Législatives 2022 : que se passera-t-il si Emmanuel Macron n'obtient pas la majorité absolue à l'Assemblée nationale ?

Publié le par franceinfo par Margaux Duguet France Télévisions

Les instituts de sondage évoquent désormais pour les soutiens du président des projections en sièges en dessous de la barre fatidique des 289 qui permet de disposer de la majorité absolue. 

Une affiche pour la majorité présidentielle lors des élections législatives des 12 et 19 juin 2022. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

Une affiche pour la majorité présidentielle lors des élections législatives des 12 et 19 juin 2022. (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

C'est le scénario du pire pour la macronie, encore inenvisageable il y a quelques semaines. Le président de la République et ses soutiens pourraient ne pas obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale lors des élections législatives des 12 et 19 juin. Les instituts de sondages estiment désormais que le parti présidentiel et ses alliés pourraient disposer de moins de députés que les 289 requis. Harris donne ainsi entre 285 et 335 sièges pour Ensemble, qui réunit La République en marche, le MoDem, Agir et Horizons, les quatre principales composantes de la majorité présidentielle. Ipsos table sur 275 à 315 sièges et l'Ifop entre 250 et 290 sièges. 

"Je trouve les projections délirantes"

De quoi inquiéter Emmanuel Macron et ses troupes ? Pas vraiment. Les principaux intéressés ne misent pas sur ce scénario. "Ce n'est pas de notre point de vue l'hypothèse la plus probable", confie l'entourage du chef de l'Etat.

"On considère que la majorité présidentielle aura une majorité absolue." Un proche d'Emmanuel Macron à franceinfo

Même son de cloche du côté des candidats en campagne. "Les Français vont donner au président cette majorité, je ne sous-estime pas la dynamique de la Nupes, mais je trouve les projections complètement délirantes", assure Victor Albrecht, candidat LREM dans l'Yonne. "Les sondages occultent la personnalité des candidats et oublient qu'un grand nombre de députés En marche ont fait du travail de terrain et sont identifiés par les citoyens", embraye Anne-Laure Cattelot, candidate à sa réélection dans le Nord. 

Si le cas de figure n'est donc pas privilégié par la macronie, reste qu'il doit bien être envisagé, au vu des derniers sondages. En cas de majorité relative, les soutiens du chef de l'Etat à l'Assemblée seraient contraints de trouver des députés de l'opposition prêts à voter les projets de loi. Une situation loin d'être problématique, selon un conseiller de l'exécutif. 

"En cas de majorité relative, il nous reviendra de rassembler plus largement en allant chercher la droite ou la gauche républicaine. Et même si c'est 30 parlementaires, on les trouvera pour des majorités de projets." Un conseiller de l'exécutif à franceinfo

Selon cette même source, "cela impliquera plus de compromis et de revoir un peu le calendrier échéant". Les négociations pourraient ainsi prendre plus de temps pour rallier des députés de l'opposition. Une situation inédite ? "Pas du tout, cela s'était déjà produit en 1988, explique le politologue Pascal Perrineau. Le gouvernement de Michel Rocard n'avait pas eu la majorité absolue aux législatives et ils gouvernaient avec l'apport de la gauche ou de la droite. Cela avait conduit à un élargissement du gouvernement et à des négociations. Pas à un blocage."

"On aurait une vraie culture du compromis"

Pour le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, il serait cependant hasardeux de calquer le précédent de 1988 sur la situation actuelle. "A l'époque, ils disposaient sans aucune limitation de l'article 49.3 [qui permet au gouvernement de faire passer le texte qu'il présente, sans vote, sous couvert du rejet de la motion de censure qu'un dixième de l'Assemblée se doit de déposer]. Or, il est maintenant restreint dans son application à certains textes financiers ou à un texte par session." 

Le risque est donc réel pour la majorité de se retrouver dans une situation de blocage, en cas de majorité relative, soutient Jean-Philippe Derosier. 

"Cela ouvre la possibilité d'un gouvernement empêché, entravé, qui ne peut pas mener toutes les réformes qu'il souhaite. Cela rend la nécessité d'un gouvernement beaucoup plus négociateur et diplomate." Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste à franceinfo

"Ce sera un peu plus difficile que prévu certes mais je ne suis pas sûr que ça nous empêche d'agir", espère Damien Adam, député LREM de Seine-Maritime, candidat à sa réélection. Pour Pascal Perrineau, la situation pourrait aussi avoir quelques avantages. "On rentrerait dans une vraie culture du compromis parlementaire et cela n'a pas que des défauts", assure le politologue, même si ce dernier reconnaît que chercher "39 députés [l'hypothèse basse de l'Ifop], ce sera très compliqué".

"Cela va polariser les débats"

Une certitude se dégage cependant des différentes projections des instituts : la Nupes disposera d'un groupe important de députés et déplacera le centre de gravité de l'Assemblée bien plus à gauche que lors de la précédente législature. Au sein de la Nupes, c'est la France insoumise qui raflera la mise et devrait considérablement augmenter son groupe de 18 députés.

Même en cas de majorité absolue, cette nouvelle donne d'un groupe LFI fort préoccupe fortement les députés LREM. "Quand on voit la capacité qu'ils ont eu à paralyser l'Assemblée nationale à 18, j'imagine que ça pourrait être à 50, 60 ou 70..." souffle le député Jean-René Cazeneuve, lui aussi en campagne pour un second mandat.

"Les insoumis ont une culture de guérilla parlementaire. S'ils veulent nous faire la guerre pendant cinq ans, ça va être compliqué." Victor Albretch, député LREM de l'Yonne à franceinfo

Pour Fabien Gouttefarde, député LREM de l'Eure, "cela impliquera de nous 'muscler' de manière doctrinale aussi". Et le candidat de conclure : "Si les pronostics que l'on nous annonce se confirment, cela va polariser énormément les débats. Il va y avoir du sport."

Publié dans Articles de Presse

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