envoient en mer et l’armée de l’air reste au sol », confirme l’historien Benoit Rondeau, auteur de plusieurs ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale (2).

Un hôtel près de la place de Bretagne

Si le « grand chef » n’est pas là, ses subordonnés ne le sont donc pas non plus, convoqués par le général Meindl qui les attend le 6 juin, à 10 h, dans un hôtel situé non loin de la place de Bretagne. Le soir du 5 juin, une partie des généraux de division de la 7e armée allemande sont en route ou déjà arrivés dans la capitale bretonne.

Celle-ci abrite depuis 1940 plusieurs sites de commandement de l’occupant allemand. « Le péristyle sud de la mairie héberge la Standort-kommandantur ou Platzkomman-dantur. La Kreiskommandantur (ar​rondissement) s’est installée au 2, rue Martenot, dans l’ancienne Caisse d’Épargne, rappelle Joël David, passionné d’histoire et spécialiste des rues, lieux et édifices de la ville de Rennes. La Feldkommandantur (départemental) est sise à la faculté des lettres (aujourd’hui sciences éco), place Hoche. Les Allemands réquisitionnent d’autres bâtiments comme l’hôtel Caradec (face à la préfecture, rue de Fougères devenue Guillaudot) pour la Gestapo ; la cité des étudiants, rue Jules-Ferry, pour le SD (service de sécurité), etc. »

Tard dans la soirée du 5 juin, un officier des renseignements militaires allemands aurait pourtant capté l’un des messages codés annonciateur du Débarquement. Mais aucune suite n’est donnée.

Ce n’est donc que vers 1 h 45, le 6 juin, que l’alerte est cette fois donnée, lorsque les premiers parachutistes sont découverts. Les généraux allemands reprennent alors en toute hâte la route vers la Normandie. Un seul d’entre eux, qui n’avait d’ailleurs pas rallié Rennes, est rapidement tué. C’est le général Wilhelm Falley qui, en voyant un grand nombre d’avions dans le ciel, a demandé à son chauffeur de rebrousser chemin pour retourner à son quartier général à Picauville, près de Saint-Mère-Eglise. À son arrivée, il tombe dans une embuscade tendue par des parachutistes américains.

(1) Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945, d’Étienne Maignen, éditions Ouest-France. 245 pages. 27 €.

(2) Alarm ! Les Allemands face au débarquement des Alliés, de Benoît Rondeau, aux éditions Ouest-France. 144 pages.15,90 €.

Publié dans Articles de Presse

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