Guerre en Ukraine : trois questions sur les accusations russes après des frappes contre des plateformes de forage gazier en mer Noire

Publié le par franceinfo France Télévisions

Un incendie était toujours en cours, mardi, sur l'une de ces installations, plus de 24 heures après les faits. L'armée russe dit avoir riposté en frappant un aérodrome proche d'Odessa avec des missiles de croisière.

L'une des plateformes de forage russes dans le gisement gazier d'Odessa, pris en photographie en 2020 par la garde maritime ukrainienne. (GARDE-FRONTIERES UKRAINIENS)

L'une des plateformes de forage russes dans le gisement gazier d'Odessa, pris en photographie en 2020 par la garde maritime ukrainienne. (GARDE-FRONTIERES UKRAINIENS)

Le feu fait toujours ravage sur une plateforme d'exploitation gazière russe en mer Noire, mardi 21 juin. La situation demeure délicate car les flammes s'approchent désormais du puits d'extraction, affirme à l'agence Interfax (en russe) une sénatrice du territoire annexé, Olga Kovitidi. Cet incendie, visible par les outils satellite, est difficile à circonscrire. Les navires des secouristes ont toutes les peines du monde à s'approcher de cette plateforme exploitée par le groupe Tchernomorneftegaz. Franceinfo fait le point sur cette attaque qui pourrait avoir de graves conséquences.

Quels sont les dégâts ?

Peu après 8 heures du matin, lundi, les plateformes de production de gaz BK-1 et Crimée-1 ont été touchées par des missiles anti-navires et des drones Bayraktar TB-2, affirme le ministère de la Défense russe (en russe), et un violent incendie s'est déclaré sur la première installation. Après un long silence, le commandement ukrainien a finalement annoncé avoir visé des "installations militaires", mardi soir, ce qui représente donc le premier cas de frappe ukrainienne contre une infrastructure d'hydrocarbures offshore. Moscou, pour sa part, estime que cette attaque fait planer "la menace d'une catastrophe écologique" dans le secteur, même si aucune donnée n'est encore disponible sur les volumes concernés.

Un complexe gazier a été détruit en partie au large de la Crimée et le feu n'était toujours pas maîtrisé le 21 juin 2022. (FIRMS / NASA)

Un complexe gazier a été détruit en partie au large de la Crimée et le feu n'était toujours pas maîtrisé le 21 juin 2022. (FIRMS / NASA)

Crimée-1 apparaît toujours sur le site de géolocalisation Marine Traffic et elle n'aurait pas subi de dégâts trop sévères, selon la députée Olga Kovitidi. Au total, 109 personnes se trouvaient lundi dans le complexe gazier, dont 12 sur la plateforme la plus durement touchée. Trois personnes ont été hospitalisées, selon un décompte des autorités locales, et sept manquent encore à l'appel.

Une vaste opération de sauvetage a donc été lancée par le ministère de la Défense, a précisé Sergueï Axionov, installé à la tête de la Crimée par la Russie en 2014. Celles-ci se poursuivront "tant que les conditions météorologiques le permettent et qu'il y aura un espoir de retrouver des gens en vie", a-t-il commenté (en russe).

Que sait-on de la compagnie gazière ?

La compagnie Tchernomorneftegaz exploite plusieurs gisements gaziers et pétroliers en mer Noire et en mer d'Azov. Après l'annexion de la Crimée, en 2014, les nouvelles autorités russes avaient nationalisé les actifs de cette compagnie, qui était auparavant une filiale de l'opérateur public ukrainien Naftogaz. Le groupe avait été placé sous sanctions américaines pour "avoir été complice de l'appropriation illicite d'actifs de l'Etat ukrainien".

La Garde maritime avait approché les plateformes confisquées par les autorités de Crimée annexée, en mars 2020. (GARDE-FRONTIERES UKRAINIENS)

La Garde maritime avait approché les plateformes confisquées par les autorités de Crimée annexée, en mars 2020. (GARDE-FRONTIERES UKRAINIENS)

En 2020, la Garde maritime ukrainienne avait une nouvelle fois dénoncé la confiscation de ces plateformes par les autorités prorusses, après avoir navigué dans la proximité immédiate de Crimée-1. Elle évoquait alors (en anglais) "des signes d'activité industrielle continue, avec les drapeaux hissés du pays agresseur" et la présence d'un patrouilleur russe. L'Ukraine, par ailleurs, soupçonne (en ukrainien) de longue date la Russie de transformer ces plateformes en bases militaires dotées de missions de surveillance maritime. C'est la raison pour laquelle Kiev affirme désormais avoir visé des installations non civiles.

Quelle est la situation dans le secteur ?

Selon le ministère de la Défense russe, l'armée ukrainienne avait auparavant tenté de reprendre l'île des Serpents, située 55 km plus à l'Ouest et occupée depuis les premiers jours de la guerre. C'est après avoir "avoir compris son échec" qu'elle se serait "lancée dans une nouvelle aventure" en ciblant les infrastructures russes de la mer Noire, selon Moscou. Le secteur de l'île aux Serpents est toujours âprement disputé : début mai, l'Ukraine avait affirmé avoir bombardé deux patrouilleurs russes de classe Raptor, avec des drones de combat Bayraktar TB2. Elle a également revendiqué une frappe contre un navire de débarquement russe, toujours près de la petite île.

L'armée russe a vivement réagi contre ces frappes, qualifiées de "provocation". Furieux, le député de Crimée Mikhaïl Sheremet avait promis lundi des frappes de représailles en Ukraine. Celles-ci n'ont pas tardé. L'armée russe dit avoir détruit des hangars d'armement sur l'aérodrome militaire de Chkolny, près d'Odessa, à l'aide de missiles de croisière Onyx.

La justice russe a également annoncé l'ouverture d'une enquête pénale. De son côté, Sergueï Axionov a promis d'indemniser les familles des personnes portées disparues à hauteur de 6,5 millions de roubles (3 millions pour les blessés). L'exploitation a été interrompue en attendant le début des travaux pour une hypothétique remise en état, suspendus à la décision future du ministère de la Défense russe.

Publié dans Articles de Presse

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