Guerre en Ukraine : on vous raconte comment l'étau russe se referme sur la poche de résistance de l'usine Azot de Sievierodonetsk

Publié le par franceinfo France Télévisions

Alors que les forces russes mènent un assaut de grande envergure sur le centre-ville, le complexe chimique abrite des soldats ukrainiens et des civils. Moscou a annoncé l'ouverture d'un corridor humanitaire, mais les combats se poursuivent.

Une vue générale de l'usine chimique de Sieverodonetsk, dans la région ukrainienne de Louhansk, le 15 juin 2022. (METIN AKTAS / ANADOLU AGENCY VIA AFP)

Une vue générale de l'usine chimique de Sieverodonetsk, dans la région ukrainienne de Louhansk, le 15 juin 2022. (METIN AKTAS / ANADOLU AGENCY VIA AFP)

Sievierodonetsk s'enfonce davantage dans le chaos. Cette ville de l'oblast de Louhansk, dans l'est de l'Ukraine, se retrouve dans l'œil du cyclone depuis plusieurs semaines en raison d'une offensive de grande ampleur menée par les forces russes. Ces dernières lancent désormais des assauts d'infanterie pour prendre le contrôle du centre-ville, même si les forces armées ukrainiennes évoquent toujours des "combats de rue". Un peu à l'écart, une poche de résistance s'est organisée sur le vaste site de l'usine chimique Azot, où des soldats ukrainiens côtoient les civils.

En appelant les soldats à se rendre

Moscou a appelé les militaires à cesser leur "résistance absurde" et à hisser le drapeau blanc. Et promis, selon un responsable russe interrogé par l'agence RIA Novosti, que les prisonniers de guerre seront traités dans le respect de la convention de Genève, "comme cela s'est produit plus tôt avec ceux qui se sont rendus à Marioupol". En oubliant de préciser, toutefois, que les soldats ukrainiens faits prisonniers à Azovstal encourent désormais la peine de mort dans la république autoproclamée de Donetsk. Plusieurs chaînes Telegram évoquent des opérations de tractage sur le site de l'usine Azot, avec un appel à la reddition et un plan du corridor humanitaire pour ceux qui déposent les armes.

L'artillerie russe est certes bien supérieure à celle des forces ukrainiennes, mais ces dernières résistent depuis cet appui souterrain, estime le renseignement britannique, empêchant "provisoirement la Russie de redéployer ailleurs les unités engagées". Interrogé par le New York Times (en anglais), le conseiller présidentiel Mikhaïlo Podolyak avait expliqué qu'à ce stade, les soldats ukrainiens n'avait pas l'intention de quitter la ville, car il est "plus facile de manœuvrer, trouver un abri et minimiser les pertes" en milieu urbain.

Un panache de fumée s'échappe de l'usine Azot de Sieverodonetsk (Ukraine), le 11 juin 2022. (VIKTOR ANTONYUK / SPOUTNIK VIA AFP)

Un panache de fumée s'échappe de l'usine Azot de Sieverodonetsk (Ukraine), le 11 juin 2022. (VIKTOR ANTONYUK / SPOUTNIK VIA AFP)

En faisant attendre les civils

Le sort des civils est au cœur des interrogations et le spectre d'un nouveau Marioupol plane. Combien sont-ils vraiment dans cette usine ? L'ONG Norwegian Refugee Council recense quelque 500 civils (en anglais) réfugiés dans l'usine Azot, "presque entièrement coupés de tout ravitaillement". Selon le chef de l'administration de Sievierodonetsk, Oleksandr Striouk, "540 à 560 personnes" se trouvent désormais dans les souterrains. Les Russes ont annoncé l'ouverture d'un couloir humanitaire entre 7 heures et 19 heures mercredi, mais la poursuite des combats a compromis l'opération. "Seul un grand-père de 74 ans est sorti", a commenté un milicien russe interrogé par l'agence Interfax (en russe). "Personne ne leur a annoncés qu'il y avait une évacuation aujourd'hui."

Les séparatistes ont accusé les forces ukrainiennes de tirer au mortier et avec un char depuis l'usine Azot. Le ministère de la Défense russe affirme également que les forces ukrainiennes ont profité de la pause humanitaire pour "se regrouper sur des positions plus avantageuses" et utiliser les civils comme "boucliers humains". Une version démentie par Kiev. Il y a quelques jours, Moscou avait refusé d'ouvrir un couloir d'évacuation entre Sieverodonetsk et la ville jumelle de Lyssytchansk, dénonçant une tentative des autorités ukrainiennes de retirer leurs soldats sous couvert de sauver les civils.

En isolant les combattants ukrainiens

La chute de Sievierodonetsk et Lyssytchansk, deux villes jumelles d'environ 100 000 habitants, permettrait aux forces russes de cibler Sloviansk, dans la région de Donetsk, à quelque 70 kilomètres à l'ouest. Les trois ponts qui les relient ont désormais été détruits, selon l'Institute for the Study of War américain (en anglais), ce qui risque d'isoler les combattants ukrainiens en les empêchant de se replier à Lyssytchansk. 

En retour, cela pourrait également compliquer la potentielle progression des forces russes vers Lyssytchansk, car ces franchissements représentent un défi militaire et logistique. Le gouverneur militaire de la région, Sergueï Gaïdaï, n'entend pas jeter l'éponge. "L'armée russe perd des centaines de combattants, mais trouve des réserves et continue de détruire Sievierodonetsk", écrit-il sur Telegram. Mais "nos militaires tiennent la défense".

Publié dans Articles de Presse

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